Anti-limaces au phosphate de fer, vraiment sans danger ?

Les anti-limaces à base de phosphate de fer, souvent utilisés comme alternative aux produits chimiques plus agressifs, ont généralement moins d’impact environnemental et sont considérés comme plus sûrs pour les animaux domestiques et la faune non ciblée.

Ils sont donc couramment employés pour lutter contre les limaces.

Vous êtes d’ailleurs nombreux à “avouer” en épandre régulièrement, et plus particulièrement encore lors de semis directs au potager

Pourtant, ces produits ne sont pas sans inconvénients…

Et c’est précisément le sujet du présent article (la gestion écologique des limaces ayant déjà été traitées ici)

Mais commençons déjà par comparer ces anti-limaces “bio” aux anti-limaces au métaldéhyde.

Les anti-limaces au phosphate de fer sont mieux que les granulés anti-limaces au métaldéhyde…

Ces 2 différents types de produits se présentent sous forme de granules bleus. Ce qui peut évidemment prêter à confusion… Alors, essayons d’y voir plus clair.

Qu’est-ce que le métaldéhyde ?

Le métaldéhyde est un composé chimique organique de formule CH3CHOCH2CHO. Il s’agit d’un hémiacétal, souvent utilisé comme appât contre les limaces et les escargots dans les jardins et les cultures agricoles.

Généralement commercialisée sous forme de granulés ou de pellets, le métaldéhyde agit en attirant les limaces et escargots qui consomment ensuite le produit. Une fois ingérée, la métaldéhyde provoque la mort de ces mollusques en perturbant leur système digestif.

Cependant, il convient de noter que le métaldéhyde est toxique et peut également présenter des risques pour les animaux domestiques et la faune non-cible s’ils ingèrent des appâts contenant cette substance.

Si les anti-limaces au métaldéhyde sont (malheureusement) encore autorisés pour les agriculteurs, en France, ils sont (heureusement) aujourd’hui interdits à la commercialisation aux particuliers… qui n’ont pas le droit d’en utiliser (des jardiniers peu scrupuleux en achètent dans certains pays où ces m…. sont encore autorisées, ou s’en procurent auprès d’agriculteurs… Je vous vois !)

Qu’est-ce que le phosphate de fer ?

Le phosphate de fer, également connu sous le nom d’orthophosphate ferrique ou de phosphate ferrique, est un composé chimique qui se présente sous forme de poudre ou de cristaux. Sa formule chimique est FePO4. Il est composé d’un ion ferrique (Fe^3+) et d’un ion phosphate (PO4^3-).

Le phosphate de fer est souvent utilisé comme additif alimentaire, notamment dans l’industrie alimentaire pour enrichir les aliments en fer. Il est également utilisé dans le traitement de l’eau pour éliminer les phosphates et les métaux lourds, et parfois comme engrais pour les plantes, fournissant à la fois du fer et du phosphore.

Il entre aujourd’hui dans la composition d’anti-limaces autorisés en agriculture biologique, et disponibles pour les jardiniers amateurs (Ferramol® et autres dénominations commerciales).

Inconvénient des anti-limaces au phosphate de fer

Voici quelques-uns des inconvénients potentiels associés à l’utilisation d’anti-limaces au phosphate de fer :

  • Les anti-limaces au phosphate de fer sont relativement coûteux.
  • L’efficacité est limitée en périodes de fortes pluies… périodes pendant lesquelles ces mollusques envahissent nos jardins !
  • Les anti-limaces au phosphate de fer agissent plus lentement que leurs homologues chimiques… Les jardiniers, pensant que la dose n’est pas suffisante, en rajoutent…
  • Or, un surdosage peut entraîner des problèmes environnementaux et affecter la faune non ciblée, notamment les animaux domestiques et la faune sauvage.
  • Bien que le phosphate de fer se dégrade plus rapidement que de nombreux autres produits chimiques, il peut persister dans l’environnement pendant un certain temps. Ce qui peut poser des problèmes pour les écosystèmes aquatiques, en particulier dans les zones proches des points d’application.
  • En détruisant une population animale, quelle qu’elle soit, nous nuisons également aux populations qui s’en nourrissent. Nous parlons ici d’oiseaux, de grenouilles et crapauds, de carabes, de hérissons…
  • Bien que le phosphate de fer soit moins toxique que d’autres substances chimiques utilisées dans les anti-limaces, il demeure toxique pour certains organismes non ciblés si ingéré en grande quantité.

Penchons-nous un peu plus sur cette dernière problématique.

Anti-limaces au phosphate de fer et biodiversité

Conséquences sur les vers de terre

Appuyons-nous ici sur des données de l’Union européenne, partagées sur le forum aujardin.info (https://www.aujardin.org/viewtopic.php?t=146180&start=45) me semblent intéressantes à considérer :

5.5.1 TOXICITÉ AIGUË SUR LES VERS DE TERRE

Eisenia foetida (foetida ou andrei) – CL50 : > 10 mg/kg sol – Durée d’exposition : 14 jours
(Source de l’information : union européenne)

préparation : formulation Ferramol Schneckenkorn (10 g SA/kg)
Eisenia foetida (foetida ou andrei) – CL50 : > 1000 mg/kg sol – Durée d’exposition : 14 jours
(Source de l’information : union européenne)

La conclusion est claire : les anti-limaces au phosphate de fer sont toxiques pour les vers de terre à haute dose.  Conclusion partagée dans ce document  (https://www.hautegoulaine.fr/fileadmin/Haute-Goulaine/2-QUOTIDIEN/G-Environnement/3.Jardiner-au-naturel/2G3.Alternative_anti-limace.pdf)

5.5.2 EFFETS SUR LA REPRODUCTION DES VERS DE TERRE

préparation : formulation Ferramol Schneckenkorn (10 g SA/kg)
Lumbricus terrestris – CSEO : 50 g/m2 – Durée d’exposition : 8 semaines
(Source de l’information : union européenne)

préparation : formulation Ferramol Schneckenkorn (10 g SA/kg)
Eisenia foetida (foetida ou andrei) – CSEO : 5 g/m2 – Durée d’exposition : 8 semaines
(Source de l’information : union européenne)

On comprend donc ici que les anti-limaces, présentés comme sans conséquence pour l’environnement, nuisent à la reproduction des vers de terre… Ce qui implique évidemment moins de nourriture pour leurs prédateurs…

Rappelons maintenant une simple vérité : les oiseaux mangent des vers de terre et en rapportent à leurs oisillons…

Conséquence sur les oiseaux

Référons-nous encore au forum aujardin.info (https://www.aujardin.org/viewtopic.php?t=146180&start=45) :

5.1.1 TOXICITÉ ORALE AIGUË CHEZ LES OISEAUX

préparation : formulation Ferramol Schneckenkorn (10 g SA/kg)
Colinus virginianus – DL50 : >2000 mg/kg p.c.

SA = Substance Active.
DL50= Dose léthale pour 50% du lot d’oiseaux.

On comprend donc qu’à forte dose, cette formulation est toxique pour les oiseaux, et qu’à très forte dose, elle peut devenir létale…

La parole à la défense

Mais, par souci d’équité, donnons la parole à Arnaud Lagriffoul, responsable agriculture durable chez De Sangosse… fabriquant d’un anti-limaces “bio”.

« L’ensemble des études dont nous disposons amène à des conclusions plutôt rassurantes. Les rares cas d’effets délétères des produits sur les organismes non cibles sont liés à des causes accidentelles relevant des mauvaises pratiques de l’utilisateur. Le cas d’un sac de produits qui se perce par exemple, entraînant l’accumulation d’une très grande quantité d’antilimaces à un endroit donné », conclut Arnaud Lagriffoul. (source : https://www.cultivar.fr/technique/antilimaces-et-faune-auxiliaire-le-vrai-du-faux).

Ok… il peut y avoir quelques problèmes, mais c’est la faute du jardinier… Les sacs qui se percent étant évidemment extrêmement rares…

Dans ce même article, on observe que les oiseaux ne consomment pas les anti-limaces. Puis on ajoute qu’aucune mortalité imputable à l’anti-limaces n’est observée dans les populations d’oiseaux… Génial !

Loin de moi l’idée que cet article, fondé sur les dires d’un acteur on ne peut plus impartial (j’ironise bien sûr), puisse être quelque peu orienté…

Mais, je m’interroge quand même…

Dans l’article en question, on ne dit pas que les vers de terre en ingèrent… Et que les oiseaux mangent des vers de terre… Et en rapportent à leurs petits. Ces derniers sont évidemment plus fragiles… Or, on ne précise pas non plus si l’on est allé voir dans les nids… Les observations sont par ailleurs faites à court terme…

Autres sources d’information

“Le phosphate ferrique, souvent présenté comme un produit sans danger sur l’emballage, est moins dangereux, mais peut entraîner salivation, vomissements et diarrhée, et lors d’ingestion importante peut provoquer une hépatite.” (https://www.centre-antipoison-animal.com/les-antilimaces.html).

Référons-nous à un document officiel, l’autorisation de mise sur le marché à destination des particuliers : https://www.anses.fr/fr/system/files/phyto/evaluations/NEU1186M_PAMM_2013-1347_Ans.pdf :

  • risques acceptables d’ingestion par un enfant de 10 kg…. on imagine pour un oisillon….
  • “Les risques pour l’environnement, les organismes terrestres et aquatiques liés à l’utilisation de la préparation NEU 1186 M sont considérés comme acceptables.”…

Notez le terme “acceptable”… et on ne dit rien des oiseaux.

D’après https://www.sagepesticides.qc.ca/Recherche/RechercheMatiere/DisplayMatiere?MatiereActiveId=156 , “Le phosphate ferrique est relativement non toxique pour les oiseaux, les poissons et les invertébrés aquatiques. D’après le profil d’emploi, on ne prévoit pas que l’exposition potentielle des espèces non ciblées soit préoccupante.”

Notez là aussi les mots employés (“relativement non toxique”)… On peut dire que les auteurs de ces études se gardent bien de se mouiller !

Conclusion sur les anti-limaces au phosphate de fer

Bien que m’étant pour ma part toujours refusé à en employer, je ne juge pas les jardiniers ayant recours à un anti-limaces au phosphate de fer.

Et les dégâts que ces produits peuvent engendrer sont, à n’en point douter, minimes.

Mais dire que leur emploi est sans incidence sur la biodiversité animale me parait pour le moins abusif. Cela va en tout cas clairement à l’encontre d’une recherche d’équilibre dans notre jardin…

Je terminerai en partageant ces paroles pleines de sagesse (Tempo – http://tomodori.com/forum/topic14510.html) :

“A partir du moment ou un mammifère, quel qu’il soit, est atteint par la toxicité d’un produit, je le considère comme toxique pour nous les Hommes. Même si c’est une question de dosage. Et je suis en train d’étendre cette “doctrine” à a peu prés tout ce qui est vivant étant donné qu’on est en bout de chaine alimentaire…

Des exemples de saloperies ingérées par des végétaux ou des animaux et qui se retrouvent dans notre organisme, il y’en a à tour de bras. On en consomme déjà à notre insu, même en étant très précautionneux sur notre manière de nous alimenter.

La bave de limace jusqu’à preuve du contraire n’est pas toxique.

Partageons nos radis avec les limaces et cessons de polluer l’endroit même d’où viens notre alimentation.

Sur le long terme c’est se tirer une balle dans le pied. Déjà qu’elle est dans le barillet et le doigt sur la gâchette depuis pas mal de temps…”

 

C’est maitenant à vous de faire vos choix, en connaissance de cause…

Crédits photos : https://depositphotos.com/

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