Enrichir sa Terre avec le BRF

BRF est l’acronyme de Bois Raméal Fragmenté.

Il s’agit d’un broyat de jeunes branches (d’un diamètre inférieur à 7 cm) que l’on va utiliser notamment, mais pas seulement comme nous le verrons plus loin, comme amendement (contrairement à un « engrais », qui va nourrir directement la plante, un amendement a pour objectif d’enrichir le sol).

La finalité du processus étant la constitution d’un riche humus comparable à celui existant naturellement dans les forêts.

Pour constituer ce broyat particulier, on utilise principalement des espèces feuillus, mais les résineux peuvent également être utilisés à hauteur de 20% maximum.

Les jeunes branches sont les parties les plus riches de l’arbre ; elles contiennent 75% de minéraux, des acides aminés, des protéines ainsi que des catalyseurs.

Le Bois Raméal Fragmenté est une « technique » innovatrice, assez récente, née au Québec.

Aussi, avant d’en utiliser à tout va dans votre jardin, je vous recommande fortement de d’abord tester sur une ou deux planches de culture…

Les avantages du Bois Raméal Fragmenté

Le Bois Raméal Fragmenté présente de nombreux avantages :

  • Le BRF permet la constitution d’un humus de très grande qualité en quantité importante et ce de façon beaucoup plus rapide qu’avec un compost (augmentation de 1% du taux d’humus en 10 ans alors qu’il faut 50 ans pour obtenir le même résultat avec du compost ou encore 80 ans avec du fumier ). Cet humus sera le support et la nourriture des cultures ; Avec un tel humus, il n’y a plus besoin de fertilisation complémentaire ;

  • Les rendements sont accrus de manière spectaculaire. Certaines études ont montré des rendement 2, 3 et jusqu’à 7 fois supérieur !

  • Les besoins en arrosage sont également grandement diminués. Le lessivage des sols et des éléments nutritifs qu’il contient est alors réduit. Les légumes ont plus de goût car contenant moins d’eau. Et l’on peut dès lors envisager des cultures légumières sur des sols arides…

  • Le Bois Raméal Fragmenté a des effets visibles sur la santé des cultures.  Des essais (planches témoins avec et sans BRF) ont montrer l’absence ou l’atténuation de maladies ou d’attaques de prédateurs sur les planches avec BRF par rapport aux planches témoins.

  • Le travail est considérablement réduit : pas de travail du sol, pas de désherbage (le BRF sert de également de paillage), pas ou très peu d’arrosage, pas de traitement. Ce qui se traduit par une diminution importante des coûts.

  • On peut observer une multiplication de la faune du sol (pédofaune).

Produire du BRF

Pour produire votre BRF, utilisez les résidus de taille de vos arbres et arbustes d’ornements et fruitiers.

On utilise les jeunes branches, déjà ligneuses, de feuillus.

Tas de Bois Raméal Fragmenté
Tas de BRF

Les rameaux utilisés doivent avoir un diamètre inférieur à 7cm.

Les conifères peuvent être utilisés, mais en mélange avec des essences de feuillus, et ce dans une proportion inférieure à 20% du total.

Broyer (avec un broyeur à végétaux) les branchages en automne ou en hiver, pendant la période dormante.

Il existe tous les types de broyeurs :

A défaut de BRF fait maison, les résidus de tailles ou d’élagage de forestiers, d’élagueurs ou des collectivités locales peuvent également être utilisés… mais ces matériaux ne sont pas garantis être issus de tailles de jeunes branches. De ce fait, ils seront peut-être plus difficilement assimilés par votre terre.

Utiliser le BRF au potager

Attention : risques de faim d’azote

Avant de voir concrètement comment utiliser le Bois Raméal Fragmenté dans votre jardin, il me semble essentiel de nous pencher sur la question de la faim d’azote, le principal problème rencontré avec l’utilisation de ce broyat.

On appelle « faim d’azote » la conséquence de la concurrence entre les besoins en azote pour la décomposition des matières organiques et les besoins en azote des plantes cultivées.

Concrètement, les micro-organismes, normalement chargés de mettre les éléments minéraux présents dans le sol à disposition des plantes, se retrouvent accaparés à décomposer des matières organiques ligneuses… l’azote n’est alors pas disponible pour les cultures.

Ayant subi cette faim d’azote suite à des apports massifs, on trouve pas mal de jardiniers, voire d’agronomes, opposés à son utilisation.

Il faut dire ici que la littérature existante sur le sujet préconisait en général d’incorporer le BRF dans le sol.

Certes superficiellement (on recommandait de l’incorporer à 5 – 15 cm de profondeur), avec une griffe.

Mais un matériau ligneux, à fortiori dans une terre lourde, froide, faute d’oxygène, ne pourra alors se décomposer correctement… ce qui entrainera probablement une faim d’azote durable (je l’ai moi-même testé à mes dépens).

Et, dans une forêt, les branches tombent à terre… et se décomposent naturellement en surface.

Incorporer un tel broyat est donc probablement une erreur !

Et d’ailleurs, en tout cas pour ce qui concerne les essais menés chez moi, les conclusions sont très claires :

  • le BRF enfoui pose de nombreux problèmes : faim d’azote, broyat se décomposant très mal…
  • apporté en couverture, soit en automne, soit en paillage lorsque les cultures sont déjà en place et le sol réchauffé, le Bois Raméal Fragmenté est très bénéfique pour le sol (la terre dévient rapidement noire, grumeleuse et grouillante de vie avec notamment la présence de nombreux vers de terre) et les cultures (elles s’y développent en général très bien; j’ai également pu constater que le mildiou ou l’oïdium était beaucoup moins fréquents et virulents sur une planche de culture paillée avec du BRF)
  • le BRF d’acacia semble tenir à distance les limaces; alors que constitué avec d’autres espèces forestières, comme tout autre paillis, il est au contraire apprécié par ces mollusques.

Aussi, après quelques années d’expérimentations, j’utilise aujourd’hui le BRF uniquement en paillage, sans l’incorporer au sol.

Bref, imitons simplement la nature, et laissons le Bois Raméal Fragmenté en surface, sans l’enfouir.

Le BRF en paillage

Précisons d’entrée qu’un paillage avec des matériaux ligneux, comme l’est le BRF, peut tout de même entrainer une légère faim d’azote.

Mais elle sera alors de courte durée, quelques jours à quelques petites semaines (alors qu’elle peut durer plusieurs années lorsque le BRF est enfoui).

Aussi, et plus particulièrement si votre terre est particulièrement froide, pour éviter cette « faim d’azote», il pourra être judicieux de faire une culture de légumineuse (trèfle, pois, lupin, luzerne…) la saison précédent l’apport.

Le BRF sera épandu :

  • soit à l’automne, rapidement après le broyage
  • soit en couverture du sol, au printemps, lorsque le sol est déjà réchauffé (mieux vaut éviter de couvrir le sol en hiver, voire en début de printemps, lorsque le sol est encore froid…)
  • soit en paillage de cultures déjà en place (je préfère cette façon de procéder à la précédente, ceci pour limiter les problèmes de limaces et de rongeurs, et afin de permettre au sol de mieux se réchauffer)
Culture de concombre sur BRF
Culture de concombre sur BRF

Si le BRF est épandu tardivement, peu de temps avant la mise en place de vos cultures, ou en paillage des cultures déjà en place, apportez du compost préalablement à l’épandage.

Les plantes cultivées auront ainsi à disposition de l’azote rapidement assimilable.

Voici maintenant comment procéder :

  • Épandez le BRF sur 1 ou 2 cm (max) d’épaisseur en terres lourdes et jusqu’à à 6 cm en terre plus légère, ce qui représente 1 à 6 mètres cube pour 100 m²
  • Laissez simplement le Bois Raméal Fragmenté en surface

Cette technique étant relativement récente, les avis sont partagés quand à la mise en place des cultures.

Certains sèment et plantent directement dans un BRF en première année et apportent un complément en couverture chaque année.

Cette première alternative présente pour intérêt de maintenir le sol couvert en permanence, mais la terre pourra avoir du mal à assimiler ces apports répétés de matériaux ligneux (en tout cas en terre lourde ou en climat plutôt froid).

D’autres, dont je fais partie, penchent plutôt pour une utilisation évolutive :

  • Dans un BRF en première année, plantez les plants élevés en pépinière
  • Dans un BRF en deuxième année (il est en principe déjà en grande partie « digéré » par le sol), semez les grosses graines. Recouvrez le semis d’un compost bien mûr. Un paillage avec des matériaux moins ligneux (donc plus faciles à digérer pour le sol) comme du foin, des tontes et des déchets verts du jardin ou de cuisine, peut parfaitement être envisagé
  • Dans un BRF en troisième année (il est normalement parfaitement décomposé), semez les petites graines (le substrat est alors bien fin). Recouvrez le semis d’un compost bien mûr (là aussi, n’hésitez pas à pailler avec des matériaux « verts »)
  • Laissez éventuellement au repos la quatrième année
  • Renouvelez la couverture la cinquième année
  • La sixième année, vous planterez à nouveau… et recommencez le cycle.

Je tiens ici à préciser que tous mes essais de cultures de pommes de terre avec une couverture de BRF se sont avérés désastreux, que ce soit en première, deuxième ou troisième année après l’apport…

Autres utilisations possibles du Bois Raméal Fragmenté

Vous disposez de quantités importantes de Bois Raméal Fragmenté ?

Profitez-en…

Au verger ou pour vos plantes ornementales

Comme pour le potager, le BRF pourra être utilisé pour pailler vos différentes cultures.

Non seulement il couvrira et protégera ainsi le sol, mais, en se décomposant, il l’enrichira durablement.

Et vos fruitiers ou autres plantes ornementales bénéficieront alors d’une nourriture abondante et équilibrée.

N’hésitez pas là aussi à apporter d’abord une couche de compost.

Dans une butte vivante

Broyat de jeunes branches et buttes lasagnes
Le BRF constitue la première couche de mes buttes-lasagnes

Le Bois Raméal Fragmenté s’intégrera parfaitement à une butte vivante.

Incorporez-le à vos buttes de préférence juste après le broyage.

Il chauffera alors parfaitement, activant ainsi le processus de décomposition de la butte.

Dans une couche chaude

Ce broyat de jeunes branches peut, à défaut de fumier frais de cheval, remplacer avantageusement ce dernier pour la constitution d’une couche chaude.

Mais pour que la couche de BRF puisse chauffer correctement, il est impératif d’utiliser une BRF fraîchement broyé (quelques jours).

Au compost

Le BRF, étant constitué de jeunes branches est un matériau plutôt équilibré entre matières azotés et matières carbonés.

On estime un rapport carbone/azote (C/N) supérieur à 30 (plus si les branches sont un peu plus âgés).

Aussi, de par une teneur en carbone élevée, le ce broyat sera bienvenu dans un compost (pour lequel on manque souvent de matériaux ligneux, indispensables à la bonne évolution d’un compost).

 

 

 

 

Pour approfondir vos connaissances sur le BRF, je vous recommande la lecture du livre Les Bois Raméaux Fragmentés, de Gilles Domenech et Eléa Asselineau.

N’hésitez pas à laisser un commentaire ci-dessous. Les retours d’expériences d’utilisateurs du BRF sont particulièrement bienvenus !

61 commentaires au sujet de “Enrichir sa Terre avec le BRF”

  1. Bonsoir,
    Je viens de récupérer du brf auprès d’une société de jardinage. Mon terrain est très léger, très filtrant et donc très vite sec avec la chaleur. Avoir du gazon est très difficile. En ayant assez de ressemer du gazon pour un résultat minable et de désherber, je viens de déposer une bonne épaisseur de brf (plutôt très finement broyé) pour y créer un endroit potager fleuri.
    Je pense ainsi me passer de la corvée de retourner ce sol tassé, et ne pas avoir à désherber. Je ne compte pas faire de semis sur place, mais y mettre des plants, en leur apportant du compost à la plantation. Qu’en pensez-vous ?
    Merci de vos réponses.

    Répondre
    • Bonjour Stéphanie,
      Si le sol était tassé et pas préparé, ce n’est pas du tout certain qu’il devienne meuble d’ici le printemps… et il y a aussi de fortes chances que certaines adventices réussissent à traverser cette couverture.
      Il vous faudra donc probablement arracher encore des adventices pendant quelques temps, et continuer à apporter des matières par-dessus au fil des saisons…
      Mais bon, sinon, vous pourrez planter, en creusant des trous de plantations (cette année sans doute avec une bêche, mais si vous continuez les apports, vous pourrez très certainement le faire à la main les années suivantes).
      Et c’est une bonne chose pour la vie du sol.
      Cordialement,
      Gilles

      Répondre
  2. Bonjour Gilles,
    Je suis tout à fait pour le BRF et, comme je suis en train de préparer des buttes permanentes, j’ai prévu de mettre du BRF sur mes couches cet automne. Mes buttes permanentes, entre planches en bois de 4 m de long, sont composées de 1 bonne couche de paille en décomposition, 1 couche de terreau, 1 couche de consoude, 1 autre couche de terreau du jardin, 1 couche de paille ou de feuilles mortes.
    J’aimerais savoir à quel moment je peux mettre une couche de BRF. D’autre part, j’ai pas mal de sciure de bois de chauffage; puis-je l’utiliser. Si oui, comment ?
    Encore merci pour tes judicieux conseils qui me sont toujours très utiles.

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    • Bonjour Maud,
      Tu peux mettre le BRF maintenant, par-dessus ta couverture (ou avant si la paille ou les feuilles mortes ne sont pas encore en place, peu importe).
      La sciure est un matériau se compactant et risquant de ce fait de bloquer la vie du sol.
      Aussi, mieux vaut éviter d’en mettre à l’état brut, à même le sol.
      Par contre, il est possible de l’intégrer, en quantités raisonnables, et en la mélangeant avec d’autres matériaux, à une butte ou un compost.
      Bonne journée
      Gilles

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  3. Bonjour gilles
    je souhaite apporter quelques infos personnelles constatées et ou expérimentées
    j’habite le nord de la Dordogne, le sol que je travaille est argilo-calcaire(au moins 2,8 m d’argile d’épaisseur)
    je « pratique » le BRF depuis 6 ans j’ai pour habitude de dire que l’usage du BRF n’est pas compliqué mais complexe
    après de nombreuses recherches et de recoupages d’informations j’avais « ensemencé fin novembre une parcelle de 50 m², avec 3 cm après grelinage
    effectivement au printemps suivant j’ai eu une bonne fin d’azote sur deux – trois semaines
    ensuite les légumes (ici des pois à rames) sont partis en flèche, pour atteindre une taille de 3 m (avec fleurs et fruits)plusieurs années de suite
    même choses avec du blé 2,20 m avec de gros épis jusqu’a 40 grains alors qu’un autre semis à 10 m de là montait à 0,80 m avec 15-20 grains
    tout cela semble donc fonctionner du moins sur ce sol

    J’ai constaté la deuxième année la disparition quasi complète des « attaques » de gastéropodes!!, alors que leurs présences est effectives
    avant BRF 30 plants de salades mangées en une nuit
    après BRF 70 salades plantées 68 servies sur table
    nouvelles recherche et la, je découvre que ces bébêtes mangent principalement des champignons (mycélium du BRF) et délaissent donc nos jeunes pousses de légumes

    Deuxièmes découverte la fin d’azote est normale et nécessaire ,les légumes pâtissent certe du manque d’azote lié à la décomposition du bois mais après quelques semaines ils s’associent au mycélium développé par le BRF(s’il est mis au bon moment , à la bonne épaisseur et selon son sol)
    de cette symbiose un échange eau plus nutriments contre sucre de la photo-synthèse ce mets en place
    et là « sa pousse fort », il me semble donc qu’il faut s’interroger sur l’apport d’azote qui empêcherai cette « union » bienfaitrice
    voilà, ces déductions résultent de l’observation in-situ et du recoupage avec d’autres témoignages ou reportages
    actuellement je travaille de nouvelles parcelles depuis 2 ans le BRF sera installé ce mois-ci, à suivre…..

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