Se trouvant dans toutes les régions tempérées du monde (mais plus rares sur le pourtour méditerranéen par exemple), les fougères sont fréquentes dans les sous-bois, les landes et, en particulier, dans les sols acides (c’est notamment le cas de la fougère aigle).
En permaculture, l’idée n’est pas de lutter systématiquement contre ces plantes spontanées, mais de comprendre comment les intégrer intelligemment au jardin. Paillage, purins, macérations, protection contre certains ravageurs… les fougères peuvent devenir de précieuses alliées si l’on sait comment les utiliser.
Dans cet article, je vous propose d’abord de faire un peu mieux connaissance avec elles, puis de voir concrètement comment les mettre à profit au potager et au verger, dans une approche de jardinage naturel et durable.
Présentation des fougères au jardin
Reconnaître les fougères en un coup d’œil

Les fougères sont caractérisées par quelques traits assez simples à repérer, sans avoir besoin de sortir un manuel de botanique :
- Feuilles (frondes) : les feuilles, appelées frondes, sont souvent découpées en petits segments (pinnules). Leur forme, plus ou moins fine ou découpée, varie selon les espèces.
- Rhizome : la plupart des fougères poussent à partir d’un rhizome souterrain, une tige horizontale qui sert à la fois de réserve et de point de départ pour de nouvelles frondes.
- Reproduction : elles ne produisent ni fleurs ni graines, mais des spores, regroupées en petits amas (sores) généralement situés sur la face inférieure des frondes.
- Habitat : ces plantes apprécient en général les lieux frais et plutôt ombragés : sous-bois, bords de ruisseaux, talus humides… Certaines espèces montagnardes supportent très bien le froid.
- Taille : selon les espèces, on passe de petites fougères de quelques centimètres à de grandes touffes de plus d’un mètre, voire davantage pour les fougères arborescentes dans d’autres régions du monde.
En résumé, lorsqu’une plante bien verte, sans fleurs ni graines, aux frondes découpées, colonise un coin de sous-bois ou de talus frais, il y a de grandes chances que vous ayez affaire à une fougère.
Un peu de botanique pour situer les fougères
Les fougères sont des plantes vasculaires sans fleurs, et donc sans graines, qui se reproduisent par spores (comme la prêle). Elles appartiennent au groupe des ptéridophytes.
Pour les situer plus précisément dans la classification, on peut retenir :
- Règne : Plantae (Plantes)
- Division : Pteridophyta (Ptéridophytes)
- Sous-division : Filicinophyta (ou Monilophyta)
- Classe : Polypodiopsida (ou Filicopsida)
Les fougères se répartissent ensuite en plusieurs ordres, familles, genres et espèces. Sans entrer dans trop de détails, on peut citer :
- Ordre Polypodiales : la plupart des fougères terrestres de nos jardins.
- Ordre Cyatheales : les fougères arborescentes, spectaculaires sous les climats plus doux.
- Ordre Osmundales : quelques fougères de zones humides, comme les osmondes.
Dans nos jardins et campagnes, on rencontre fréquemment :
- la fougère aigle (Pteridium aquilinum), qui se développe surtout dans les sols acides et peut atteindre près de 3 mètres de haut ; son feuillage est caduque, mais le rhizome lui permet de repartir vigoureusement au printemps ;
- la fougère d’Allemagne (Matteucia struthiopteris), qui apprécie les sols riches et humides et peut devenir très envahissante ;
- la fougère mâle (Dryopteris filix-mas), plus polyvalente, poussant dans de nombreux types de sols, jusqu’à environ 2000 mètres d’altitude.
Pour aller plus loin dans l’identification et la connaissance des fougèresSi vous avez envie d’en savoir plus sur les fougères, je vous invite à consulter ce document très bien fait, publié par nos amis belges du site Attire d’Ailes :
Composition et propriétés intéressantes
La fougère contient notamment de la filmarone, de la floroglucine, de l’aspidinofilicine, de l’amidon, des sucres, des tanins et de la magnésie. Sans retenir chaque nom, il est utile de savoir que ces composés contribuent à la fois à son efficacité comme plante de paillage et à ses effets répulsifs ou préventifs vis-à-vis de certains ravageurs et maladies cryptogamiques.
Gardez surtout en tête que, comme souvent avec les plantes sauvages, tout est affaire de dose et de contexte : employées avec mesure, les fougères rendent de fiers services au jardin. Voyons maintenant comment les utiliser concrètement en permaculture.
Utilisations des fougères au jardin
Au-delà de leur intérêt botanique, les fougères peuvent rendre plusieurs services dans un jardin en permaculture : créer des zones d’ombre, nourrir et couvrir le sol, fournir de la matière pour des préparations à base de plantes et contribuer à limiter certains ravageurs et maladies. L’idée n’est pas de tout miser sur elles, mais de les intégrer avec discernement dans un ensemble cohérent.
De manière générale, elles protègent les cultures des maladies cryptogamiques et repoussent certains insectes indésirables, tout en participant à la vie du sol lorsqu’elles se décomposent.
Une plante ornementale… et fonctionnelle

De nombreuses espèces de fougères sont cultivées en plantes ornementales (voyez quelques exemples de variétés ornementales par exemple ici).
Dans un jardin en permaculture, leur intérêt ne se limite pourtant pas à l’esthétique. Installées en lisière de haie, au pied d’arbustes ou en sous-bois, elles créent une ambiance fraîche et ombragée, très utile pour abriter des cultures plus sensibles au soleil direct ou pour offrir des refuges à la petite faune (carabes, hérissons, amphibiens…).
Selon les espèces et le climat, les fougères peuvent être persistantes ou caduques. Certaines restent vertes une bonne partie de l’année, d’autres disparaissent totalement en hiver pour repartir du rhizome au printemps. Dans tous les cas, elles apportent de la structure et du relief dans les zones un peu délaissées du jardin (coins d’ombre, talus, pieds de haies…).
Idée permaculture : créer un coin de sous-bois utileEn plantant quelques fougères à l’ombre d’arbustes fruitiers (cassis, groseilliers…) ou d’un petit arbre, vous créez une ambiance de sous-bois : sol plus frais, refuge pour la faune, matière organique régulière grâce aux frondes qui se décomposent. Il suffit ensuite de compléter avec quelques plantes couvre-sol comestibles pour avoir une petite “mini-forêt-jardin”.
Intégrer les fougères dans un jardin en permaculture
En permaculture, on peut voir les fougères comme une ressource parmi d’autres, à condition de les canaliser. Elles ont notamment leur place :
- Dans la strate herbacée d’ombre : au pied des haies, en bordure de forêt-jardin ou sur les talus frais, elles occupent l’espace et limitent le dessèchement du sol.
- Pour créer des microclimats : leurs frondes filtrent le soleil et protègent le sol du vent, ce qui profite à des plantes aimant la fraîcheur (certains aromates d’ombre, salades estivales, jeunes plants sensibles).
- Comme refuge pour la biodiversité : les touffes denses offrent des abris à de nombreux auxiliaires, qui trouveront ensuite à se nourrir dans les zones cultivées voisines.
La fougère aigle, en particulier, peut devenir très envahissante. Plutôt que de la laisser coloniser tout un terrain, l’idée est de la contenir (par des fauches régulières) et de transformer les frondes coupées en ressource : paillage, purin, macération…
Attention à la fougère aigle envahissanteLa fougère aigle peut prendre rapidement le dessus dans les sols acides et pauvres. Pour éviter qu’elle ne s’installe en monoculture, mieux vaut la faucher régulièrement, l’utiliser comme ressource (paillage, préparations) et conserver des zones où d’autres plantes pourront s’exprimer. Évitez également de laisser les animaux brouter librement dans de grandes fougeraies, certaines parties de la plante étant réputées toxiques pour le bétail.
Un matériau utile pour le paillage

Utilisez les fougères tout simplement en paillage. Les tiges sont relativement ligneuses, mais le feuillage proprement dit l’est moins. Le paillis se décompose donc plus vite qu’un broyat de branches, tout en protégeant efficacement le sol des intempéries et du dessèchement.
Ce paillage n’assure pas une couverture pérenne sur plusieurs années, mais il peut être renouvelé régulièrement ou combiné à d’autres matériaux (paille, tonte de gazon séchée, feuilles mortes…). En se décomposant, la fougère enrichira progressivement le sol en matière organique.
On lui prête également une action antifongique, notamment contre la pourriture grise des fraisiers. Les fougères ont par ailleurs tendance à légèrement acidifier le sol, ce qui convient bien à certaines cultures (fraisiers, pommes de terre, petits fruits acidophiles…).
Où utiliser le paillage de fougères ?Réservez-le de préférence aux cultures qui supportent bien, voire apprécient, une légère acidification du sol : fraisiers, pommes de terre, myrtilliers, certains petits fruits, massifs de plantes de sous-bois. Sur les planches destinées à des légumes plus exigeants en neutralité (certains choux, par exemple), mélangez-le avec d’autres matériaux de paillage pour équilibrer l’ensemble.
Une protection contre quelques “ravageurs” et maladies cryptogamiques
La fougère est aussi une plante pouvant être utilisée pour protéger préventivement nos cultures potagères de divers ravageurs communs et de quelques maladies cryptogamiques. En permaculture, on l’emploie comme un outil parmi d’autres, en complément d’un sol vivant, d’une grande diversité végétale et de bonnes pratiques culturales.
Le purin de fougères
Le purin de fougère (préparé le plus souvent avec la fougère aigle) est utilisé principalement en prévention, pour limiter le développement de certaines maladies et gêner quelques ravageurs.
Préparation
- Mettez à fermenter (dans un récipient non métallique) 1 kg de plante entière fraîche (ou 100 g de feuilles sèches) dans 10 litres d’eau de pluie.
- Couvrez et brassez quotidiennement le purin.
- Le purin est prêt lorsque l’on n’observe plus de bulles quand on brasse (cela demande environ 10 à 15 jours selon la chaleur).
- Filtrez soigneusement avant utilisation.
Utilisations du purin de fougère
Utilisez le purin non dilué, en pulvérisation préventive :
- sur les plantes concernées, contre les maladies cryptogamiques (mildiou, oïdium, rouille…) et contre le puceron lanigère ou la cochenille ;
- au sol, contre les limaces et le taupin (avec une efficacité parfois relative, comme souvent avec les préparations naturelles).
Vous pouvez aussi pulvériser le purin dilué à 10 % (1 litre de purin pour 10 litres d’eau) sur différentes cultures pour contribuer à éloigner le puceron.
Pour protéger les jeunes plants des limaces, je préfère personnellement tout simplement les entourer de feuilles de fougères fraîches (à renouveler régulièrement donc). Les limaces n’aiment pas ramper sur ce matériau rugueux dont les spores contiennent en outre un composé organique apparenté au formol. Elles ont généralement tendance à éviter la zone. Bon… ce n’est pas efficace à 100 %, mais ça fait quand même le taf.
Ne pas abuser du purin de fougèresComme pour toutes les préparations à base de plantes, “plus” ne veut pas dire “mieux”. Utilisé en excès, le purin de fougère peut perturber l’équilibre du sol et nuire à la petite faune. Contentez-vous de quelques applications préventives dans la saison, de préférence en dehors des périodes de forte chaleur et en évitant les heures les plus ensoleillées.
La macération de fougère
Utilisez la macération de fougères au verger, et plus largement pour tenir les pucerons lanigères à distance des arbres :
- Mettez les plantes sèches à tremper (10 g pour 1 litre d’eau) pendant 2 à 3 jours.
- Placez si possible le récipient au soleil.
- Filtrez.
- Brossez ou pulvérisez toute l’année la macération non diluée sur les troncs et branches des arbres contre le puceron lanigère.
Purin, macération… dans une stratégie globaleNi le purin ni la macération de fougères ne sont des produits miracles. Ils s’inscrivent dans une stratégie globale : sol vivant, diversité végétale, observation régulière des cultures, interventions douces et préventives. Utilisées ainsi, les fougères deviennent de vraies alliées dans un jardin en permaculture.
Tableau récapitulatif des utilisations de la fougère dans un jardin en permaculture
| Usage des fougères | Partie utilisée | Objectif principal | Remarques en permaculture |
|---|---|---|---|
| Paillage | Frondes fraîches ou sèches | Protéger le sol, limiter le dessèchement et nourrir la vie du sol | À privilégier pour les cultures tolérant une légère acidification (fraisiers, pommes de terre, petits fruits…). À mélanger avec d’autres matériaux si besoin. |
| Purin de fougères | Plante entière (surtout fougère aigle) | Prévenir certaines maladies cryptogamiques et gêner quelques ravageurs | À utiliser avec modération, en complément d’un sol vivant et d’une bonne diversité de plantes. Préparation à base de plantes, non “produit miracle”. |
| Macération de fougères | Plantes sèches | Aider à limiter le puceron lanigère sur les arbres | Intervention douce sur les troncs et branches. À intégrer dans une stratégie globale de gestion des ravageurs au verger. |
| Création de microclimats | Plantes entières en place | Apporter ombre, fraîcheur et abris pour la faune utile | Intéressant en lisière de haie, en sous-bois ou au pied d’arbres. À combiner avec d’autres strates pour une vraie “forêt-jardin”. |
| Ressource de biodiversité | Massifs de fougères | Offrir refuge à de nombreux auxiliaires | À conserver par zones, sans laisser la fougère aigle coloniser tout l’espace. Fauche régulière et utilisation des frondes comme ressource. |
FAQ – Erreurs fréquentes avec les fougères en permaculture
Peut-on planter des fougères n’importe où au jardin ?
Erreur courante : installer les fougères en plein soleil et dans un sol sec. La plupart apprécient l’ombre ou la mi-ombre, ainsi qu’un sol frais et humifère. En plein soleil, elles dépérissent rapidement et demandent beaucoup plus d’arrosages.
Peut-on utiliser toutes les fougères en purin ?
Non. En pratique, c’est surtout la fougère aigle qui est utilisée pour préparer purins et macérations. D’autres espèces peuvent être inefficaces ou poser problème. Mieux vaut identifier correctement la plante avant de la transformer et éviter les “mélanges de fougères” improvisés.
Faut-il abuser du purin de fougère ?
Penser que “plus il y en a, mieux c’est” est une erreur fréquente. Utilisé en excès, le purin de fougère peut déséquilibrer la vie du sol et perturber la petite faune. Quelques applications préventives dans la saison suffisent largement, en complément d’autres leviers (sol vivant, diversité végétale…).
Peut-on mettre les fougères directement au compost ?
Oui, mais avec modération. Certaines fougères, en particulier la fougère aigle, contiennent des substances qui peuvent ralentir la décomposition. Il vaut mieux les ajouter en petites quantités, bien mélangées aux autres matières, plutôt que de faire un compost presque uniquement à base de fougères.
Les fougères sont-elles compatibles avec toutes les cultures ?
Pas tout à fait. Utilisées comme paillage, les fougères ont tendance à légèrement acidifier le sol. Ce n’est pas un problème pour les fraisiers, les pommes de terre ou certains petits fruits, mais cela peut gêner des cultures plus sensibles à l’acidité. En cas de doute, mélangez-les à d’autres matériaux de paillage.
La fougère aigle est-elle dangereuse ou envahissante ?
La fougère aigle peut devenir très envahissante sur sols acides et pauvres si on la laisse s’installer sans contrôle. Elle est aussi réputée toxique pour le bétail en cas de pâture prolongée dans de grandes fougeraies. En permaculture, on cherchera donc à la contenir (fauches régulières) et à l’utiliser comme ressource, plutôt que de la laisser coloniser tout l’espace.
Fougères et permaculture : des alliées à canaliser
Les fougères font partie de ces plantes que l’on a parfois tendance à considérer comme de simples “occupantes du terrain”. Pourtant, en permaculture, elles peuvent devenir de véritables alliées : paillage, purin, macération, création de microclimats, refuge pour la petite faune… à condition de les utiliser avec mesure et de garder un œil sur les espèces les plus envahissantes, comme la fougère aigle.
L’idée n’est pas de transformer tout le jardin en fougeraie, mais de tirer parti de ce que la plante sait faire naturellement : couvrir le sol, produire de la biomasse, gêner certains ravageurs et contribuer à la résilience globale du système. En observant votre terrain, en testant progressivement paillage, purins et macérations, vous verrez vite dans quels coins et pour quelles cultures les fougères donnent le meilleur d’elles-mêmes.
Si vous disposez déjà de beaux massifs de fougères ou de zones un peu sauvages, voyez-les comme une ressource à valoriser plutôt qu’un problème à éradiquer. Avec quelques ajustements et un peu de curiosité, elles peuvent s’intégrer harmonieusement dans un jardin en permaculture, au service de vos cultures… et de la vie du sol.





