Il y a quelques années, installer un filet d’ombrage au potager pouvait sembler un peu excessif dans beaucoup de régions françaises. Un truc de jardinier du Sud, peut-être. Ou de maraîcher bien équipé. Aujourd’hui, la question se pose autrement.
Quand le thermomètre grimpe au-delà de 35 °C, que les nuits restent chaudes et que les feuilles pendent malgré un sol correctement arrosé, le potager ne traverse plus simplement « une belle journée d’été ». Il subit un vrai coup de chaud.
Le filet d’ombrage au potager devient alors un outil très utile. Pas une solution miracle. Pas un équipement à laisser posé trois mois sans réfléchir. Mais une protection simple, réutilisable, assez facile à installer, qui peut éviter des brûlures, des montées à graines, des plants grillés ou des fleurs qui coulent.
Je vais donc vous proposer une approche de terrain : quand ombrer, quelles cultures protéger en priorité, quel pourcentage d’ombrage choisir, comment installer le filet sans étouffer les plantes, et quand le retirer. Le tout avec une idée de bon sens : filtrer le soleil quand il devient trop agressif, sans priver le potager de lumière.
Pourquoi la canicule met le potager à rude épreuve
Une plante potagère n’a pas seulement besoin d’eau dans le sol. Elle doit aussi réussir à faire circuler cette eau jusqu’aux feuilles, à respirer, à photosynthétiser, à fleurir, à former ses fruits. Quand la chaleur devient très forte, tout ce petit monde se complique sérieusement.
Chaleur, soleil direct et stress hydrique : ce qui se passe vraiment
En période de canicule, les plantes perdent beaucoup d’eau par transpiration. C’est normal : cette transpiration participe à la circulation de la sève. Mais quand l’air devient très chaud et sec, la demande en eau explose.
Pour limiter les pertes, la plante ferme partiellement ses stomates, ces minuscules ouvertures situées surtout sous les feuilles. Elle économise alors de l’eau, mais elle freine aussi ses échanges avec l’air. Sa croissance ralentit, sa photosynthèse fonctionne moins bien, et les fleurs ou les jeunes fruits peuvent en faire les frais.
C’est un peu comme si la plante baissait le régime moteur pour ne pas tomber en panne sèche. Elle survit, mais elle ne travaille plus dans de bonnes conditions.
Quand l’arrosage ne suffit plus
On entend parfois : « Il suffit d’arroser davantage ». Au potager, c’est rarement aussi simple.
Bien sûr, un sol sec doit être arrosé. Mais si le feuillage reçoit un soleil brûlant pendant plusieurs heures, si le sol chauffe fortement malgré le paillage, si les nuits restent trop chaudes, l’arrosage seul ne règle pas tout.
Un plant de salade fraîchement repiqué, par exemple, peut flétrir en plein après-midi même si la terre reste humide en profondeur. Le problème ne vient alors pas seulement du manque d’eau dans le sol. Il vient aussi du rayonnement solaire direct, de la température du feuillage et de la capacité limitée de la jeune plante à compenser ses pertes.
Les signes qui doivent vous alerter

Un potager sait parler. Le souci, c’est qu’il ne parle pas toujours assez fort avant d’être déjà bien secoué. Voici les signes qui doivent vous faire envisager un ombrage temporaire :
- des feuilles qui pendent fortement en journée, même après un arrosage correct ;
- des jeunes plants qui s’affaissent quelques heures après la plantation ;
- des salades qui montent très vite à graines ;
- des radis qui deviennent piquants, creux ou fibreux ;
- des fruits exposés qui présentent des marques claires ou brûlées ;
- des fleurs de tomates, poivrons, aubergines, concombres, courgettes, melons ou courges qui tombent sans donner de fruits ;
- un sol brûlant en surface, même sous une fine couverture végétale.
Un flétrissement léger en pleine chaleur n’est pas toujours dramatique si les plantes se redressent le soir. Mais si elles restent molles au coucher du soleil, si les jeunes feuilles se crispent ou si les cultures sensibles s’arrêtent net, il vaut mieux agir.
A retenir
Le filet d’ombrage devient utile quand les plantes souffrent du soleil direct alors que le sol n’est pas totalement sec.
- Il ne remplace pas l’arrosage.
- Il complète le paillage.
- Il protège surtout le feuillage, les fleurs et les jeunes plants.
Filet d’ombrage au potager : dans quels cas est-il vraiment utile ?
Je ne conseille pas d’installer un filet d’ombrage partout, dès le premier rayon de soleil. Les légumes ont besoin de lumière. Une culture trop ombrée pousse moins bien, fleurit parfois mal et donne des récoltes plus tardives.
Mais en période de canicule, le filet d’ombrage au potager peut vraiment sauver la mise dans plusieurs situations.
Les situations où le filet d’ombrage devient un vrai secours
Je le juge particulièrement utile dans les cas suivants :
- une vague de chaleur annoncée pour plusieurs jours ;
- un potager très exposé au sud ou à l’ouest ;
- une terre légère, sableuse ou pauvre en humus, qui sèche vite ;
- des cultures en bac, en jardinière ou sur terrasse ;
- des semis d’été en cours de levée ;
- des plants repiqués depuis moins d’une semaine ;
- une serre ou un tunnel qui monte trop haut malgré les ouvertures ;
- une parcelle sans haie, sans arbre, sans ombre portée.
Chez moi, en Dordogne, un rang de jeunes salades plantées en juillet n’a pas les mêmes chances selon qu’il reçoit le plein soleil de midi à 18 heures ou une ombre légère pendant les heures les plus brûlantes. Dans le premier cas, l’arrosoir travaille dur. Dans le second, les plants reprennent bien plus calmement.
Les cultures les plus sensibles à protéger en priorité

Vous pouvez d’abord protéger les cultures qui ont une croissance rapide, des tissus tendres ou un enracinement encore faible.
Les salades arrivent en tête. Elles supportent mal les coups de chaud, montent vite à graines et deviennent moins agréables à manger. Les jeunes choux, les épinards d’été, la mâche semée trop tôt, les radis d’été, les navets tardifs et les jeunes poireaux fraîchement repiqués apprécient aussi un ombrage temporaire.
Les jeunes semis méritent une attention particulière. Une graine qui germe dans une terre qui croûte et chauffe peut échouer avant même que le jardinier ait eu le temps de se réjouir. Un filet léger, posé sur arceaux, aide à garder une ambiance moins brutale autour de la ligne de semis.
Les aromatiques en pot, comme le basilic, la coriandre ou le persil, souffrent vite si leur substrat sèche. Un pot exposé au soleil de l’après-midi chauffe plus vite qu’une pleine terre couverte. Là encore, un ombrage léger peut faire une belle différence.
Les légumes-fruits : attention à ne pas trop ombrer

Pour les tomates, poivrons, aubergines, courgettes, melons ou concombres, le raisonnement change. Ces légumes aiment la lumière et la chaleur, dans une certaine mesure. Trop les ombrer peut freiner la floraison, la nouaison et la maturation.
Je conseille donc un ombrage léger et temporaire pour les légumes-fruits. On cherche surtout à limiter le soleil brûlant des heures les plus chaudes, pas à les placer à l’ombre toute la journée.
Pour les tomates, par exemple, un filet trop occultant peut retarder la coloration des fruits. Mais lors d’une vraie canicule, un ombrage léger au-dessus des plants peut réduire les brûlures sur les fruits exposés et limiter le stress général de la plante.
Le bon repère est simple : si les plants restent vigoureux, si les fruits mûrissent bien et si seules quelques feuilles pendent en pleine chaleur avant de se redresser le soir, inutile de tout couvrir. Si les fleurs tombent, si les fruits marquent ou si les plants semblent bloqués pendant plusieurs jours, l’ombrage mérite d’être testé.
Quel filet d’ombrage choisir pour le potager ?
Le choix du filet compte beaucoup. Un filet trop léger ne changera presque rien. Un filet trop dense privera les légumes de lumière. Au potager, on cherche rarement une ombre de parking. On veut plutôt une lumière filtrée.
Comprendre le pourcentage d’ombrage
Un filet d’ombrage est souvent vendu avec un pourcentage : 30 %, 40 %, 50 %, 70 %, parfois plus. Ce chiffre indique la part de lumière filtrée par le filet.
Un filet à 30 % laisse donc passer beaucoup de lumière. Il convient bien aux cultures qui ont besoin de soleil, mais qui souffrent d’un rayonnement trop brutal. Un filet à 50 % crée une ombre plus nette, utile pour les jeunes plants, les salades ou certains semis en période chaude.
Au potager, je resterais prudent avec les filets à 70 % ou 80 %. Ils peuvent servir pour une terrasse, une zone de repos ou une pépinière très exposée, mais ils sont trop sombres pour beaucoup de légumes cultivés en pleine production.
Repères pratiques selon les cultures
| Culture ou situation | Ombrage conseillé | Conseil pratique |
|---|---|---|
| Tomates, poivrons, aubergines | 30 à 35 % | Protégez surtout aux heures les plus chaudes, sans bloquer la lumière toute la journée. |
| Concombres, courgettes, melons | 30 à 40 % | Utile lors d’une canicule forte, surtout si les feuilles flétrissent longtemps. |
| Salades, radis, épinards d’été | 40 à 50 % | Très utile pour limiter la montée à graines et garder des feuilles plus tendres. |
| Jeunes semis | 40 à 50 % | Installez le filet sur arceaux, sans contact direct avec la ligne de semis. |
| Plants récemment repiqués | 40 à 50 % temporairement | Quelques jours suffisent parfois, le temps de la reprise. |
| Serre ou tunnel | 30 à 50 % selon exposition | Gardez toujours une forte ventilation, surtout en journée. |
| Potager en bac ou terrasse | 40 à 50 % | Surveillez le substrat, qui sèche beaucoup plus vite qu’en pleine terre. |
Quelle couleur choisir ?
On trouve des filets noirs, verts, blancs, gris ou écrus. Pour un jardin familial, je privilégierais surtout la durabilité, la facilité de pose et la bonne circulation de l’air.
Un filet noir est courant et efficace, mais il peut chauffer davantage. Un filet clair renvoie mieux une partie du rayonnement et donne une ambiance plus lumineuse. Un filet vert s’intègre discrètement au jardin, ce qui compte aussi quand le potager est proche de la maison.
Ne vous perdez pas trop dans la couleur. Pour la plupart des potagers, le pourcentage d’ombrage, la hauteur de pose et la ventilation comptent davantage.
Pour vous faire une idée des différents modèles existants, vous pouvez par exemple consulter les filets d’ombrage proposés par La Fabrique à Filets. Ce lien n’est pas sponsorisé : je vous le partage simplement comme exemple concret, notamment pour visualiser les différents pourcentages d’ombrage disponibles, les possibilités de dimensions sur mesure, et passer commande si vous le souhaitez.
Comment installer un filet d’ombrage sans nuire aux cultures ?
Un filet d’ombrage mal posé peut rendre service un jour et gêner les plantes le lendemain. Le but n’est pas d’emballer le potager, mais de créer une ombre légère, mobile et bien aérée.
Le placer au-dessus des plantes, pas collé au feuillage
La règle de base : le filet ne doit pas reposer directement sur les plantes, sauf dépannage très court sur de jeunes plants solides.
Installez-le plutôt sur des arceaux, des piquets, des bambous, des fers à béton ou une structure déjà en place. Laissez une marge entre le filet et le feuillage. L’air circule mieux, les plantes poussent sans se tordre, et les feuilles ne restent pas plaquées contre une surface chaude.
Pour des salades ou des jeunes semis, des arceaux bas suffisent. Pour les tomates ou les poivrons, il faut monter plus haut, en gardant l’accès aux plants pour arroser, attacher, récolter et observer.
Ombrer surtout aux heures les plus chaudes
Dans l’idéal, l’ombrage vise le créneau le plus dur : fin de matinée, midi, début et milieu d’après-midi. Si vous pouvez le poser et le retirer facilement, c’est parfait.
Dans la vraie vie, on n’est pas toujours disponible pour jouer au rideau de théâtre avec les salades. Dans ce cas, installez le filet pour toute la durée de la canicule, puis retirez-le dès que les températures redeviennent plus raisonnables.
Sur des légumes-fruits, un ombrage installé seulement sur le côté sud ou ouest peut suffire. Cette solution protège du soleil le plus violent tout en gardant une bonne lumière le matin.
Bien fixer le filet contre le vent
Un filet mal fixé se transforme vite en voile de bateau. Et quand le vent se lève, ce ne sont pas les tomates qui applaudissent.
Fixez-le avec des pinces solides, des ficelles, des sandows, des poids ou des attaches adaptées. Évitez les fixations trop coupantes qui déchirent le filet. Tendez-le assez pour qu’il ne fouette pas les plantes, mais sans tirer comme si vous montiez une charpente.
Si votre jardin est exposé au vent, préférez une pose plus basse et bien ancrée. Un filet trop haut offre une grande prise au vent.
Retirer ou alléger l’ombrage après la canicule
Le filet d’ombrage doit rester un outil souple. Quand la chaleur retombe, retirez-le ou allégez l’installation, surtout sur les légumes-fruits.
Les plantes ont besoin de lumière pour fabriquer leurs sucres, nourrir leurs fruits et mûrir correctement. Une salade en plein mois d’août acceptera plus volontiers une ombre prolongée qu’une tomate en pleine maturation.
Astuce pratique
Préparez quelques supports dès le début de l’été, même si vous ne posez pas encore le filet.
- Deux ou trois arceaux au-dessus des salades suffisent pour agir vite.
- Des piquets déjà en place évitent de bricoler en urgence à 37 °C.
- Un filet rangé proprement se réinstalle en quelques minutes.
Filet d’ombrage, paillage, arrosage : le trio gagnant en période de canicule
Un filet d’ombrage seul ne réglera pas un potager mal arrosé, sans couverture du sol, planté trop serré ou installé dans une terre épuisée. Il donne les meilleurs résultats quand il s’intègre dans une stratégie plus large.
Le paillage garde le sol plus frais
Le paillage protège le sol du soleil direct, limite l’évaporation et nourrit la vie du sol quand il est organique. En période chaude, c’est l’un des gestes les plus utiles au potager naturel.
Paille, foin sec, tontes bien séchées, feuilles mortes, broyat fin, miscanthus ou BRF déjà un peu mûr : choisissez selon vos ressources. L’idée n’est pas de faire joli, mais de garder une terre plus stable.
Attention tout de même aux jeunes semis : un paillage trop épais juste après le semis peut gêner la levée ou abriter les limaces. Dans ce cas, je préfère semer, maintenir la ligne fraîche, puis pailler progressivement quand les plants sont visibles.
Pour approfondir cette partie, vous pouvez lire mon article sur le paillage au potager.
L’arrosage doit rester régulier et ciblé

En canicule, les petits arrosages de surface fatiguent le jardinier et encouragent des racines superficielles. Mieux vaut arroser moins fréquemment, mais plus profondément, au pied des plantes, sur un sol couvert.
Grattez sous le paillage avant d’arroser. Si la terre reste fraîche en profondeur, inutile de noyer le rang. Si elle est sèche sur plusieurs centimètres, arrosez lentement, en laissant l’eau pénétrer.
En période très chaude, j’arrose volontiers le soir, surtout si les nuits restent douces. L’eau profite alors mieux au sol pendant la nuit. Si les nuits sont fraîches, un arrosage le matin peut être préférable. Comme toujours, votre sol, votre climat et vos horaires auront leur mot à dire.
Si vous voulez des repères plus précis selon les cultures, le sol et le paillage, j’ai conçu le livret Arrosage intelligent pour sortir de l’arrosage au hasard.
L’ombrage protège surtout du soleil direct
Le filet d’ombrage joue un autre rôle. Il filtre la lumière, réduit l’intensité du rayonnement et limite l’échauffement du feuillage. Il aide donc surtout la partie aérienne des plantes.
On peut résumer simplement :
- le paillage protège le sol ;
- l’arrosage apporte l’eau nécessaire ;
- le filet d’ombrage calme le soleil direct ;
- la biodiversité et l’humus rendent le potager plus résilient sur la durée.
Si l’un de ces éléments manque, les autres travaillent davantage. C’est encore plus vrai lors des étés secs.
Alternatives naturelles au filet d’ombrage
Le filet d’ombrage est pratique, mais il n’est pas la seule réponse. Un potager bien pensé peut créer sa propre fraîcheur, au moins en partie. C’est même une piste d’avenir pour nos jardins.
Utiliser les cultures hautes comme ombrage vivant

Les plantes hautes peuvent protéger les plus sensibles. Des haricots à rames, des maïs doux, des tournesols, des topinambours ou des tomates palissées créent une ombre mobile, légère, vivante.
Vous pouvez par exemple placer des salades d’été ou des radis à l’est d’une rangée de haricots à rames. Ils recevront de la lumière le matin, puis une protection partielle quand le soleil devient plus dur.
Cette technique ne se règle pas au centimètre près. Observez le trajet du soleil dans votre jardin. Un carré très exposé en avril peut devenir protégé en juillet grâce à une culture haute voisine.
Miser sur les haies, les arbres et les bordures vivantes

Une haie bien placée, un petit arbre fruitier, une bordure vivante ou quelques arbustes autour du potager créent un microclimat plus doux. Ils coupent le vent, abritent des auxiliaires et apportent une ombre partielle.
Je ne parle pas ici de mettre le potager dans un sous-bois. Les légumes ont besoin de lumière. Mais une ombre légère en fin d’après-midi peut devenir précieuse lors des étés très chauds.
C’est l’un des grands intérêts d’un jardin diversifié : il ne fonctionne pas comme une plaque de cuisson uniforme. Il offre des zones, des ambiances, des refuges. Pour les plantes, comme pour le jardinier, ce n’est pas du luxe.
Installer des solutions temporaires avec ce que l’on a déjà
Vous n’avez pas de filet d’ombrage sous la main ? Pour dépanner, on peut utiliser un vieux drap clair, une cagette retournée sur de jeunes plants, une canisse ajourée, un voile léger sur arceaux ou même quelques branchages bien disposés.
Mais gardez deux limites en tête. D’abord, l’air doit circuler. Ensuite, la lumière ne doit pas disparaître totalement. Une protection opaque posée trop longtemps donne des plants pâles, allongés, fragiles.
Une cagette retournée pendant deux jours sur des plants repiqués juste avant une canicule peut rendre service. La même cagette oubliée deux semaines aura un effet bien moins heureux.
Les erreurs fréquentes avec un filet d’ombrage au potager
Le filet d’ombrage est simple à utiliser, mais quelques erreurs reviennent régulièrement. Elles ne sont pas dramatiques si on les corrige vite.
Choisir un filet trop occultant
Un filet très dense donne une belle ombre. C’est agréable pour nous, moins pour les légumes-fruits. Les tomates, poivrons, aubergines, melons et courges ont besoin d’une bonne luminosité pour produire correctement.
Réservez les ombrages forts aux jeunes plants, aux semis délicats, aux cultures-feuilles en plein été ou aux zones de repos. Pour les légumes en production, restez sur une filtration plus légère.
Laisser le filet trop longtemps
Un filet posé au bon moment peut sauver une culture. Le même filet laissé trop longtemps peut ralentir inutilement la croissance.
Prenez l’habitude de réévaluer la situation après chaque épisode chaud. Les températures baissent ? Les nuits redeviennent plus fraîches ? Le ciel se couvre ? Retirez le filet ou ouvrez davantage.
Confondre ombrage et confinement
Un bon ombrage ne doit pas enfermer les plantes. Si l’air ne circule plus, l’ambiance devient lourde. En serre, ce point mérite une vraie vigilance.
Une serre fermée sous filet, en plein été, peut rester beaucoup trop chaude. Ouvrez largement, créez des courants d’air, ombrez si besoin, mais ne transformez pas la serre en cocotte végétale.
Avertissement
En serre ou sous tunnel, l’ombrage ne remplace jamais la ventilation.
- Ouvrez portes, fenêtres et côtés dès que la chaleur s’installe.
- Placez le filet à l’extérieur si vous le pouvez, pour limiter l’échauffement.
- Surveillez les cultures sensibles comme tomates, concombres et basilic.
Oublier que toutes les régions ne se valent pas
Un potager en Bretagne intérieure, en plaine méditerranéenne, en Dordogne, en Alsace ou à 800 mètres d’altitude ne réagit pas de la même façon.
Dans une région habituellement fraîche, un filet posé trop tôt peut freiner les cultures. Dans une région chaude et sèche, il peut devenir un outil de base pendant les pics de chaleur. Dans un petit jardin entouré de murs, la chaleur réverbérée peut justifier un ombrage plus rapide que dans un grand jardin ouvert et bien ventilé.
Le bon réflexe reste l’observation. Mettez la main sur le sol, regardez les feuilles le soir, surveillez la reprise des jeunes plants, notez les zones qui grillent chaque année. Votre jardin vous donnera des indications plus fiables qu’une règle valable partout.
Alors, faut-il installer un filet d’ombrage au potager en canicule ?
Ma réponse est oui, dans de nombreux jardins, mais pas n’importe comment.
Le filet d’ombrage devient vraiment utile lorsque le soleil direct agresse les plantes, que les cultures sensibles souffrent malgré un arrosage correct, ou que la canicule dure plusieurs jours. Il sert aussi à sécuriser les repiquages, les jeunes semis et les cultures en bac.
Mais ce n’est pas un toit permanent. Un potager a besoin de lumière, de circulation d’air et d’un sol vivant. L’ombrage doit rester un réglage, pas une couverture automatique.
Commencez simple : un filet à 40 ou 50 % pour les jeunes plants, les salades et les semis ; un filet plus léger pour les légumes-fruits ; une pose sur arceaux ou piquets ; une bonne fixation ; un retrait dès que la vague de chaleur passe.
Vous pouvez aussi combiner cette protection avec des solutions plus naturelles : paillage, arrosage profond, cultures hautes, haies, arbres fruitiers, bordures vivantes. C’est ainsi que le potager gagne en souplesse face aux étés qui changent.
Mon conseil de terrain
Si vous hésitez à acheter un filet, commencez par protéger une seule zone sensible du potager.
- Choisissez par exemple un rang de salades ou de jeunes semis.
- Comparez avec une zone non ombrée pendant une semaine chaude.
- Vous verrez vite si l’investissement vaut le coup chez vous.
Conclusion
Le filet d’ombrage au potager n’est ni une mode, ni une obligation universelle. C’est un outil d’adaptation. Et dans certains étés, il peut clairement faire la différence entre une culture qui subit et une culture qui continue à pousser tranquillement.
Le tout est de l’utiliser avec discernement. On ombre davantage les jeunes plants, les salades, les semis et les cultures en bac. On reste plus léger avec les tomates, poivrons, aubergines et autres légumes-fruits. On garde l’air en mouvement. On retire le filet quand la chaleur retombe.
Au fond, c’est encore une histoire d’observation. Le jardinier qui regarde ses plantes, qui gratte la terre sous le paillage, qui adapte ses gestes à la météo et à son propre terrain a toujours une longueur d’avance. Même sous 38 °C, ce qui n’est pas une raison pour jardiner à midi, sauf si vous tenez absolument à tester votre propre résistance variétale.
Si vous avez déjà testé un filet d’ombrage dans votre potager, vos retours seront précieux : pour quelles cultures, avec quel pourcentage, et dans quelle région ? Les expériences concrètes aident souvent davantage qu’un long discours.
FAQ – Filet d’ombrage au potager en période de canicule
Puis-je laisser un filet d’ombrage tout l’été au potager ?
Vous pouvez le laisser plusieurs semaines sur des cultures très sensibles comme les salades d’été, surtout dans une région chaude. Pour les tomates, poivrons, aubergines et melons, je préfère un usage temporaire, pendant les pics de chaleur. Trop d’ombre ralentit la maturation et peut réduire la production.
Quel filet choisir pour des tomates en pleine canicule ?
Pour les tomates, choisissez plutôt un filet léger, autour de 30 à 35 % d’ombrage. L’objectif est de réduire le soleil brûlant, pas de priver les plants de lumière. Une pose au-dessus des plants ou sur le côté sud-ouest peut suffire lors des journées les plus chaudes.
Un vieux drap peut-il remplacer un filet d’ombrage ?
Oui, pour dépanner sur une courte période, surtout sur de jeunes plants fraîchement repiqués. Choisissez un drap clair, placez-le sur des arceaux ou des supports, et laissez l’air circuler. Évitez de le poser directement sur les plantes pendant plusieurs jours, car il peut bloquer trop de lumière et retenir la chaleur.
Faut-il ombrer les courgettes et les courges ?
Les courgettes et les courges supportent bien le soleil quand elles sont bien enracinées, mais elles peuvent flétrir fortement en canicule. Si les feuilles restent molles le soir ou si les jeunes fruits avortent, un ombrage léger et temporaire peut aider. Dans beaucoup de cas, un bon paillage et un arrosage profond suffisent.
Comment protéger un petit potager en bac ou sur terrasse ?
Les bacs chauffent vite et leur réserve d’eau reste limitée. Installez un filet d’ombrage léger aux heures les plus chaudes, regroupez les pots pour limiter l’exposition, paillez la surface et arrosez lentement jusqu’à humidifier toute la motte. Sur une terrasse très minérale, l’ombre devient plus utile qu’en pleine terre.






Je viens de lire l’article sur l’ombrage, très pertinent comme d’habitude et très intéressant
Cependant je suis surpris que vous n’ayez pas proposé comme substitut au voile d’ombrage acheté en jardinerie, l’utilisation de canisses qui sont à la fois légères laissant passer suffisamment de lumière et d’eau en cas de pluie
C’est ce que j’ai installé au dessus de mes tomates et courgettes qui, même si je constate un certain retard dans la formation et surtout le mûrissement des fruits, mes plantes me semblent beaucoup moins souffrir
Pouvez-vous me donner votre avis sur ce procédé ?
Merci d’avance pour votre réponse
Paul
Bonsoir Paul,
Je vous invite à relire l’article (certes un peu long), car j’en parle en solution temporaire.
Mais les canisses impliquent quand même un manque de lumière conséquent, donc un sérieux retard de formation et de mûrissement des fruits… ce qui est bien dommage pour les tomates (on ne les cultive pas pour avoir de beaux plants, mais pour récolter de délicieuses tomates…).
Cordialement,
Gilles
Merci pour tes conseils, Gilles ! J’ai repiqué il y a une quinzaine de jours de laitues Reine de Juillet, à l’abri des haricots à rames pour une partie, l’autre derrière de hauts plants de tomates, bine protecteurs. Perpendiculairement à ces lignes j’ai une haie de cassis orientée Est-Ouest, qui fait plus ou moins barrage aux vents du sud et crée un ombrage partie.
Sinon j’ombre les semis et plantes sensibles avec des voiles de culture coincés entre des arceaux de morceaux de solides fils de clôture. Et ça marche ! Nous arrosons plutôt le matin (surtout les tomates), sous les couverts végétaux, pour « booster » la photosynthèse. Le soir pour certaines cultures plus sensibles mais gare aux limaces qui adorent l’humidité nocturne, surtout qu’il fait un peu plus frais dans nos régions (mais c’est tout relatif …) !
Belles et bonnes récoltes envers et contre tout !!!
Merci pour le partage Eveline !
Bonjour, toujours des conseils judicieux.
Moi, j’ai opté pour un filet au dessus des tomates; j’ai choisi un ombrage à 50%, donc trop occultant à te lire ? On verra bien.
Je l’ai commandé au début de la canicule, (chez la fabrique à filets) , mais comme son nom l’indique la fabrique commence à la réception de la commande, si bien que la livraison arrive 3 semaines plus tard….
Pour l’arrosage, j’avais installé un drain qui me permet d’envoyer l’eau à 25-30 cm en profondeur. J’apporte environ 6 litres tous les 3-4,jours. J’arrose généreusement le feuillage tous les soirs pour palier à déshydratation.
Bonjour Michel,
Merci pour le partage.
Pour mûrir correctement, une tomate a besoin de lumière… et avec une occultation de 50 %, celle-ci peut en effet être insuffisante… à voir…
Asperger le feuillage en période de canicule est souvent une bonne chose (mais attention aux maladies cryptogamiques si les températures venaient à baisser subitement…).
Cordialement,
Gilles
Bonjour,
Article très intéressant et bien détaillé comme à votre habitude.
Personnellement je viens d’installer pour la première fois des filets d’ombrage (55%) sur la totalité de mes cultures (uniquement fruitières pour cet été). L’effet se fait ressentir tout de suite, feuillages et tiges se portent bien mieux en fin de journée. Pour autant la production est dragstiquement réduite pour l’instant, faut bien dire qu’avec des températures avoisinant les 40° en journée et supérieures à 24° la nuit depuis plusieurs semaines les plantes se mettent en mode survie.
Arrosage tout les 2 jours et paillage à 20cm sont les autres soins apportés.
A voir si celà aura un effet bénéfique pour la suite de l’été. Mon expérience faite sur les 6 années qui ont précédé auraient tendance à me laisser plutôt septique.
Merci pour cet article et bon potager en Dordogne où de fortes chaleurs sont annoncées pour les jours qui viennent.
Bonjour Christian,
Merci pour ce partage.
Disons que ces filets d’ombrage atténuent les effets néfastes de la canicule sur les cultures. Mais en effet, quand ces conditions extrêmes durent et/ou se répètent comme cette année, c’est bien compliqué et les quantités récoltées sont inévitablement moins importantes … Cela dit, sans cette protection, chez moi cette année, ces dernières seraient probablement quasi inéxistantes pour de nombreuses cultures…
Bon courage !
Gilles
Bonjour. Le filets d’ombrage sont assez chers.
Je les ai complété par des voiles d’hivernage. Qui dit isolation du froid dit isolation du chaud. C’est le BABA de toute isolation. En outre ces voiles sont blancs et donc, renvoient une bonne partie de l’ensoleillement. J’ai constaté que c’était aussi efficace que les voiles d’ombrage, si ce n’est plus !
Votre avis ?
Bonjour Pascal,
Votre constat est tout à fait plausible, mais je nuancerais le raisonnement : un voile d’hivernage peut faire office d’ombrage, sans pour autant être un véritable isolant contre la chaleur (Il est inexact de dire « Qui dit isolation du froid dit isolation du chaud. » – On sait par exemple que les laines de roche ou laines de verre sont de bons isolants pour conserver la chaleur… mais aucunement pour conserver la fraîcheur).
Le voile blanc réfléchit et diffuse effectivement une partie du rayonnement solaire. Placé au-dessus des cultures, sans toucher le feuillage et avec une bonne circulation d’air sur les côtés, il peut donc réduire fortement l’ensoleillement direct. Dans cette configuration, un voile assez léger peut se montrer aussi efficace qu’un filet d’ombrage peu occultant. Votre observation est donc parfaitement crédible.
En revanche, l’isolation ne fonctionne pas exactement comme celle d’une maison. Le principal problème estival n’est pas seulement la chaleur de l’air extérieur, mais aussi et surtout l’énergie apportée par le rayonnement solaire. Or un voile d’hivernage est conçu pour laisser passer suffisamment de lumière et pour retenir une partie de la chaleur accumulée. Certains modèles sont même vendus précisément pour augmenter de quelques degrés la température sous le voile. Les conseils horticoles recommandent d’ailleurs d’enlever les voiles de protection lorsque le temps se réchauffe, car la température peut devenir excessive dessous.
Tout dépend donc beaucoup de la pose :
– Suspendu en hauteur, bien tendu et largement ouvert sur les côtés : il agit surtout comme un écran solaire diffusant et peut donner de très bons résultats.
– Plaqué sur les plantes ou enfermant un petit tunnel : il réduit la ventilation et risque au contraire d’accumuler chaleur et humidité.
– Avec un grammage important, par exemple 45 à 70 g/m² : l’ombrage sera plus fort, mais la circulation de l’air sera généralement moins bonne et la perte de lumière pourra devenir excessive. Les voiles épais étant justement conçus pour conserver davantage la chaleur.
Le filet d’ombrage conserve finalement quelques avantages : son taux d’occultation est mieux maîtrisé, sa maille laisse davantage passer l’air et il résiste normalement mieux au soleil, au vent et aux utilisations répétées (un voile d’hivernage peut se déchirer plus vite et perdre ses qualités sous les ultraviolets).
Mon avis pratique : votre solution est valable et économique, notamment pour quelques journées de forte chaleur, à condition d’utiliser un voile blanc plutôt léger, de le placer assez haut et de conserver une ventilation maximale. Je ne dirais donc pas que le voile d’hivernage est plus efficace, mais qu’il peut constituer un bon ombrage de dépannage lorsqu’il est posé comme un écran, et non comme une couverture.
Cordialement,
Gilles
j’ai fait également avec ce que j’avais sous la main: voile d’hivernage pour les concombres et juste au moment des horaires et du soleil le plus chaud quelques heures par jour, (inconvénient si on a un grand jardin, on passe pas de mal de temps à accrocher et à décocher le voile 🙂
Gilles
Effectivement je n’ai pas été assez clair dans mon précédent message. J’ai posé ce voile d’hivernage au dessus de mes plantation en laissant les côtés dégagés .
Par contre, je maintiens, un isolant est valable dans les 2 sens. Les laines de verre et de roche isolent également contre la chaleur. 😉
Bonne journée
Oui. Je me suis également mal exprimé.
La laine de verre et la laine de roche isolent bien du froid comme de la chaleur. En revanche, une fois que la chaleur a pénétré dans le logement (ce qui est inévitable avec des températures très élevées, car l’isolation reste relative), cette même isolation ralentit son évacuation… Mais c’est de toute façon là une autre question que celle qui nous concerne ici.
Bonne journée à vous.