Limaces au jardin – Une autre approche est possible…

La limace, un ravageur redouté au jardin…

Rares sont les jardiniers qui apprécient les limaces.

Et pour cause… Les ravages imputables aux limaces sont considérables au potager naturel, et notamment par temps pluvieux sur les jeunes plants.

Dès lors, nombre de jardiniers (y compris certains permaculteurs…) n’hésitent pas à utiliser des “anti-limaces naturels” du commerce pour éliminer ce redoutable ennemi !

Et ils se donnent bonne conscience : “Mais j’utilise du bip (pas de pub pour ce produit létal). Ces granules (on préfère les appeler ainsi plutôt que par ce qu’elles sont, à savoir du poison) sont bio”.

Peut-être est-ce votre cas ?

Loin de moi l’idée de vous juger. Même si je me refuse à utiliser tout produit létal, fut-il d’origine naturelle, je dois bien reconnaître une certaine “animosité” face aux limaces.

Mais j’aimerais en revanche vous amener à vous (nous) interroger davantage…

Avons-nous le recul nécessaire ?

Les limaces sont-elles vraiment les ennemies du jardinier ?

Pour prendre ce recul salvateur, et agir en connaissance de cause, je vous invite à regarder la vidéo ci-dessous.

Hervé Coves y préconise une gestion holistique de cette charmante petite bête.

 

 

Bon, vous n’avez peut-être pas une heure et quart devant vous pour visionner cette vidéo…

Je vous recommande alors vivement d’y revenir lorsque vous aurez plus de temps.

C’est passionnant et très instructif (vous verrez ensuite probablement les mollusques d’un autre œil).

 

En attendant, je vais essayer de résumer cette vidéo en quelques mots (Pardon pour les raccourcis… Mais regardez la vidéo).

Les limaces sont indispensables dans un écosystème !

carabe doré
Le carabe doré est un redoutable prédateur de limaces

Les limaces participent notamment, de façon très significative, à préserver vos cultures de nombreuses maladies.

Et pour limiter fortement les soucis de limaces au jardin, plutôt que de lutter, on va favoriser la venue de leurs prédateurs naturels : oiseaux, carabes, crapauds, hérissons…

Bref, on va tout simplement favoriser la biodiversité au sein de notre jardin, par exemple en aménageant des refuges (haies, arbres, hautes herbes, tas de bois ou de pierre, mares…).

 

Par ailleurs, les limaces ont une fonction de digestion des matières organiques.

Ce sont de “véritables appareils digestifs ambulants”.

Notre objectif, pour éviter une invasion sera donc de “faciliter la fonction digestive” de l’écosystème qu’est le jardin.

Pour ce faire, on va amener de la lignine (BRF, bois mort) afin de favoriser le développement de champignons.

Quel rapport avec les limaces ?

Tout comme ces dernières, les champignons ont un rôle de digestion des matières organiques.

Aussi, selon Hervé Coves, s’il n’y a pas de champignons dans le sol, nos “baveuses” vont venir en nombre pour suppléer les champignons dans leur rôle de “digestion” des matières organiques…

Concrètement, en favorisant le développement des champignons par des apports de matériaux ligneux, on évite les invasions de mollusques.

Le seul problème est que l’on va passer par une période “délicate” plus ou moins longue (il faudra quelques années avant que les choses ne se régulent…), du fait du “nid” que va constituer la couverture du sol… J’y reviens plus bas.

 

Autre action à mettre en place : servez-leur le repas dans un coin du jardin :

  • Les limaces préfèrent les feuilles malades ou juste coupées (en début de décomposition)… Déposez les parties malades de vos cultures et autres déchets végétaux dans un coin du jardin. Elles s’y rendront, et laisseront sans doute plus tranquilles les jeunes pousses… Notez qu’un compost “ouvert” pourra aussi jouer ce rôle ;
  • Semez un petit carré, juste pour elles, de plantes qu’elles apprécient particulièrement (Notamment des crucifères : moutarde, colza, radis…)… Bref encore une table réservée.

 

En résumé, plutôt que d’assassiner cet animal qui ne fait rien d’autre que de profiter de ce que la nature lui offre, on va rechercher à instaurer une forme d’équilibre, en s’inspirant notamment du modèle forestier, dans notre jardin.

C’est bien entendu cette approche globale qu’il convient de privilégier.

J’aime beaucoup la conclusion d’Hervé Coves : “la destruction permet de ne plus voir le problème. Mais elle ne règle pas le problème”.

 

Mais parvenir à un certain équilibre peut demander quelques années…

dégâts de limaces sur feuilles radis
Ces feuilles de radis ont subi une attaque.

Et, force est de constater que, malgré une démarche résolument positive, on peut se trouver dépassé par des attaques de baveux lors de printemps particulièrement pluvieux comme ce fut le cas par exemple l’an passé dans de nombreuses régions.

Malheureusement, dans bien des régions, vous aurez beau mettre en place des abris diversifiés pour attirer une population animale variée, les résultats ne seront pas à la hauteur…

Car si attirer des oiseaux est facile lorsque l’environnement est encore (relativement) préservé, ça devient plus compliqué quand ces oiseaux ont quasiment disparu de la région…

Et c’est de plus en plus une triste réalité.

Même chez moi, en Dordogne, force est de constater que les chants d’oiseaux sont moins importants qu’il n’y a ne serait-ce que 10 ans en arrière.

Ben oui… Les insectes disparaissent… Et par voie de conséquence, les oiseaux qui s’en nourrissent. Sans parler des oisillons succombant aux pesticides contenus dans les vers ramenés au nid par leurs parents.

Mais je risque encore de m’éloigner de mon sujet du jour…

Revenons-y.

 

Quelles sont les solutions, provisoires, pour protéger nos cultures, sans engendrer de nouveaux déséquilibres ?

Commençons par dire qu’il n’est pas envisageable de tuer les limaces, fusse avec des produits naturels (dont je tairais le nom) qui n’ont d’autres intérêts que de donner bonne conscience à celui qui les utilise…

Dès lors les seules solutions acceptables vont consister à éloigner les limaces des cultures que l’on veut protéger.

Les fausses bonnes solutions pour tenir les limaces éloignées des cultures

Les coquilles d’œufs écrasées

“Placez des coquilles d’œufs pour protéger vos cultures des limaces !”

Voici une recommandation que l’on trouve partout sur le web. Ce qui montre si besoin que les informations sont, par beaucoup, simplement reprises… Sans aucune vérification.

Mais voilà, je l’ai constaté, ça ne marche pas !

Et Loïc Vauclin le démontre d’ailleurs en image :

 

Le piège à bière, la fausse solution miracle pour les limaces

Cette technique est bien connue et utilisée par de nombreux jardiniers. Et pourtant…

Des expériences ont été menées sur ce procédé.

Voici ce qu’elles ont démontré :

pièges à bière pour limaces
Les pièges à bière sont très efficaces pour attirer les mollusques…

La bière est en effet super efficace pour attirer les gastéropodes, à un point tel que ces derniers sont capables de parcourir des dizaines, voire des centaines de mètres pour rejoindre ce paradis (la piscine de bière).

Ainsi, les individus qui se trouvaient tranquillement chez votre voisin rappliquent toutes chez vous (“C’est sa tournée !”).

Et comme vous voyez vos coupelles pleines, vous vous dites que cette méthode est vraiment efficace !

Alors qu’en réalité, leurs populations se trouvent multipliées dans votre jardin.

Et nombreuses sont celles qui flâneront en route, se délectant ici ou là d’un jeune plant de salades ou de concombres…

Bref, cette solution est à oublier ; ou alors mettez votre piège à bière chez votre voisin… Enfin, si vous avez une dent contre lui !

Les solutions envisageables, mais avec leurs limites…

L’apport de cendre de bois, une solution efficace quand il ne pleut pas !

Également bien connue, cette approche consiste à épandre de la cendre de bois autour des jeunes plants, constituant ainsi une barrière naturelle.

Certes, cette technique est efficace, mais elle présente néanmoins un inconvénient majeur.

En effet, à la moindre averse, la cendre forme une croûte qui permet alors le passage des mollusques.

Il faut donc en remettre à chaque fois.

Quand il pleut en continu pendant plusieurs jours (En d’autres termes : quand c’est utile), c’est tout simplement peine perdue…

Et, en admettant que vous y parveniez, cela conduit à épandre beaucoup trop de cendres, et donc de calcium qu’elles contiennent… Ce qui pourra avoir pour conséquence un déséquilibre chimique et l’asphyxie de la terre (le contraire de ce qu’on recherche en jardinage naturel).

Pour cette raison, cette solution est en tout cas à proscrire en terre calcaire.

Le marc de café

(mise à jour août 2021 – j’avais omis cette solution, rappelée par plusieurs lecteurs et lectrices en commentaire…)

Épandez du marc de café autour des plants à protéger.

Nos amies n’apprécient pas de ramper sur ce matériau et font normalement demi-tour…

Mais, comme avec la cendre de bois, la méthode a ses limites : il faut renouveler le marc après chaque pluie.

Les poules ou les canards pour nettoyer le jardin

Oui, les poules et les canards vont bien réguler les populations de limaces…

Mais, si vous avez déjà des cultures en place (et c’est en général le cas au printemps…), ces volatiles vont tout retourner dans le jardin… causant probablement encore plus de dégâts que notre petit mollusque !

Alors, oui, cette solution peut être envisagée à une époque pendant laquelle il n’y a pas de cultures, ou en les “parquant” bien… Mais sinon, mieux vaut éviter.

La bourrache

Semez de la bourrache un peu partout dans votre potager.

Cette plante est censée éloigner les gastéropodes… C’est du moins ce qu’affirment certains… Alors que d’autres, dont je fais partie, sont moins convaincus (ravages considérables malgré de nombreux plants de bourrache…).

Bon, ça ne coûte pas grand-chose de semer ou planter de la bourrache dans votre potager.

Et à défaut de tenir les limaces à distance de vos cultures, y implanter de la bourrache présentera au moins pour intérêt d’ajouter un peu de biodiversité dans votre jardin (et notamment d’y attirer des insectes pollinisateurs).

 

Ok, mais alors, des solutions écologiques efficaces existent-elles ?

Oui ! En voici quelques-unes :

Comment protéger nos cultures des limaces ?

Le paillage n’est pas toujours approprié…

Chou dévoré par des limaces
Chou dévoré par des limaces… Mieux vaut peut-être éviter le paillage pour certaines cultures au printemps ?

Les limaces aiment à se réfugier dans un bon paillage

Aussi, lorsque le temps est pluvieux, j’évite par exemple de planter mes salades ou jeunes plants de choux dans un paillis… préférant le faire dans une planche travaillée.

Je sais, je vais m’attirer les foudres de certains “intransigeants quand ça les arrange” (“Moi la terre de mon jardin est toujours couverte, partout… Mais bon s’il y a des limaces, quelques granules ne feront pas de mal (mais ça, je ne le dis pas trop fort)…”).

Pour ma part, je fais le choix du bon-sens… Plutôt que d’appliquer aveuglément des principes, et de devoir par conséquent en renier d’autres, probablement plus essentiels…

La fougère

Si vous avez de la fougère près de chez vous, c’est la meilleure solution que je connaisse, et la plus simple à mettre en œuvre :

Placez simplement quelques branches de fougères autour des plants à protéger.

Les mollusques ne franchiront pas cette barrière naturelle (notez que cela ne fonctionne pas s’ils sont déjà nichés dans un paillage dont elles n’auront qu’à remonter pour atteindre les plants).

Les feuilles de fougères sont efficaces pendant plusieurs semaines et, en constituant un léger paillage, présentent un double avantage.

Il est également possible d’arroser le sol en préventif avec du purin de fougères (à découvrir dans Mon Potager au Naturel).

Des planches de bois pour piéger les limaces

Disposez des planches de bois (ou de vieilles tuiles) à même le sol, en particulier à proximité des cultures particulièrement visitées.

Nos “amies” iront s’y réfugier pendant la nuit.

Vous n’aurez alors plus qu’à les collecter, de préférence au petit matin.

Il vous appartient ensuite de les emmener bien à l’écart de vos cultures (ou de les éliminer comme bon vous semble…).

Une macération de piment

Avant une période annoncée comme pluvieuse, mettez à macérer pendant 24 heures des piments forts coupés en morceaux, à raison d’une poignée de piments pour un arrosoir de 10 litres.

Arrosez le sol autour des plants à protéger.

Les barrières anti-limaces

Notez enfin que l’on trouve aujourd’hui des barrières anti-limaces… notamment certaines contenant du cuivre (voyez par exemple ici), plutôt efficaces d’après les retours que j’ai pu avoir.

Si vous n’avez que quelques salades à protéger, ça vaut probablement le coup. Mais pour des surfaces plus importantes, pas sûr que ça vaille le coût.

Les feuilles de consoude… Une piste à explorer (mise à jour août 2021)

Depuis plusieurs années, je commence souvent à pailler avec des feuilles de consoude.

À chaque fois que j’ai opéré de la sorte, les jeunes plants de salades ou autres plantules étaient préservés des attaques…

Il est un peu tôt pour en tirer des conclusions définitives, mais il me semble bien que les limaces n’aiment pas se déplacer sur ces feuilles de consoude coupées (Odeur ? Texture un peu rugueuse).

C’est en tout cas une piste sur laquelle je vais continuer à investiguer… Sans doute en faisant un test avec planche témoin (l’an prochain, si j’y pense…).

Vos propres expériences sont évidemment bienvenues.

La laine de mouton (test en cours à partir de mai 2024)

J’expérimente la laine de mouton pour protéger les plants de limaces et escargots.

Pour le moment, l’expérience est plutôt positive…

Conclusion

Comme toujours en jardinage naturel, les méthodes “artificielles” de protection du jardin contre les limaces présentées dans cet article ne sont utiles que parce qu’il y a (encore) des déséquilibres.

Dans un environnement préservé et surtout dans lequel vous allez mettre en œuvre des pratiques visant à développer la vie du sol et d’une manière plus large une biodiversité conséquente, les dégâts resteront finalement dans le domaine de l’acceptable…

Ce sera le cas lorsque l’écosystème que constitue votre jardin sera arrivé à maturité, c’est-à-dire parfaitement équilibré.

C’est cette approche globale et résolument positive que je vous propose de mettre en œuvre, progressivement, dans votre jardin.

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