Semis Directs VS Semis en Pépinière

On distingue 2 grands types de semis : les semis en pépinière (dans des récipients ou en mottes, à l’intérieur, dans une véranda ou sous serre) et les semis directs au jardin.

Lorsque je parle de semis en pépinière, j’ai systématiquement des remarques du genre “Ce n’est pas bien de semer en pépinière… il FAUT semer directement en pleine terre !”.

Et inversement, lorsque j’aborde les semis directs : “Trop de problèmes avec les semis directs… je sème tout en pépinière et plante ensuite au jardin”.

Pour certains, il s’agit d’un choix réfléchi, découlant d’observations faites dans leurs jardins. Très bien.

Mais d’autres réagissent de façon purement dogmatique… et là ça m’énerve !

Car en jardinage naturel (comme dans tout…), il n’y a pas “une Vérité Absolue”,  mais plutôt des approches appropriées à chaque situation particulière.

L’objectif de cet article n’est donc évidemment pas  d’opposer ces 2 approches du semis.

Mais plutôt de les comparer pour vous aider à faire les bons choix, en fonction des espèces cultivées et des conditions climatiques… bref, en connaissance de cause plutôt que de façon “dogmatique”.

Pour se faire, voyons les avantages et inconvénients de ces 2 types de semis, en commençant par les semis en pépinière.

Les semis en pépinière

Avantages des semis en pépinière

Plants de tomates élevés en pépinièreSemer en pépinière permet de faire des cultures précoces.

Pour certaines cultures, notamment pour les tomates, aubergines ou poivrons, des espèces longues à se développer et à produire, c’est indispensable si on veut récolter suffisamment tôt dans la saison.

Un autre avantage est, qu’en pépinière, il est possible de maîtriser les conditions de semis (températures, arrosages).

Enfin, les plants sont élevés à l’abri (plus ou moins) des ravages animaux ou encore d’intempéries (fortes pluies, gelées, vent fort). Nous pourrons les mettre en terre seulement lorsqu’ils seront déjà bien développés et donc plus robustes (par exemple, les limaces apprécient moins une tige ligneuse qu’une jeune pousse tout juste sortie de terre…).

Inconvénients des semis en pépinière

Semer en pépinière requiert un matériel adapté (par exemple une serre) ainsi que l’utilisation de godets (souvent en plastique) et de terreau, généralement constitué de tourbes. Or les tourbières disparaissent – il est vrai que d’autres matériaux sont aujourd’hui disponibles pour les terreaux (à base de fibres de coco par exemple… mais ce sont donc des matériaux “importés”, avec un impact écologique lié au transport…) ou qu’il est possible de faire soi-même son terreau (mais obtenir un terreau de qualité, sans graines d’adventices, est loin d’être évident).

Ce n’est donc pas parfait d’un point de vue écologique…

Le fait que les plants soient élevés à l’abri a aussi son pendant négatif : bien que plus robustes au départ (puisque déjà bien développés lorsqu’ils sont mis en terre), lorsqu’ils se retrouveront dans des conditions naturelles de culture (au potager), ils deviendront finalement plus fragiles et plus sujets aux maladies (par rapport à des semis directs).

Disons également que la transplantation au jardin constitue un certain stress pour la plante.

Dans des conditions normales de culture (en terre, en extérieure), une graine germera lorsque la température du sol sera adéquate; La culture se développera donc dans des conditions qui lui conviennent. En revanche, en semant en pépinière, nous nous affranchissons de ces contraintes, avec le risque que les conditions ne soient pas vraiment adaptées au moment de la plantation en pleine terre (par exemple des températures extérieures trop fraîches pour permettre un bon développement de la culture en question)…

Lorsqu’il fait chaud, le terreau des mottes ou contenu dans les godets sèchent très vite… aussi, en été, les semis directs en pleine terre sont en général plus appropriés.

Les semis directs

Avantages des semis directs

Semis directs carottes au potagerLes semis directs sont évidemment plus naturels que les semis en pépinière : pas de matériel (godets) ou matériaux “importés” (je pense en particulier au terreau, même s’il est aussi possible d’utiliser du terreau pour des semis directs…). En d’autres termes, c’est plus écologique.

Pour un semis directs, les conditions de semis sont plus “vraies” : la semence germe au bon moment, en fonction du temps, de la durée d’ensoleillement et de la température du sol. Le plant démarre donc sa vie dans des conditions parfaitement adaptées à son développement (alors que ce ne sera pas forcément le cas pour un un plant importé de pépinière).

Au final, les plants issus de semis directs au potager s’avèrent plus robustes et donc plus résistants aux maladies.

Inconvénients des semis directs

Un jeune plantule, tout juste sorti de terre, sera fortement apprécié par de nombreux animaux : limaces, campagnols, rongeurs, oiseaux… le risque est donc important de voir une partie de ses semis disparaître à jamais.

Les graines de légumes (finalement manipulées par l’homme) sont en général plus longue à germer que les graines de plantes spontanées (parfaitement adaptées à nos conditions climatiques et de sol). De ce fait, la culture risque d’être rapidement envahie par les adventices avant même ou dès le début de sa levée.

Ceci implique donc des travaux de désherbage importants.

Bien entendu, certains m’objecteront que l’on peut pailler… en effet… mais les petits rongeurs et autres limaces logeant dans le paillage se feront alors un festin de vos jeunes pousses… sans parler du fait que pour semer, il faut tout au moins écarter le paillage. Ce qui va également favoriser la levée rapide d’adventices… en fait, les graines d’adventices n’attendent que cela pour lever : un peu de soleil et de chaleur et c’est parti… du coup, il faudra aussi désherber, avec une difficulté supplémentaire : du fait de la présence du paillage, l’utilisation d’outils de désherbage (sarcloir, binette…) en sera plus compliqué.

Ajoutons à cela des travaux d’éclaircissage (démariage) des semis denses (alors que les plants élevés en pépinière sont plantés directement à distance souhaitée).

Enfin, semer directement en terre limite les possibilités de cultures précoces (sol et températures trop froides en fin d’hiver, début de printemps, tout au moins pour les légumes fruits). Par exemple, pour les tomates issues de semis directs, dans la plupart des régions, les premières récoltes se feront alors au mieux  fin juillet… voire seulement au mois d’août.

Alors, je sème directement ou je sème en pépinière ?

Contrairement à certains, je n’oppose pas semis directs et semis en pépinière.

Comme nous l’avons vu, chacune de ces pratiques a ses intérêts et inconvénients.

Aucune n’est parfaite.

A mon humble avis, outre vos propres observations sur le terrain (et c’est bien là l’essentiel), l’approche la plus intelligente consiste tout simplement à combiner les deux !

Certaines cultures sont naturellement plus adaptées aux semis directs (je pense en particulier aux légumes racines).

Personnellement, et notamment en période très pluvieuse, il m’arrive de semer quelques betteraves en pépinière (petits godets); mais d’une manière générale, je sème, comme il se doit, les légumes racines directement au jardin.

Pour les autres (légumes fruits, légumes feuilles, légumes fleurs, fleurs, aromates), je commence, en fin d’hiver et au début du printemps, par des semis en pépinière pour de premières récoltes suffisamment tôt dans la saison, ou encore pour limiter les dégâts dus aux limaces (en plantant des plants déjà bien développés… en dehors d’une période pluvieuse).

Des semis directs prennent ensuite le relais et fourniront ainsi des plants plus résistants aux maladies tout en me permettant d’étaler et de prolonger les récoltes…

 

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Et vous, comment procédez-vous ?

Vos observations personnelles, vos questions ou idées sont bienvenues dans les commentaires  ci-dessous !

 

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  • C’est exactement ma philosophie , par exemple cette année après avoir par 3 fois semé en pleine terre les petits pois et dès qu’ils germaient les voir disparaître (de belles galeries tout le long du rang et aucun piège efficace) j’ai fini par semer en pots graines par graines, j’aurai une toute petite récolte, un repas sans doute) mais au moins je goûterai aux petits pois quand même et puis je vais retenter fin mai une nouvelle culture en pleine terre on ne sait jamais. Ayant beaucoup de limaces (pourtant orvets, crapauds, carabes … fréquentent mon jardin) je fais surtout des plants en godets dès que je peux et au moins j’ai des récoltes. C’est donc en effet à chacun de faire au mieux avec ses observations.
    Merci pour tous ses articles toujours intéressants.

  • Bonjour Gilles et merci pour cet article
    Pour les légumes racine et pour les légumineuses (pois, haricots, …) je sème en pleine terre après avoir utilisé la technique du faux semis pour les légumes racine.
    Pour le reste je sème en terrine puis je repique en pots. je fais « forcer » mes plants, condition sine qua non pour arriver à avoir de belles récoltes, car un joli plan de compétition bien bichonné sorti de sa serre donne peu de résultats. J’en veux pour preuve toutes les plantes et plants que les gens achètent en jardinerie et qui meurent quelques jours après.
    Pour les tomates ne pas hésiter au repiquage à plier la tige dans le terreau car elles ont la faculté de ré raciner partout sur la partie de tige enterrée du coup avec un système racinaire plus puissant la croissance et la reprise sont favorisées… d’ailleurs des plants qui ont un peu filé se comportent très bien. Bien sûr ceci n’est valable QUE pour les tomates.
    Mais surtout, surtout, je me suis aperçu que les semis en terrine donnaient toujours de meilleurs résultats comme si les premières graines germées libéraient un hormone ou un signal de croissance aux autres et du coup les levées sont meilleures.

  • Petite précision pour les semis en terrine il ne s’agit bien sur que des petites graines, pour les cucurbitacees je fais du semis individuel en pots

    • Merci pour ton partage !
      J’aillais justement te faire la remarque concernant les cucurbitacées (qui n’apprécient pas vraiment les repiquages…).
      Je partage totalement ton observation sur la meilleure levée (et même un meilleur développement initial) des petites graines lorsqu’elles sont groupées que si elles sont isolées dans un godet… c’est d’ailleurs la même chose en terre (c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles j’aime semer les carottes de façon dense, plutôt qu’à écartement définitif – les autres raisons étant une meilleure sécurité par rapport à d’éventuels ravages animaux et la possibilité de pouvoir récolter de délicieuses petites carottes tout en éclaircissant…). J’ignore si c’est une question d’hormones ou de simple voisinage, mais en tout cas, c’est un fait.
      Bonne journée
      Gilles

  • Merci
    Ça confirme ma pratique. Avec un argument supplémentaire pour l’élevage en pépinière pour ceux qui n’ont pas autant de temps à consacrer à leur potager qu’ils ne le voudraient. L’élevage en pépinière est plus souple et en fin de compte demande moins de temps.
    Certains légumes se prêtent bien aux deux par exemple les courgettes en pépinière pour en avoir suffisamment tôt et en pleine terre pour en avoir suffisamment longtemps.
    Amicalement

  • Merci Gilles ! Mon jardin est très fréquenté par les limaces, je sème donc pas mal en mini-serres, pots et jardinières, même des carottes, jeunes oignons, poireaux et laitues … avec +/- de bonheur mais pas mal de choses réussissent et donnent de bons résultats. Comme terreau, j’en achète du bio chez Brico (en Belgique) garanti sans tourbe ! Le seul souci c’est qu’il contient un peu d’engrais (sang et os broyés), c’est moins bon pour les semis mais parfait pour les premiers petits repiquages.

  • Merci Gilles
    Ayant une terre argileuse assez lourde, je combine les deux solutions depuis longtemps.
    Pour mon dernier semis de carottes, directement en terre, j’ai protégé par un tunnel plastique une partie de la rangée (le tunnel n’était pas assez long !!!)
    Finalement les plantules “extérieures” sont sorties quelques jours plus tard mais ont déjà rattrapées celles de dessous le tunnel.
    Merci pour ton site.

  • Pour moi, en Savoie, depuis que mon jardin est “paillé” toute l’année, j’ai l’inconvénient d’avoir une terre qui met du temps à se réchauffer. Je préfère donc chaque fois que possible les semis en pépinière puis avant transfert. Çà a l’air de ne pas trop mal fonctionner. De plus, un printemps très sec comme celui que l’on a eu rend la germination plus difficile.

  • bonjour, dans les avantages des semis sous serre : si la serre est adossée à la maison, elle chauffe la maison (par les portes ouvertes!) et elle est plus tempérée qu’une serre en plein champ. je fais mes semis dans des “bons” pots en plastique que je réutilise tous les ans, dans mon propre compost maturé deux ans. il faut bien vérifier qu’il n’y ait pas de larves de coléoptères car elles peuvent manger les racines. Merci pour cet article!

  • Petites “astuces” pour ceux qui comme moi pratiquement le semis en pépinière :
    Pour les plants à tige ligneuse et à système racinaire chevelu superficiel (les solenacees essentiellement) vous pouvez faire un peu attendre vos plants en pots afin que le système racinaire soit bien développé. Lorsque votre motte de terreau tient bien par la densité des racines vous pouvez mettre en terre et vous pouvez écraser un peu la motte à la plantation afin que le système racinaire s’étale le plus possible (sans détruire les racines) bien sûr dans une terre bien ameublie. Vos jeunes plants vont pouvoir rapidement prospecter pour se nourrir. Attention toutefois à ne pas laisser trop stagner vos plants en pot sinon vous pourriez avoir des phénomènes de blocage des plants.
    Pour les plants à racines dite pivot (cucurbitacees) mettez en terre après le bon développement des premières feuilles vraies qui suivent l’apparition des cotylédons. Si vous laissez trop longtemps en pot la racine pivot va tourner au fond du pot et votre rendement sera moindre.
    pour finir ne pas oublier qu´un terreau du commerce est un substrat “leger” qui retient l´humidite et se rechauffe vite pour favoriser la levee des graines et le developpement racinaire des plantules, mais il ne contient normalement pas les substances nutritives pour assurer le developpement complet de vos plantes.

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