Pourquoi et comment faire germer les pommes de terre ?

Suite à ma demande aux abonnés à ma lettre d’information concernant vos besoins en informations, une question est revenue à plusieurs reprises :

« Comment faire germer les pommes de terre ? »

J’avoue au départ m’être dit que ce sujet pouvait être traité en deux ou trois phrases, et que cela ne valait donc pas vraiment un article…

Mais en réfléchissant un peu plus posément à la question, je me suis aperçu qu’il y avait quand même des choses, pas forcément évidentes pour tout le monde, à dire sur le sujet.

On y va ?

Précisons d’entrée que nous parlerons ici de « germes » et de « germination » mais ces terme ne sont pas exacts.

Il s’agit en réalité du développement de bourgeons rudimentaires (pas de germes, qui émanent par définition d’une graine ou d’une semence… ce que n’est pas une pomme de terre) sur le tubercule.

Toutefois, parce que ce sont  là les mots couramment usités, et pour simplifier mon propos, nous emploierons ces termes de « germination » et de « germes » dans cet article.

Pourquoi faire germer les pommes de terre ?

Commençons par dire que faire germer les pommes de terre n’est pas indispensable.

Si vous mettez vos pommes de terre non germées directement en terre, elles y germeront…

Mais ce processus sera plus long (nous verrons pourquoi un peu plus bas) et parfois plus aléatoire (par exemple, si le sol est froid, ou même simplement très humide, les tubercules risquent de pourrir avant de germer…).

Faire germer ses pommes de terre est donc souhaitable pour assurer un bon démarrage de la culture.

Quelles pommes de terre faire germer ?

Toutes les pommes de terre peuvent être utilisées pour vos cultures… théoriquement.

Car les pommes de terre issues de cultures chimiques (on dit aujourd’hui « conventionnelles »… ça fait mieux… mais elles n’en restent pas moins chimiques !) sont en général traitées avec des « anti-germinatifs »…

Ces anti-germinatifs sont peut-être utiles afin que les pommes de terre puissent se conserver longtemps, sans germer (ce qui est une bonne chose lorsque les pommes de terre sont destinées à la consommation; mais quelques pommes placées au milieu du stock de pommes de terre auront le même effet, et ce naturellement).

Mais évidemment, la germination étant alors une nécessité, cela pose problème lorsque l’on veut les planter au potager !

Ces pommes de terre de consommations traitées aux anti-germinatifs étant exclues, différentes sources d’approvisionnement sont possibles :

  • les semenciers bio : je pense ici en particulier à Payzons Ferme, un groupement de producteurs bio situé en Bretagne et spécialisé dans la production et la commercialisation de plants de pommes de terre certifiés, et présentant une grande diversité de variétés très intéressantes. Mais la demande est forte… et mieux vaut commander en décembre, dès la parution de leur nouveau catalogue…
  • les magasins bio : vous pouvez parfaitement acheter des pommes de terre biologiques de consommation et envisager de faire germer les pommes de terre achetées. Mais évidemment, cela revient beaucoup plus cher…
  • les jardineries : on y trouve des tubercules destinées à la plantation… et même parfois aujourd’hui des tubercules bio. Mais le choix en terme de variétés est en général limité
  • vos récoltes de l’année précédente : c’est le moyen le plus économique (vous achetez une fois des tubercules, puis vous les reproduisez pendant plusieurs années…) et le plus « permacole » (autonomie). On recommande souvent de récolter à part, environ 1 mois avant leur maturité, les pommes de terre qui seront destinées à la reproduction… bon, je récolte tout en même temps, à parfaite maturité, et comme plants, j’utilise simplement les pommes de terre de consommation qu’il me reste en fin de saison…ça marche très bien. Notez toutefois qu’au bout de 4 ou 5 années de culture, la variété finit souvent par dégénérer. Renouveler son stock de semences, en achetant des plants certifiés, peut alors être préférable

Eliminez les tubercules ramollis, et ceux présentant des signes de maladies…

Quand faire germer les pommes de terre ?

Dans de bonnes conditions, les germes seront développés, comme il convient pour la plantation, environ 1 mois après la mise en germination.

Vous mettrez donc vos pommes de terre à germer 1 mois avant les dates de plantations prévues.

Par exemple, si vous avez planifié une plantation de pommes de terre nouvelles vers la mi-mars, mettez-les à germer maintenant (publication de cet article mi février).

Et pour vos cultures de pommes de terre de conservation, prévue disons mi-avril, vous mettrez les tubercules à germer vers la mi-mars…

Comment faire germer les pommes de terre ?

L’objectif sera d’obtenir des germes trapus (2 ou 3 cm) et donc robustes.

Les conditions de germination

Tout d’abord pour faire germer les pommes de terre dans de bonnes conditions, choisissez un endroit sec et aéré.

Ce lieu de germination doit également répondre aux 2 impératifs suivants :

  • une luminosité suffisante : si la lumière est insuffisante (cave ou grange sans lumière), les germes vont s’allonger démesurément, devenant très fragiles
  • des températures relativement douces (10-15°C) : si la température est trop fraiche, les tubercules ne germeront pas, ou mal. Et si elle est trop élevée, les germes risquent de brûler…
Germes de pommes de terre
Ces pommes de terre sont entassées, donnant des germes de pommes de terre  trop longs et fragiles…

On est d’accord : obtenir ces conditions de germination n’est pas forcément évident…

Il pourra donc parfois être nécessaire de déplacer les pommes de terre pendant le processus afin de les maintenir dans des conditions favorables.

Une pièce suffisamment lumineuse, mais non chauffée (ou très peu) de votre habitation, une grange ouverte et suffisamment claire, un grenier bénéficiant d’un éclairage naturel, ou encore une véranda (non chauffée) conviendront pour faire germer les pommes de terre.

A défaut de disposer d’un tel lieu propice à la germination, si les températures sont douces (donc 10-15 °), placez les pommes de terre en extérieur dans la journée, puis rentrez-les le soir (soit en intérieur, soit dans une serre « hors gel »).

Si les températures sont un peu fraiches dans la journée, placez-les éventuellement dans une serre (mais, pour éviter des températures trop élevées, il sera nécessaire d’ouvrir la serre, voire même de sortir les plants, si le soleil pointe le bout de son nez…).

Faire germer les pommes de terre

Venons-en à la germination proprement dite.

Concrètement, comment faire germer les pommes de terre ?

Commençons par dire qu’il n’est pas obligatoire d’avoir une pomme de terre entière pour en faire un plant.

Si vous avez de gros tubercules, vous pouvez tout à fait les couper en deux pour obtenir plus de plants (je vous invite au passage à lire cet article sur le rapport entre grosseur de plant et récoltes)

Nous l’avons vu que, pour germer correctement, une exposition à la lumière est nécessaire.

Tubercules de pommes de terre à germer
Vous pouvez faire germer les pommes de dans une cagette

En découle une règle importante : pour  germer les pommes de terre doivent être disposées une à une, sans se superposer.

Si vous envisagez une petite plantation, vous pouvez par exemple placer les pommes de terre, une à une, dans des compartiments de boites à œufs.

Mais plus généralement, placez les tubercules simplement dans une cagette, en un seul étage (pas de pommes de terre les unes sur les autres, sans quoi les germent vont « filer »).

Si des bourgeons sont déjà apparus, orientez les bourgeons vers le haut (dans la mesure du possible… car il y en a parfois des 2 côtés).

Placez ensuite vos cagettes (ou boites à œufs) dans les conditions de germination décrites plus haut.

Surveillez et déplacez au besoin…

Pommes de terre germées
Les « germes » de ce tubercule se développent bien… cette pomme de terre pourra bientôt être plantée

Lorsque les germes feront 2 ou 3 cm, les plants sont bons à planter.

C’est parti pour la culture de vos pommes de terre !

Ah oui, une dernière petite précaution : les pommes de terre sont des plantes gélives…

Même si de nouvelles pousses repartiront probablement des tubercules en cas de gelées, mieux vaut les protéger…

Aussi, et en particulier pour une culture de pommes de terre nouvelles, buttez les plants dès qu’ils sortent de terre (le feuillage enterré ne gèlera pas).

Une protection avec un voile d’hivernage sera peut-être aussi à envisager.

Bon, l’idéal pour cultiver des pommes de terre nouvelles, dans la plupart des régions, c’est sous serre…

 

Allez, à vos claviers (avant d’aller mettre vos pommes de terre à germer…) !

 

34 réflexions au sujet de “Pourquoi et comment faire germer les pommes de terre ?”

  1. Mes pommes de terre de consommation germent tous les ans… Comme je les plantes tous les ans (quelques unes de ma récolte comme celles germées destinées à mes repas) et que je régale avec ma récolte, je vais continuer ! Maintenant, je sais pourquoi cela marche si bien … Merci pour l’article;

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  2. Bonjour, j ai essayé l an dernier la culture de Pdt dite de fainéant 😉 c est à dire poser les Pdt germées directement sur la terre et recouvrir de paillages divers (tonte pelouse, branchages, etc… ), cela évite le buttage. Certes le rendement est peut être moindre mais à voir car c était un essai et ce n est pas forcément ce que je recherche. Un avis, des commentaires sur cette méthode ?
    Et merci pour l ensemble de votre oeuvre

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    • Bonsoir Jacques,
      Belgique, première culture de pommes de terre l’année dernière (Agila bio) plantées début avril.
      J’ai fait 2 essais : traditionnel (enterrées) et fainéant (sur sol recouvertes d’une poignée de compost et de 5 cm de tonte de pelouse).
      Lorsque ça a poussé, j’ai butté en paillant (+ terre pour le traditionnel car je n’avais pas le même encadrement en bois qui permettait de maintenir un paillage de 30 cm de haut).
      Sur 4 m2, j’ai récolté plus de 17 Kgs et rendement similaire avec les 2 méthodes. Alors qu’au début, elles s’étaient prises le gel à 2 reprises…

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  3. Bonjour Gilles
    Maraicher bio je pratique intensément l’utilisation ou plus précisément la réutilisation d’une partie de ma récolte, en plants pour l’année suivante. Pour info j’ai de très bons résultats avec sarpo mira, carolus et dalida. Je cultive sans aucun traitement et je n’ai à ce jour eu aucune maladie.
    Petite information pour ceux qui vendent leur récolte et souhaitent utiliser leurs propres plants : c’est autorisé et légal dès lors que vous êtes sur une petite surface (un peu plus d’1 Ha de pommes de terre). Si vous êtes bien au delà, et sur des variétés disposant d’un COV (certificat d’obtention variétale) vous devez obligatoirement demander l’autorisation du semencier et donc payer.

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  4. Bonjour Gilles et la communauté jardinière. En cave, mes pommes de terre de diverses variétés ont germées depuis fin décembre. Pour la consommation, je les dégerme. La question est : « pour la plantation, je retire les germes longs/blancs et mets mes pommes de terre bon calibre à germer à nouveau à la lumière? »
    Deuxième point : il me reste pas mal de pommes de terre grenaille, peuvent-elles servir de plants malgré leur taille mini-mini?
    Enfin, merci pour ces rappels hebdomadaires.
    cordialement,
    Philippe

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    • Bonjour Philippe,
      Il aurait été mieux de supprimer les germes avant qu’ils ne deviennent longs (ou mieux encore de placer des pommes dans le stock de pommes de terre pour éviter que ces dernières ne germent); car ils pompent pas mal d’énergie au tubercule.
      Mais oui, il faut les supprimer et espérer une nouvelle germination…
      Oui, des pommes de terre grenaille peuvent être utilisées. Voyez ici : https://www.un-jardin-bio.com/plants-de-pommes-de-terre-gros-ou-petits/
      Cordialement,
      Gilles

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      • Bonjour, et quel serait le risque de planter avec ces longs germes blancs? J’en ai malheureusement un petit stock plus bon à consommer. Je les ai mis au soleil, ça se colore. Mais j’ai peur de monopoliser de la place au potager si je plante ça et que ça ne donne pas. Super l’astuce des pommes!

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        • Bonjour Teddy,
          D’une part les germes sont alors très fragiles, et du fait de leur longueur, ils risquent de casser à la plantation (donc pas de pousses…).
          D’autre part, les tubercules ont alors beaucoup moins d’énergie (les pousses en ayant pompée une grande partie – on peut d’ailleurs souvent observer que les pommes de terre sont alors ramollies), ce qui aura pour conséquence une végétation aussi « faiblarde ».
          Bonne journée,
          Gilles

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  5. Bonjour Gilles, Merci Gilles,
    J’ai bien lu que l’on pouvait couper les grosses PDT, mais juste une précision : je laisse germer la grosse PDT dans les conditions indiquées, et c’est seulement à la plantation que je la coupe en autant de morceaux qu’il y a de gros germes ? Si je coupe avant, les morceaux risquent de pourrir, c’est bien ça?
    Pardonnez-moi par avance cette question un peu bête…

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    • Bonjour Caroline
      Il n’y a pas de question bête !
      Il est en effet préférable d’attendre le moment de la plantation pour couper les pommes de terre, pas seulement par risque de pourriture, mais aussi tout simplement parce que vous verrez alors distinctement les pousses.
      Mais votre question est également l’occasion de préciser les choses : je ne conseille pas de couper le tubercule en autant de morceaux qu’il y a de germes, car il est bon d’avoir plusieurs pousses sur un plant (déjà pour assurer le coup au cas où une pousse viendrait à casser. Mais aussi parce qu’un plant avec plusieurs pousses sera plus vigoureux).
      Donc, en principe on coupe seulement en 2 (éventuellement en 3 pour de très grosses pommes de terre)… et tant mieux si il y a 2 ou 3 germes sur un même plant.
      Bonne journée
      Gilles

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  6. Bonjour Gilles,
    Merci pour tous ces conseils très pertinents. Même si je pratiquais déjà la plupart de vos préconisations, une piqûre de rappel ne fait jamais de mal car on prend vite de mauvaises habitudes.
    Pour ma part je suis dans une commune du parc du Mercantour à 500m d’altitude et je plante mes p.d.t mi–Mars en perma-buttes, pour une récolte fin Juin . Même si des petites gelées interviennent souvent jusqu’à mi-Avril, ça n’a jamais affecté mes plants.
    Merci pour tous vos précieux conseils tout au long de l’année. Vous êtes devenu mon « gourou » en en jardinage depuis 5 ans et je m’en felicite.
    Bonne continuation .
    Richard

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  7. Merci beaucoup pour ces précisions, mon plants est en préparation.
    Il me manquait juste la température de germination .
    Donc en pièce non chauffée dans ma maison avec beaucoup de luminosité.
    Un grand merci, vos articles de culture sont très précieuses et je les attends toutes les semaines.
    Bon week-end à tous

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  8. Votre article répond à toutes mes questions et vos réponses correspondent à ce que je pratiquais déjà. Je suis donc dans le bon ! Néanmoins, j’aimerais votre avis sur une méthode qui m’a été recommandée et que j’ai déjà pratiquée sans en mesurer objectivement l’efficacité : la pulvérisation régulière (quotidienne) à l’eau claire des plants mis en germination. Quels en seraient les avantages et les inconvénients? Merci pour vos judicieux conseils. Cordialement.

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    • Bonjour José,
      Désolé mais je ne connais pas cette méthode…
      Mais je ne vois à priori pas vraiment d’avantage réel, à part peut-être éviter que les tubercules sèchent (mais ce n’est pas le cas dans les conditions décrites dans l’article)?
      On peut aussi imaginer que cette humidité permanente accélèrerait quelque peu la germination des pommes de terre (mais est-ce un vraiment avantage de vouloir aller plus vite que la musique ?).
      Comme inconvénient, on peut craindre un risque de pourriture…
      Bon, ça fonctionne très bien comme ça. Pourquoi se compliquer la vie ?
      Bonne journée
      Gilles

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