Espace Formation du Jardinier Bio

Installation en maraîchage Bio

 

Module 2 : définir son projet

 

Je vois trop de maraîcher se lancer sans savoir où ils vont… Pourtant, cette étape de définition de son projet est à mon sens essentielle.

Je vous invite donc à réfléchir, posément, et en prenant votre temps, aux différentes interrogations qui vous sont posées ici.

Alors, peut-être avez-vous déjà défini en grande partie votre projet ? Dans ce cas, le présent module vous permettra d’en vérifier la cohérence…

Les Terres (achat, bail, prêt à usage)

La première condition à une installation en maraîchage biologique est bien entendu de pouvoir disposer de terres cultivables.

Voici les possibilité qui s’offrent au porteur de projet :

  • Terres agricoles familiales : c’est bien sûr l’idéal. Néanmoins, nous remarquons parfois que certains nouveaux installés, parce qu’ils disposent d’une grande surface agricole, décident finalement d’exploiter une surface bien supérieure à celle initialement prévue ou souhaitée… Peut-être vaut-il mieux s’associer à d’autres porteurs de projet en recherche de terres et ayant un projet complémentaire (élevage, arboriculture…) ?
  • Possibilité d’acheter des terres : le financement de cet achat constituera alors la première question. Dispose t’on des ressources financières en bien propre, ou bien sera t’on contraint d’emprunter ? Un emprunt sera de fait un investissement à amortir (et donc à budgétiser comme tel). Vous devez alors également savoir que vous devrez payer des impôts fonciers.
  • Possibilité de signer un bail agricole : il devient de plus en plus difficile d’obtenir un tel contrat, tout simplement parce que cela implique un engagement à vie pour le propriétaire ; et que ce dernier préférera garder ce bien sous la main notamment pour pouvoir éventuellement le vendre en terrain à bâtir (ce qui est également un frein pour l’achat de terre).
  • Possibilité de signer un contrat de prêt à usage : à défaut des possibilités précédentes, reste le contrat de prêt à usage. Bien que s’engageant également sur une durée définie (à déterminersur le contrat), l’engagement est moins contraignant pour le propriétaire qui peut, s’il le souhaite, mettre fin au contrat plus facilement (mais en respectant un délai de préavis stipulé sur le contrat). Ce type d’arrangement présente l’inconvénient majeur de difficilement pouvoir investir sur la durée…
  • Mise à disposition de terres par un organisme tiers : des mairies, des associations (Amap ou autres) sont parfois disposées à mettre à disposition de nouveaux installés des terres agricole. En règle générale, ces mises à disposition s’accompagnent d’un contrat de fournitures (légumes pour cantine scolaire ou pour les adhérents de l’Amap); ce qui est un avantage (écoulement garantie d’une partie de la production) mais également une contrainte de production pouvant être difficile à assumer lorsque l’on s’installe… Il convient donc de bien “négocier”.

Certains, faute d’autres solutions, s’installent sans aucun contrat, avec juste une parole : “Pas de problème… tu peux cultiver”. Ma propres expérience, ainsi que de nombreux témoignages, m’incitent à vous déconseiller fermement cette solution… vous risquez de vous retrouver “à la rue” du jour au lendemain !

Liens pratiques (contrats…)

Avantages et Inconvénients

Surface de Culture

Surface/Matériel

Nous nous contenterons ici de mettre en relation la surface cultivée et le matériel de base (motoculteur, tracteur ou traction « physique », sans entrer dans le détail des outils. Nous préciserons tout cela dans le module 4.

Sauf pour ceux et celles s’installant sur une ferme familiale, la surface d’exploitation correspondra en général tout simplement aux terres disponibles.

Il convient néanmoins de bien peser le tout.

Ce n’est pas parce que vous disposez par exemple de 2 hectares que vous devez exploiter toute cette surface. Car évidemment, une surface aussi conséquente implique une mécanisation importante, et donc les investissements matériels qui vont avec.

De façon un peu synthétique, pour une personne seule (donc pour 2 personnes, vous pouvez multiplier par 2 les données suivantes…) je dirais que :

  • avec une surface comprise en 1000 et 3000 m² on peut totalement se passer de mécanisation – on trouve en effet aujourd’hui de supers outils à traction humaine (vous…) pour préparer la terre, semer, entretenir une culture… comme nous le verrons dans le module 4 – mais un motoculteur peut néanmoins être utile notamment pour pouvoir préparer une terre « en urgence »;
  • avec une surface comprise entre 3000 et 5000 m², l’usage d’outils à traction humaine peut éventuellement encore suffire (si vous êtes en forme), mais un motoculteur sera quand même bienvenu
  • au-delà de 5000 m² (soit 1/2 hectare), un tracteur devient pratiquement indispensable (sinon, vous allez vous éreinter au travail et aurez beaucoup de mal à faire les choses en temps voulu)

En d’autres termes, si votre objectif est de limiter la mécanisation au maximum (avec des buttes ou une couverture permanente du sol), une surface comprise entre 1000 et 5000 m² me semble être un bon ordre de grandeur. C’est d’ailleurs dans cet optique que j’aimerais vous inciter à travailler…

D’une manière générale, je dirais qu’une surface d’un hectare est un grand maximum pour un maraîcher souhaitant travailler de façon non intensive (si vous vous installez à 2, cette surface pourra bien entendu être doublée) mais avec néanmoins une certaine mécanisation.

La surface cultivée est donc en corrélation étroite avec le mode de culture qui sera adopté mais également avec les moyens matériel à disposition ou envisageables.

Statut MSA (Mutualité Sociale Agricole)

Pour pouvoir exercer dans le domaine agricole, vous devrez cotiser auprès de la MSA.

Auparavant, le statut vis à vis de la MSA (exploitant agricole ou cotisant solidaire) dépendait uniquement de la surface effectivement cultivée (appelée SMI), les barèmes étant différents dans chaque département…

Mais aujourd’hui, pour ce qui concerne l’agriculture biologique, le chiffre d’affaire peut également être pris en considération… mais cela dépend encore des départements. Il vous appartient donc de prendre contact soit avec le pôle agriculture biologique du conseil général de votre département, soit directement avec la MSA.

Mais sachez d’ores et déjà que le statut d’exploitant agricole implique des cotisations sociales importantes (sous certaines conditions, elles peuvent être moindres pendant les premières années… à voir également avec la MSA dont vous dépendez) allant de pair avec une protection sociale “normale”.

Alors que le statut de cotisant solidaire, permet juste d’exercer dans la légalité tout en engendrant des cotisations forfaitaires (variables selon la surface, le CA et le département) bien moins élevées qu’avec un statut d’exploitant. En revanche, ce statut n’offre aucune protection sociale et aucune cotisation pour la retraite…

Mais nous reviendrons sur la problématique de la MSA dans le module 8.

Mode de Production

Il est à mon sens essentiel de définir, dès le départ, la façon dont on souhaitera travailler. Car, de ce choix, découleront vos besoins en terre et en matériel notamment.

Considérons 4 modes de production pouvant être distingués :

  • Permaculture
  • Bio intensif sur petite surface
  • Bio extensif
  • Bio intensif sur grande surface

Permaculture

La permaculture proprement dite est en vogue.

Néanmoins, si cette approche est parfaitement adaptée, et même souhaitable, au jardinage familial, sa mise en oeuvre d’un point de vue professionnel, s’avère beaucoup plus complexe.

En effet, concrètement, on se retrouve vite confronté à 2 limites :

  • Disposer de matières organiques en quantités suffisantes pour couvrir toutes nos surfaces cultivées : si l’on cultive 1000 ou 2000 m² sur une surface totale de plusieurs hectares comprenant des prairies et des bois, c’est possible. Mais si, comme la plupart des nouveaux installés, la surface totale est très limitée, on ne pourra dès lors évidemment pas couvrir la totalité de ses besoins… et on aura du coup recours à des intrants (achats extérieurs), ce qui nous place de fait en dehors de la permaculture (qui, je le rappelle, à notamment pour principe fondamental de faire avec les matériaux se trouvant sur la ferme…).
  • Une charge de travail importante pour la mise en place des planches ou buttes de cultures permanentes.

Bio intensif sur petite surface

Le jardinier-maraîcher Jean-Martin Fortier (ou même à de nombreux points de vue la Ferme du Bec Hélloin) sont des exemples de maraîchage bio-intensif sur petite surface.

La particularité de cette approche repose sur 3 points :

  • une surface de culture limitée (1000 à 3000 m² pour une personne) ;
  • des rotations intensives : dès qu’une planche est libérée, on la remet en culture) ;
  • des planches de cultures exploitées au maximum (les écartements entre plants sont divisés par 2, voire par 3, par rapport aux écartements usuels).

Si cette approche est sans doute la plus viable d’un point de vue financier, elle comporte en général quelques inconvénients importants :

  • le recours à des intrants : la “sur-exploitation” implique une fertilisation en conséquence, et à l’instar de la permaculture, si l’on n’a pas une surface totale suffisamment importante permettant par exemple d’accueillir un élevage pour le fumier ou comprenant encore des bois pour produire du BRF,
  • un travail du sol répété;
  • au final, une dégradation de l’état du sol, conséquence du point précédent.

Bio extensif

Par bio extensif, j’entends la production sur une surface moyenne (disons entre 3000 m² et 1 hectare) avec des périodes de rotations longues, des jachères et des écartements entre cultures relativement importants (ceux communément pratiqués).

Cette approche se situe entre la précédente (bio-intensif sur petite surface) et la suivante (bio-intensif sur grande surface).

Néanmoins, elle implique une certaine mécanisation, à moins d’avoir recours à la traction animale.

Bio intensif sur grande surface

A mon sens, et même si les normes de l’agriculure biologique sont respectées, on est plus vraiment dans le bio.

Les surfaces de cultures sont importantes (plusieures hectares), la mécanisation intense (et donc les sols matraités), les rendements poussés à leur paroxysme à coups d’engrais et de traitements systématiques, les variétés utilisés en général des hybrides (peu savoureuses).

En fait, on ne fait ici que reproduire le système de culture dominant aujourd’hui, avec seule différence que les produits chimiques sont remplacés par des produits naturels…

Je ne soutiens pas ce type d’agriculture, mais nous devons néanmoins reconnaître, qu’en l’état actuel des choses, il est indispensable pour répondre à le damande croissante en produits biologiques.

 

On le voit, il n’y a pas de solution parfaite et idéale.

L’important étant à mon sens d’être en accord avec ses convictions mais aussi ses capacités propres (certains sont doués pour la mécanique, d’autres pas…) et évidemment ses capacités en terme de financement.

A ces 4 grands modes de production, j’en ajouterais un : la polyculture-élévage.

Il ne s’agit ici que de choisir un mode « global » de production, sachant que les frontières sont parfois bien minces entre 2 modes de production… mais nous reviendrons bien entendu sur des aspects plus spécifiques et techniques dans la deuxième partie de cette formation.

Mode de Commercialisation

Bien choisir son ou ses modes de commercialisation est très important.

Ce choix sera fait en fonction :

  • du volume de production, en gardant à l’esprit qu’une petite production s’écoulera relativement facilement en vente directe et qu’elle sera ainsi mieux valorisée ;
  • de votre disponibilité pour la vente : si vous cultivez une surface importante, vous n’aurez pas forcément le temps pour vendre en direct ;
  • de votre personnalité : par exemple, tout le monde n’est pas à l’aise sur un marché. Par ailleurs, certains apprécieront une indépendance totale, d’autres préféreront s’appuyer sur un réseau (Amap, groupement de producteur…) ;
  • de vos objectifs personnels (voir le module 3) ;
  • des opportunités qui vous sont présentées… mais en essayant de rester cohérent et en accord avec les conditions ci-dessus.

Voici quelques indications pour vous aider dans vos choix (nous reviendrons plus en détail sur la commercialisation dans le module 17) :

commercialisation

Où en êtes-vous ?

Voici les questions à vous poser maintenant :

  • Avez-vous des terres pour votre activité ? Sinon, quelles possibilités s’offrent à vous ? Avez-vous entrepris des démarches dans ce sens ? Trouver des terres peut demander du temps… ne perdez pas de temps : faites des recherches !
  • Quelle surface de cultures envisagez-vous ? Compte tenu de cette surface, avez-vous décidé du type de matériel que vous allez utiliser ? Avez-vous décidé de votre statut vis à vis de la MSA ? Je vous recommande ici de prendre contact avec la MSA de votre département (lien…)
  • Quel mode de production vous correspond le mieux ? Est-il en corrélation avec la surface envisagée ? Avez-vous les moyens financiers permettant d’envisager ce type d’installation ?
  • Comment allez-vous vendre votre production ?

Votre pense-bête

En cliquant sur le bouton ci-dessous, vous pourrez saisir  vos remarques personnelles sur l’avancement de votre projet (ce que vous avez déjà fait, et ce qu’il vous reste à faire…). Vous pourrez par la suite modifier ou ajouter du texte comme bon vous semble…

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Passons au module suivant : la définition de vos objectifs