Comment semer les légumes directement au potager ?

La semaine passée, nous avons comparé les semis en pépinière et les semis directs.

Voyons aujourd’hui comment semer des légumes directement au potager.

Mais avant cela, rappelons rapidement les avantages et inconvénients des semis directs.

Pourquoi semer directement de légumes ?

Les légumes semés directement au potager germent au bon moment (temps, température du sol et durée de jours adaptés).

De plus, le repiquage implique un stress pour la plante. Semer directement évite justement ce stress.

Pour ces raisons, les plants issus de semis directs sont généralement plus résistants aux maladies.

Ajoutons à cela un intérêt écologique par rapport aux semis en pépinière (pas d’utilisation de godets et généralement pas de terreau non plus… même si on peut aussi utiliser éventuellement du terreau pour ses semis directs).

Quels sont les inconvénients des semis directs ?

Les récoltes issues de semis directs sont plus tardives que pour des semis effectués en pépinière (notamment pour les légumes fruits).

Les limaces, campagnols (rats taupiers) ou autres petits rongeurs raffolent des jeunes pousses, à peine sorties de terre… Il y a donc là un risque non négligeable de voir ses jeunes plants rapidement dévorés…

Semer ses légumes directement au potager implique de devoir désherber… à moins que vous ne décidiez de rapidement pailler… mais là vous risquez fort d’être confronté aux problèmes de ravageurs vus juste au dessus…

Alors, quels légumes semer directement au jardin ?

Disons déjà que, théoriquement, tous les légumes peuvent être semés directement au potager…

Normalement, les légumes racines se sèment directement en terre.

Ok, certains, pour des raisons diverses et valables (trop de problèmes de limaces par exemple), sèment des carottes en pépinière (en  plaques alvéolées probablement, c’est à dire avec une motte de terreau à conserver pour la plantation, car en racines nues, ça risque d’être quand même assez délicat…). Mais bon, à moins de faire des dizaines de plaquettes, les récoltes ne doivent quand même pas être très grosses…

Pour le reste (légumes fruits, légumes feuilles, légumes fleurs), les semis directs sont tout à fait possibles, et même souhaitables, non seulement pour obtenir des plants plus résistants, mais également par exemple pour allonger la durée de production.

Mais vous aurez tout intérêt à en semer aussi en pépinière, notamment pour récolter plus tôt (cela concerne particulièrement les légumes fruits ou encore les céleris) ou pour assurer la production de plants (par exemple pour les salades ou choux, particulièrement appréciés des limaces).

Avant de voir comment semer les légumes directement au potager, commençons par examiner les conditions convenant aux semis directs au potager.

Conditions de semis

Pour une bonne germination et une levée rapide des semis, certains paramètres sont particulièrement importants.

Une terre bien affinée et aérée

Affinage terre pour semisLa terre doit être correctement affinée pour permettre à un plantule naissant de “sortir la tête”…

En effet, s’il y a des mottes compactes, le jeune plant risque tout simplement d’être bloqué.

Pour affiner correctement votre terre en vue de semis, je vous recommande de la préparer avec un outil respectueux de la vie du sol (Grelinette ou Campagnole).

Certes, il y aussi possible de semer dans une couverture permanente, en écartant le paillage. Ce sont alors les vers de terre et autre micro-organismes qui vont se charger d’aérer et d’affiner la terre (théoriquement… car bien souvent la terre n’est pas aussi ameublie que cela… et vous n’aurez alors finalement pas d’autres choix que de la travailler…). Et surtout alors, gare aux limaces !

Bon, personnellement, après maints essais (le dernier en date il y a quelques jours… un semis de haricots sur une parcelle couverte en permanence, a été laminé en 2 jours…), j’ai fait le choix de toujours semer en terre travaillée manuellement… et je paille plus tard, lorsque les plants sont déjà bien développés et la terre suffisamment réchauffée (voir l’article “Ne paillez pas trop tôt“).

Pas de matières organiques non décomposées dans le sol

Les matières organiques mal décomposées (compost pas suffisamment mûr, fumier frais, BRF…) nuisent à la germination.

Aussi, ne faites pas de tels apports juste avant de semer vos légumes.

Avant un semis, privilégiez un apport de compost bien mûr (c’est à dire parfaitement décomposé, à l’aspect de terreau) ou éventuellement d’un engrais organiques du commerce (fumier composté, granules de matériaux organiques naturels).

Des conditions météos propices

Les graines ont besoin de certaines températures (différentes selon les espèces) pour lever.

Si ces températures sont trop basses, la levée sera très longue (ce qui a pour conséquence des plants plus fragiles par la suite), ou ne pourra tout simplement pas se faire.

Inversement, des températures trop élevées ne permettront pas forcément la germination…

De l’eau

Pour germer, une graine a besoin d’eau… il conviendra donc de maintenir le sol humide jusqu’à la levée.

Afin de limiter la corvée d’arrosage, j’aime bien semer, dans la mesure du possible juste avant des pluies annoncées…

Une période adaptée à une espèce et à une variété particulière

Chaque légume a une période de culture adaptée (on ne cultive par exemple pas de tomates en hiver… enfin normalement…).

Et, au sein de chaque espèce, on a des variétés plus ou moins précoces ou adaptées à une saison en particulier (on a par exemple des laitues de printemps, des laitues d’été, des laitues d’automne et des laitues d’hiver).

Alors, certes, une salade d’hiver pourra germer au printemps par exemple… mais elle ne se développera pas dans des conditions qui lui conviennent, ce qui risque évidemment d’entraîner pas mal de problèmes (par exemple un montée en fleurs très prématurée)… donc mieux vaut respecter les caractéristiques et périodes de semis préconisées pour une variété donnée.

Les indications de périodes de semis figurent normalement sur les sachets de graines (et si vous reproduisez vos graines, pensez à noter cela).

Une profondeur de semis adéquate

Pour une levée optimale, chaque type de graine se sème à une certaine profondeur, en fonction de son épaisseur.

Grossièrement, on considère une profondeur de semis d’environ 4 ou 5 fois l’épaisseur de la graine.

Par exemple, une graine de tomate se sème à environ 1 cm de profondeur, alors qu’une graine de haricot sera semée à environ 3 cm de profondeur.

Notez qu’en été, la terre séchant très vite en surface, il peut être judicieux de planter un peu plus profondément.

Un espace suffisant pour le développement

Il est évident qu’un radis a besoin de moins d’espace qu’une courge pour se développer…

Les graines seront donc semées (ou les plants éclaircis après la levée) à des distances adaptées au développement futur du plant.

Ces écartements variant de 0.5 cm pour la mâche à 2 mètres pour les courges coureuses…

Toutes ces conditions optimales de semis sont développées plus en profondeur dans la formation “Semis directs au potager“, comprenant notamment un tableau complet récapitulant, pour tous les légumes, les périodes et températures de germination, la profondeur de semis, ainsi que les écartements recommandés.

Comment semer les légumes directement au potager ?

Nous ne développerons pas ici la préparation du sol selon les conditions de départ du semis (semis sur sol nu, semis sur sol couvert par un mulch, semis sur compost végétal), pas plus que nous ne pourrons entrer dans les détails techniques concernant le semis proprement dit (c’est l’objet de la formation “Semis directs au potager“)

Mais nous allons simplement distinguer les 3 modes de semis directs :

  • les semis en ligne (possibles pour à peu près toutes les cultures)
  • les semis en poquets (plutôt adaptés pour les cultures à fort développement)
  • les semis à la volée (réservés aux légumes à développement très rapide, comme les radis)

Semer en ligne

Semis en ligne de carottesSemer en ligne consiste, comme son nom l’indique, à effectuer les semis sur une même ligne de culture.

Après avoir placé un cordeau pour marquer la ligne de semis, nous allons creuser un fin sillon (d’une profondeur correspondant approximativement à la profondeur souhaitée pour l’espèce en question).

Les graines seront ensuite placées au fond du sillon, soit directement à distance souhaitée (c’est fastidieux), soit plus densément en éparpillant les graines, le plus régulièrement possible (cette deuxième option s’avère évidemment moins économe en graines et impliquera de devoir ensuite éclaircir le semis, mais elle assure une meilleure levée et surtout, en cas de ravages animaux, nous avons plus de chance de conserver une bonne densité de plants…

Il faudra ensuite refermer le sillon, soit avec la terre écartée, soit avec du terreau (peut-être utile en cas de terre mal affinée ou par peur d’une levée importante d’adventices) et plomber (c’est à dire tasser légèrement la terre, par exemple avec le dos du râteau).

Un bon arrosage suivra le semis (certains préfèrent arroser avant, au fond du sillon… c’est aussi possible).

Les semis en ligne peuvent être effectués soit à la main soit avec un petit semoir manuel, soit encore avec un semoir de précision à roue.

Semer en poquet

Semis en poquetsPour les semis en poquets, nous formerons, à distance souhaitée et une profondeur adaptée à l’espèce semée, de petits trous.

Nous placerons ensuite dans ces trous plusieurs graines (quantité variable selon l’espèce) et refermeront le sillon avec la terre écartée ou du terreau.

On tasse légèrement puis on arrose.

Selon l’espèce, nous conserverons tous les plants (artichauts par exemple) ou n’en garderont qu’un (légumes fruits par exemple).

Les semis en poquets se font forcément à la main.

Semer à la volée

Semis à la voléeLe semis à la volée consiste à éparpiller les graines, à la main ou avec un petit semoir manuel, le plus régulièrement possible sur un carré de culture, sans aucun marquage (pas de ligne).

Les graines seront ensuite soit simplement enfoncées (en partie), par un simple ratissage, ou recouverte de terreau.

On plombe et on arrose…

Bien que rapide, ce mode de semis présente un inconvénient majeur : des adventices vont lever au milieu de la culture et le désherbage sera très compliqué… Pour ma part, je sème uniquement, et occasionnellement (par exemple par manque de place), des radis, ou des mélanges de ce salades, de cette façon.

 

Si vous débutez ou n’êtes pas très à l’aise avec les semis directs, ou encore souhaites vous y mettre, j’ai conçu pour vous une formation multimédias (vidéos et documents PDF) intitulée “Semis directs au potager“.

Cet article vous a été utile ?

Votez (1 à 5 étoiles selon votre satisfaction)

Moyenne des votes : 4.3 / 5. Nombre de votes : 148

Encore aucun vote. Soyez le premier à voter

  • Bonjour Gilles.
    Etant coincé avec le confinement, je vais découvrir l’état de notre potager lundi où je n’ai pu mettre que des fèves et commencer mes semis grâce entre autre à tes conseils. J’avais approvisionné des bulbes d’oignons et des échalotes puis-je tenter de les mettre en terre à cette époque ?

  • Bonjour Gilles
    Je suis une mamie et comme toutes les femmes nous sommes pressées. j’ai fait une grande partie de mes semis à l’intérieur avec les graines non modifiées de kokopelli . J’ai repiqué au jardin mes petits plants (aubergine – concombre …que je protège avec les bouteilles d’eau en plastique – bon pour la fraicheur les oiseaux et les limaces). J’ai une terre merveilleuse l’alluvion de l’Isle facile à travailler. Je vous dois un grand merci quand il y a des années pour aviez mentionné de planter l’ail entre 5 j avant et jusqu’à la P. Lune et ça marche ! Mon engrais uniquement les tontes et feuilles, tout est paillé sauf ail – oignons.
    Mon seul souci les arbres fruitiers alors je fais des essais et je note mais je réussirai le plus naturellement possible.

  • Bonjour Gilles,
    je me souviens d’un de tes articles où tu parlais de la fonte des semis. A ton avis, le risque est-il plus important en semant directement? Et si oui, comment le limiter?
    Amicalement
    Valérie

    • Bonjour Valérie,
      Disons qu’avec des semis en pépinière on peut plus facilement maîtriser l’humidité (cause de la fonte des semis) qu’avec des semis directs.
      Après, le risque sera plus important en pleine terre si le temps est pluvieux… donc éviter de semer juste avant une période trop pluvieuse est peut-être une sage précaution (bon, personnellement, j’aime bien semer avant des pluies… ça évite d’avoir à arroser…)
      Sinon, pour les actions possibles (notamment quelques préparations) pour limiter les risques, je te renvoie à l’article sur la fonte des semis : https://www.un-jardin-bio.com/fonte-des-semis/
      Amitiés,
      Gilles

  • >