Au jardin, les feuilles mortes tombées au sol ne sont pas seulement synonymes de corvée…
On peut aussi et surtout leur trouver de nombreuses utilités dans un jardin naturel.
Certes, pour les utilisations que je vous présente dans cet article, vous resterez astreint au ramassage, mais au moins, plutôt que de brûler ces feuilles mortes, vous en ferez profiter naturellement votre jardin.
Mais avant de voir ces différentes utilisations possibles, commençons par distinguer différents types de feuilles mortes.
Feuilles azotées ou carbonées ?
Notez déjà que les feuilles vertes sont des matériaux principalement azotés.
En fin de cycle, la feuille cesse de fonctionner. Les molécules azotées (protéines) ne sont alors plus utiles et sont transformées en glucides. Elles sont alors évacuées et stockées dans la partie vivante du bois (aubier ou racines notamment).
Ainsi, dans les feuilles mortes, il reste alors principalement du carbone (Rapport carbone/azote de 40 à 80)
Toutefois, de par leur nature particulière, certaines essences d’arbres ou arbustes ont des feuilles particulièrement carbonées, même vertes.
Les feuilles équilibrées
C’est le cas de la majorité des feuilles d’arbres ou arbustes.
Par exemple, les feuilles d’aulnes, de hêtres, d’arbres fruitiers, de noisetiers, de frênes ou encore de sureau sont de cette nature intermédiaire.
Ces feuilles sont dites “équilibrées”, avec un rapport carbone/azote de 25 à 30 lorsqu’elles sont vertes et de 40 à 60 lorsqu’elles sont mortes.
Ce type de feuilles se décomposera plus vite que des feuilles de type carboné.
Les feuilles carbonées ou cellulosiques

Pour ce type de feuilles, on a un rapport carbone/azote de 25 à 60 en vert et de 60 à 80 pour les feuilles mortes.
Voici quelques espèces d’arbres dont les feuilles sont particulièrement riches en carbones : les chênes, les bouleaux et les érables.
Le carbone est l’élément qui va donner plus de structure à un sol.
La décomposition de feuilles carbonées sera plus lente. Mais l’humus qui résultera de cette décomposition sera stable et durable.
Dans un compost, le carbone est indispensable au processus de compostage (sans carbone, un compost se décomposera mal, et pourra même avoir tendance à pourrir).
On choisira donc en priorité ce type de feuilles pour intégrer au compost (mais, à défaut, les feuilles équilibrées seront aussi très bien).
Pailler avec les feuilles mortes
Les feuilles mortes seront très utiles pour couvrir le sol de votre potager ou d’un massif.
Intérêts d’un paillage avec des feuilles mortes
Comme tout autre paillage végétal, cette couverture du sol va :
- Favoriser le développement des différentes formes de vie dans le sol ;
- Empêcher le lessivage des éléments minéraux par des pluies ;
- Maintenir une certaine humidité dans le sol ;
- Protéger le sol des rayonnements directs du soleil et donc des problèmes de durcissement ;
- Limiter le développement des adventices et donc les corvées de désherbage ;
- Tenir le sol un peu plus au chaud en plein hiver (Mais attention, il ne s’agit pas de le couvrir lorsqu’il est gelé… Il faut le faire à l’automne, alors que le sol est encore suffisamment chaud) ;
- Enrichir la terre en se décomposant (voyez plus haut les différences entre feuilles à dominance carbonée et feuilles à dominance azotée).
Comment couvrir le sol avec des feuilles mortes ?

Il convient donc d’opérer à l’automne (ça tombe bien puisque c’est à cette époque que les feuilles tombent). N’attendez pas que le sol refroidisse trop. Car, faute de suffisamment de chaleur, la vie ne pourrait alors s’y développer correctement. Et la terre aura également beaucoup plus de mal à se réchauffer au printemps suivant).
Si le sol est tassé lors de la mise en place de la couverture, l’aérer un peu à l’aide d’une Grelinette (ou d’une Campagnole) s’avérera judicieux.
De même, afin de favoriser le développement de la vie, et principalement si vous utilisez des feuilles “carbonées” (donc contenant très peu d’azote), un apport de compost ou de fumier, préalablement au mulch, sera bienvenu.
Vous pouvez ensuite épandre une couche plus ou moins épaisse de feuilles (10-15 cm en sol lourd et jusqu’à 30 cm en terre légère).
Cette épaisseur diminuera très vite (en quelques semaines, avec des feuilles équilibrées, l’épaisseur pourra diminuer des 2/3 !)
Si vous mettez ce paillage aux pieds d’arbres fruitiers ou autres plantes en place, veillez à dégager le collet afin d’éviter des risques de pourriture.
Faire un terreau avec les feuilles mortes
Avec les feuilles mortes récupérées, vous pouvez également fabriquer un bon terreau.
L’idéal sera d’utiliser des feuilles mortes issues de différentes espèces.
Mettez simplement les feuilles en tas dans un coin de votre jardin, de préférence dans une zone un peu ombragée.
Remuez de temps à autre le tas… Et laissez la Nature opérer.
Au bout d’une ou deux années, selon la nature des feuilles (Ce sera plus long avec des feuilles carbonées) et votre climat, vous aurez un bon terreau, prêt à l’emploi pour vos semis ou rempotage.
Intégrer les feuilles mortes à votre compost

On manque parfois de matériaux carbonés (ou matériaux “bruns”) pour équilibrer son compost.
En effet, il est en général plus facile de récupérer des matériaux azotés (matériaux “verts”). Or, faute de suffisamment de matériaux bruns, un compost aura tendance à pourrir, plutôt qu’à se décomposer sainement…
Dans cette optique d’intégration au compost, à l’automne, stockez les feuilles mortes (à dominance carbonée) dans un coin de votre jardin, à côté du compost.
Puis, à chaque fois que vous apportez une couche de matériaux verts, ajoutez-y également une couche de feuilles…
Votre compost en sera ainsi mieux équilibré et se décomposera plus efficacement et sainement.
Vous l’aurez compris, plutôt que de brûler vos feuilles mortes (ce qui est d’ailleurs aujourd’hui interdit), utilisez-les dans votre potager naturel, ou plus largement dans tout votre jardin.
Si vous avez beaucoup de feuilles à ramasser, un aspirateur-souffleur à feuilles peut être bien pratique…
Allez, avant de se quitter, et de vous laisser aller au jardin, je ne résiste pas… Je vous invite à écouter “Les feuilles mortes” de Jacques Prévert, interprétée par Mouloudji (la plus belle interprétation selon moi… Mais c’est bien sûr un avis personnel) :
N’hésitez pas à partager vos expériences ou autres réflexions dans les commentaires ci-dessous.
Bonjour,
Je me pose la question de laisser ou non en place les feuilles non décomposées qui ont passé l’hiver sur la terre de mon potager. S’il est préférable de les laisser en place, comment semer et repérer les lignes de semis, les différentes parcelles et la pousse des semis ?
Merci pour tous vos conseils !
Bonjour,
Merci pour cet article très intéressant. Où trouver une liste complète des arbres avec le type de feuilles (équilibrée, azotée, carbonée) ? qu’en est il du tilleul à grandes feuilles ?
Merci !
Bonjour,
Pour moi aussi la version de Mouloudji est la meilleure…
Mais je ne vous contacte pas pour ça.
Que faire d’un paillis de feuilles mortes au printemps ? L’incorporer à la terre ou bien l’écarter pour un réchauffement plus rapide de la terre ?
Et si on l’écarte … qu’en faire après ?
Même question avec la paille : j’ai prévu un paillis d’été avec de la paille de blé. Qu’en faire à l’automne ? L’incorporer ou le laisser sur place pour l’hiver ?
Merci.
Bonjour JP,
Le mieux est de l’écarter, puis de ramener le paillis au pied des cultures seulement lorsque elles sont en place et déjà un peu développées (pour limiter les problèmes de limaces), et que le sol est réchauffé.
Après, lorsque le sol est couvert en permanence, et équilibré, on peut aussi laisser le paillis (avec un sol vivant, il se réchauffe mieux, et les populations de limaces s’équilibrent)…
Laissez la paillage en couverture pour l’hiver. C’est son rôle de protéger le sol.
Bonne journée
Gilles
Bien le bonjour du Québec. Ici aussi les feuilles tombent et tombent. Ma question concerne les feuilles mortes aspirées-déchiquetées : une fois réduites, n’ont-elles pas tendance à former des couches agglomérées imperméables quand elles sont mises en paillis sur le jardin ou placées dans un enclos pour l’hiver ?
Je les accumule déjà entières pour ces deux usages mais ça cause des problèmes dont je me passerais, par le vent entre autres : je dois mettre des poids au dessus sinon les feuilles vont plutôt protéger les terrains voisins. J’hésite à acheter un “aspirateur-déchiqueteur” si les feuilles doivent s’agglomérées car je n’aimerais pas dépenser des sous pour échanger un problème contre un autre ;0)
Bravo pour votre blog et pour vos judicieux conseils.
Bonjour Grover,
J’ai présenté il y a trois jours mes pratiques de compostage des feuilles. J’ai omis de dire que je vais aussi ramasser les feuilles d’une personne qui n’a plus la force de le faire. Comme il y en a beaucoup, comme j’y vais en voiture, j’ai l’option de déchiqueter sur place avec son aspirateur déchiqueteur (division du volume par 4 ou 5). Je stocke ensuite directement dans mon silo. Il n’y a aucun problème d’agglomérations. Certainement que le citoines et autre vers à compost y sont pour quelque chose.
Bonne journée
Re-bonjour
J’oubliais de préciser : je brasse tout mes composts avec un gros ressort d’une marque bien connue. Si besoin (ce qui arrive au début du remplissage), le mélange des feuilles broyées des différents apports ne présente aucune difficulté, ce qui ne serait pas du tout le cas si elles étaient entières.
Au Québec le compostage s’arrête en hiver. de décembre à avril. Si vous continuez à entasser vos déchets de cuisine dans votre bac à composter, le tout va geler en bloc compact et pourries dès le début du printemps.
Gardez quelques sacs de feuilles mortes sèches dans votre garage et ajoutez-en quelques poignées à vos déchets cuisine avant de les mette dans le bac.
Cela évitera le pourrissement.
En hiver, il est impossible d’aérer votre bac car les déchets forment un bloc gelé. Dès le dégel remuez le contenu du bac et ajoutez encore des feuilles mortes sèches.
Je procède ainsi chaque année et mon compost est parfait.
Merci pour ces précisions intéressantes pour nos amis québécoises, mais aussi pour ceux et celles vivant par exemple en zone montagneuse.
Bonjour
Voici mon expérience sur le sujet :
Juste avant de le remplir de nouvelles feuilles mortes, j’ai vidé au 4/5ème mon silo à feuilles récoltées l’an passé. J’ai ainsi mis en sac 120 kg d’un magnifique terreau de feuilles. La centaine de larves de Cétoine Dorée récupérée à l’occasion est retournée dans ce qu’il restait de terreau dans le silo.
Puis j’ai vérifié que mes voisins étaient à nouveau OK pour se débarrasser de leurs feuilles chez moi et j’ai même distribué quelques sacs de déchet de jardin. C’est eux qui font le ramassage mais c’est moi qui les transporte (gagnant/gagnant, comme ont dit).
Là, sur une petite plateforme, je broie finement à la tondeuse tout ce qui arrive et je rempli le silo (0.70×0.70×1.00m), en prenant soin de le couvrir d’une toile lestée de deux planches. Il est déjà plein, mais dans une semaine, cela aura bien tassé et je pourrai en rajouter, et ceci durant tout le mois de récolte. Il faudra cependant stocker l’excédent de feuilles provisoirement à côté, mais je compléterai régulièrement le bac durant tout l’hiver. J’ajoute quelques litres d’eau lorsque je constate que la surface est déshydratée. Il m’arrive aussi de brasser avec mon super “ressort”.
Toute l’année, à l’occasion d’une manipulation de compost ou de paillage, les larves de Cétoine trouvées sont déposées dans le silo. J’évalue aujourd’hui leur nombre à près de 150. Leur travail est considérable. Elles doivent s’y plaire car leur nombre croît chaque année même si elles finissent par sortir du compost pour vivre leur vie d’adultes.
Merci pour ce partage très intéressant Jacques !