Les haies en permaculture : un élément clé pour créer un jardin ou une ferme durable et diversifié

Introduction aux haies en permaculture

L’an passé, nous avons abordé la question des haies protectrices contre la pollution. Nous allons élargir ici notre propos aux haies en permaculture.

Les haies en permaculture sont des bandes de végétation qui peuvent être composées d’arbustes, d’arbres, d’herbes, de légumes et de fruits.

Ces haies serviront de clôtures végétales pour délimiter les propriétés ou comme brise-vent pour protéger les cultures.

Mais par seulement.

À cela, nous pouvons en effet ajouter diverses fonctions, écologiques, et même économiques…

Pourquoi implanter une haie ?

Intérêts écologiques des haies en permaculture

Les haies en permaculture ont de nombreux avantages écologiques.

  • Amélioration de la biodiversité : ces haies diversifiées fournissent des habitats pour les oiseaux, les insectes et d’autres animaux. Elles contribuent ainsi à augmenter la biodiversité dans un jardin ou une ferme. Les haies peuvent également servir de corridors écologiques pour les animaux sauvages, permettant aux espèces de se déplacer d’une zone à l’autre.
  • Fixation des nutriments : ces haies peuvent aider à fixer les nutriments dans le sol en utilisant des plantes qui ont des racines profondes.
  • Lutte contre l’érosion : les haies en permaculture limitent les effets de l’érosion en maintenant les sols en place et en régulant le ruissellement de l’eau. Les haies peuvent également améliorer la qualité de l’eau en retenant les nutriments et en filtrant les impuretés.
  • Régulation du climat local : elles contribuent à réguler le climat local en retenant l’humidité et en atténuant les effets des vents forts. Les haies peuvent également contribuer à réduire la chaleur urbaine en créant des zones d’ombre.
  • Conservation de la ressource en eau : les haies permettent de conserver l’eau en retenant l’humidité dans le sol et en régulant le ruissellement de l’eau. Cela peut aider à réduire les besoins en irrigation et à augmenter la résilience des cultures face à la sécheresse.
  • Protection de la qualité de l’air : les haies en permaculture participent à la qualité de l’air en absorbant les polluants et en produisant de l’oxygène. Les haies peuvent également servir de barrières naturelles pour protéger les cultures des polluants atmosphériques.

En somme, les haies en permaculture peuvent contribuer à améliorer les écosystèmes naturels et à protéger les milieux cultivés, en plus de leur utilité pour les cultures.

Intérêts économiques des haies en permaculture

Les haies en permaculture présentent également des avantages économiques non-négligeables.

  • Production de fruits et légumes : les haies en permaculture peuvent être utilisées pour produire des fruits et des légumes pour la consommation humaine et animale, augmentant ainsi les revenus pour les jardiniers (par la diminution des achats) et les agriculteurs (par la vente de ces productions).
  • Amélioration de la qualité du sol : les haies améliorent la qualité du sol en fixant les nutriments et en régulant le ruissellement de l’eau. Cela réduit les coûts d’irrigation et augmente la résilience des cultures face à la sécheresse.
  • Protection des cultures : des haies denses peuvent servir de barrières naturelles pour protéger les cultures des animaux sauvages ou domestiques qui pourraient les endommager, réduisant ainsi les pertes de récoltes.
  • Réduction des coûts d’entretien : en utilisant, entre autres, des plantes à racines profondes, les coûts d’entretien, et plus précisément d’arrosage, de la haie en seront réduits.
  • Amélioration de la valeur foncière : les haies en permaculture peuvent contribuer à améliorer la valeur foncière d’une propriété en améliorant l’apparence et en augmentant les revenus potentiels (ferme).

Les haies en permaculture en fonction de leurs objectifs

Avant de choisir les espèces qui constitueront votre haie, commencez déjà par réfléchir à vos objectifs…

Une haie pour la biodiversité

Constituée d’espèces locales (les mieux adaptées) et diverses (pas une haie uniquement composée de thuyas…), une haie fournira gîte et couvert à de nombreux animaux, souvent autres que ceux hébergés dans les herbes basses ou dans les arbres.

Différentes strates (hauteurs) et espèces d’arbres et arbustes contribueront ainsi fortement à la biodiversité au jardin, et donc aux équilibres de populations animales. Ce qui réduira les risques de ravages.

Une haie brise-vue

La haie est couramment utilisée pour protéger son intimité au jardin.

Oranger du Mexique au sein d'une haie
L’oranger du Mexique garde ses feuilles en hiver…

Dans cette optique, la haie devra être suffisamment dense et comporter des espèces à feuillage persistant.

Plutôt que des conifères, des espèces peu favorables à la biodiversité et à la vie du sol, nous privilégierons des feuillus.

Citons par exemple les éleagnus, la viorne (laurier-tin), le bambou, le miscanthus, l’oranger du Mexique (en plus, ça sent bon !)…

Le charme peut également parfaitement s’intégrer à une haie brise-vue. Ce n’est pas un arbre persistant… Mais son feuillage jauni ne tombe qu’au débourrement, et est rapidement remplacé par une nouvelle végétation. Dans ce type de haie, les charmes seront taillés.

Une haie pour protéger des vents dominants

Vous pouvez également avoir besoin de protéger votre jardin de vents dominants, parfois violents ou très asséchant.

Les principes sont peu ou prou les mêmes que pour une haie brise-vue :

  • Cette haie brise-vent devra être suffisamment haute et épaisse pour être efficace ;
  • Les espèces à feuillage persistant et particulièrement dense sont à privilégier ;
  • Plusieurs rangées de plantations seront d’autant plus efficaces.

La haie, source de matériaux pour votre jardin

Tailler sa haie est souvent nécessaire pour éviter qu’elle ne s’étale trop ou pousse trop haut.

Cela représente certes un travail supplémentaire…

Mais, lorsque vous taillerez votre haie, vous aurez à disposition une grande quantité de branchages.

Des branchages que vous pourrez broyer et utiliser comme couverture du sol

Vous pouvez également en incorporer à votre compost, fournissant à ce dernier de la matière ligneuse utile à sa décomposition.

Les haies en permaculture, sources de nourriture

En intégrant à votre haie des arbres fruitiers, des petits fruits, ou même des légumes ou aromates vivaces appréciant un certain ombrage (salade, menthe, ail des ours par exemple), vous disposerez de fruits et de légumes en plus de ceux cultivés dans votre potager.

Une haie pour protéger de la pollution

Une haie pourra être utile pour protéger votre jardin d’éventuelles pollutions environnantes (agriculteurs traitant en chimie les champs voisins par exemple).

Nous avons développé spécifiquement ce type de haies ici.

Quelles espèces pour les haies en permaculture ?

Il est important de noter que les espèces de plantes qui conviennent le mieux à une haie en permaculture dépendent de nombreux facteurs, tels que la région géographique, le climat et le sol. Choisissez des espèces adaptées à la zone dans laquelle vous vous trouvez, mais aussi à vos objectifs.

Si vous avez une haie sauvage en bordure de votre jardin, essayez de la conserver telle quelle.

Non seulement, ces espèces sont parfaitement adaptées à votre environnement (sol, climat). Mais elles constituent également un gîte et un couvert auxquels est habituée la faune locale sauvage (que vous feriez fuir si vous détruisiez cette haie naturelle…).

Haie en permaculture avec des arbres fruitiers, des petits fruits...
Des arbres fruitiers et des petits fruits (framboisiers) accentuent les bénéfices de la haie.

Et ce même, et j’oserais dire « surtout » s’il s’agit de ronciers… une plante presque systématiquement détruite aujourd’hui : « Quoi, des ronciers dans mon jardin ? Que nenni ! ». C’est pourtant une plante formidable, tant par la diversité animale qu’elle héberge (les insectes y sont à l’abri de prédateurs plus gros, qui ne peuvent y pénétrer à cause des épines…) que par ses fruits (appréciés par les oiseaux, mais aussi notamment par les enfants).

Si vous n’avez pas la chance d’avoir une haie sauvage, envisagez peut-être d’en implanter une. Pour cela, privilégiez des espèces locales, aussi variées que possibles : des arbustes à baies pour les oiseaux (aubépine, églantier, cornouiller, sureau), des fruitiers (noisetier, prunier, pommiers, poiriers…), des petits fruits (groseilliers, cassis, framboisiers, myrtilles, fraises des bois), voire même quelques aromates (menthe, persil, ciboulette, coriandre, cerfeuil, romarin…) et de la consoude.

Les 2 documents ci-dessous devraient vous aider à faire vos choix en fonction de vos objectifs :

Haies en agroforesterie

haies-agroforesterie

 

Haies champêtres

haies-champêtres-cantal

 

Ce document vous donnera plein d’indications utiles pour le choix des espèces à implanter chez vous. Si vous n’habitez pas dans le Cantal, voyez les espèces poussant spontanément dans votre région.

Les différentes méthodes de création des haies en permaculture : semis direct, bouture, greffe, plantation

Il existe différentes méthodes pour créer une haie en permaculture, chacune ayant des avantages et des inconvénients.

  • Plantation : la méthode la plus simple pour implanter une haie consiste à mettre en terre des plants élevés en pépinière (en prélever dans la nature est normalement interdit…). Le coût d’achat des plants sera relativement élevé. Aussi, plutôt que d’acheter des plants de plusieurs années, privilégiez des scion de 1 an… Ils coûtent moins cher et la reprise est en général meilleure que pour des plants plus âgés…
  • Semis direct : le semis direct consiste à semer les graines directement dans le sol. Cette méthode est facile à mettre en place, peu coûteuse et peut permettre de créer une haie rapidement. Cependant, le taux de germination peut être incertain et il peut être difficile de maintenir une densité de plantation uniforme.
  • Boutures : le bouturage consiste à prendre des boutures d’une plante existante et à les planter pour créer une nouvelle plante. Généralement utilisée pour les plantes à croissance rapide, la bouture permet de reproduire rapidement des plantes saines et vigoureuses.
  • Greffes : le greffage consiste à prendre une partie d’une plante (greffon) et à la greffer sur une autre plante (porte-greffe) pour créer une nouvelle plante. Cette méthode est généralement utilisée pour les plantes à croissance lente ou pour reproduire des variétés particulières (fruitiers notamment). Cependant, le greffage nécessite un certain degré de compétence technique.

Planter une haie en permaculture

Disposition des plantes composant la haie

Les haies peuvent être implantées de différentes façons, chacune ayant des avantages et des inconvénients.

  • Plantation en rang : cela consiste à planter les plantes en ligne, généralement à un intervalle de 30 à 60 cm. Cette méthode est facile à mettre en place et permet un accès facile pour l’entretien et les récoltes.
  • Plantation en quinconce : plantez les différents végétaux en formant un damier, généralement à un intervalle de 60 à 90 cm. Cette méthode occupe certes un peu plus d’espace. Mais elle densifiera d’autant plus la haie (parfait en brise-vent ou brise-vue par exemple).
  • Plantation en guilde : la méthode de plantation en guilde consiste à planter des groupes de plantes complémentaires les unes aux autres qui se soutiennent mutuellement dans leur croissance et leur production. Cette méthode est plus complexe à mettre en place, mais permet une meilleure productivité et une résilience accrue. À titre d’exemple, voici une guilde pour l’amélanchier :
Guilde haie amélanchier

 

Quand planter sa haie ?

Comme toute plantation d’arbres ou arbustes, la meilleure période pour implanter sa haie se situe en automne, voire en hiver (sol non gelé).

Les végétaux ont alors le temps de bien s’enraciner avant l’été.

Vous pouvez éventuellement aussi planter au printemps… Mais il vous faudra alors probablement arroser en conséquence. Et la reprise sera forcément plus délicate. Car les plants ne seront pas encore bien enracinés avant les chaleurs de l’été…

Préparer la plantation

Afin d’être efficace lors de la plantation, je vous recommande de préparer les trous de plantation plusieurs semaines avant.

Commencez par délimiter vos lignes de plantation (comme nous l’avons vu plus haut, il peut y avoir plusieurs épaisseurs).

Creusez des trous de plantations individuels.

Les trous devront être suffisamment larges (40 ou 50 cm) et profonds (40-50 cm).

Mettez la terre de surface d’un côté (vous pouvez y mélanger un peu de compost mûr) et la terre de profondeur d’un autre.

Notez que si vous envisagez de planter très serré, vous pouvez creuser une tranchée sur toute la longueur prévue pour la haie.

Planter la haie

Placez les racines (ou la motte) du végétal au fond du trou de plantation.

Au besoin, comblez un peu le trou, avec la terre de profondeur, afin que le plant se retrouve au même niveau qu’avant la plantation.

Comblez, en plaçant d’abord la terre extraite en profondeur puis en finissant avec la terre de surface.

Tassez légèrement.

Arrosez (un bon arrosoir par plant) après la plantation. Même s’il pleut, cette opération va aider la terre à bien colmater les trous d’air entre les racines.

Épandez une bonne pelletée de compost en surface.

S’il ne fait pas encore trop froid, paillez légèrement avec des feuilles mortes, de la paille, du foin ou du BRF.

Entretien des haies en permaculture

Des apports de compost chaque année (à l’automne) seront utiles pour maintenir la fertilité du sol.

Complétez cet apport par un bon paillage.

Ces apports assureront une bonne croissance et la longévité de votre haie.

Une taille régulière sera nécessaire pour maintenir la forme et la densité des haies. La taille s’effectue en fin d’hiver, ainsi qu’en automne. Évitez de le faire au printemps et en été. Des oisillons en subiraient probablement les conséquences.

S’abonner
Notification pour
guest
6 Commentaires
Le plus récent
Le plus ancien Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Gad
Gad
1 février 2023 10 h 29 min

Bonjour Gilles, merci pour tes conseils ils me sont d’une grande aide bien que je sois en Afrique centrale par rapport à la différence du climat; une partie de ces conseils sont aussi applicables ici

Philippe
Philippe
24 janvier 2023 12 h 42 min

Bonjour Gilles
Merci de ces conseils avisés et précis
Ça tombe très bien car j’envisage de rajouter une haie pour séparer une pâture de chevaux.
J’en profite pour également prévoir des essences qui ne sont pas toxiques pour les animaux présents
Les haies existantes sont essentiellement du charme avec qqs pommiers ornementaux
Et bonne surprise il y a des cèpes qui poussent tous les ans. Trois espèces cèpes d’ete, cèpes des pins et cèpes de Bordeaux. Je souhaite donc créer une haie qui permette que d’autres cèpes s’y développent.
Je vais donc remettre des charmes peut-être aussi des châtaigniers des hêtres et des noisetiers avec de ci de là des poiriers et des mûriers .
Ma questions est comment peut on favoriser le mychorisation ?
On trouve des produits sur Internet est-ce de l’arnaque ou pas, l’achat de plants mychorisés avec du cèpe pour en mettre qqs uns dans la haie (oui car c’est cher) est-ce une bonne idée ?
Merci de vos réponses

Christine
Christine
21 janvier 2023 8 h 03 min

Bonjour Gilles,
Merci pour toutes ces informations utiles. Cela me conforte dans mon choix car nous avons coupé et dessouché la haie de tuyas et pour la remplacer, j’ai choisi l’eleagnus ebingei (les fruits sont comestibles en plus) déjà planté (et protégé car il gèle la nuit en ce moment) et l’oranger du Mexique (j’attends mars pour le planter car il craint les gelées la première année). L’oranger du Mexique étant mellifère, ce sera parfait car j’ai un prunier derrière la haie.
J’avais de la viorne dans la haie de ma précédente maison. C’est joli et fleuri en hiver, ce qui est appréciable, mais dès qu’il pleuvait ça sentait mauvais donc ça m’a refroidie. Ça dépend peut-être de la quantité.
J’avais hésité à planter aussi soit un néflier du Japon soit myrthe soit un arbousier compact soit un prunier du natal (carissa) parce qu’ils sont persistants et ont des fruits comestibles, mais ce n’est pas le plus adapté dans ma région (Centre, Touraine) et pas le plus goûteux. J’ai finalement préféré, vu que la terre a été acidifiée et qu’il reste la haie de tuyas des voisins juste à côté, planter deux myrtilliers (j’ai remis de la terre de bruyère dans le trou de plantation), avec une azalée entre eux pour briser un peu la vue. Je planterai quelques grimpantes le long du grillage ou devant à l’automne prochain pour limiter le vis-à-vis. J’espère que ça ira, j’ai lu que l’oranger du Mexique supporte un peu d’acidité et je l’espacerai bien des myrtillers.
Par contre, j’ai lu qu’il fallait éviter de planter une haie trop dense pour ne pas faire souffrir les arbustes et les faire trop grimper. Ils sont supposés faire 1,5 à 2 m de large une fois adultes. L’espacement que vous conseillez n’est-il pas un peu juste ? J’ai prévu des espaces compris entre 1,2 m et 1,5m mais j’avoue que j’aurais bien aimé planter un autre arbuste et je n’ai pas assez de place pour le faire en quinconce car il y a déjà d’autres arbustes que je n’aime pas spécialement (photinia bof et laurier, j’en ai déjà un autre ailleurs) mais j’évite d’arracher un arbre sans bonne raison. Je me pose de nouveau la question de l’espacement en vous lisant. Bon week-end !

Christine
Christine
21 janvier 2023 9 h 53 min
En réponse à  Gilles le Jardinier Bio

D’accord ! Merci beaucoup pour la réponse et les conseils. Je n’avais pas bien fait les connexions entre les différents passages de votre article. C’est plus clair dans mon esprit.
Je pensais effectivement diversifier un peu plus cette haie et réfléchissais à ajouter des petits fruits supportant la mi/ombre entre les deux eleagni. Vous m’avez donné l’idée d’ajouter de la consoude. J’en ai divisé cet automne pour la mettre au fond du jardin le long d’un mur que je veux cacher de grimpantes, vignes, lianes et petits fruits. Je verrai si j’ai réussi. J’ai suivi votre formation mais je ne suis pas toujours douée… Si la consoude a bien repris, je ferai pareil dans cette nouvelle haie devant à l’automne prochain. J’hésite aussi à diviser du lierre, du chèvrefeuille et à déplacer de la coronille. J’ai déjà des aromatiques 3 mètres derrière et pensais plutôt à des fleurs, juste pour le plaisir des yeux car c’est devant ma maison mais ça fait peut-être trop si je veux limiter les arrosages… Encore merci pour tous vos articles que je lis toujours avec autant d’intérêt chaque dimanche depuis plus de 5 ans !

6
0
Participez aux discussions sur ce sujet !x
0
    0
    Votre panier
    Votre panier est videRetourner sur la boutique
      Calculer les frais de livraison