La permaculture, en route vers la transition écologique

La permaculture, en route vers la transition écologique

La permaculture est bien souvent réduite au jardinage écologique.

Ce mouvement, très en vogue aujourd’hui s’inscrit pourtant dans une démarche beaucoup plus large, incluant notamment l’habitat, la santé ou encore l’éducation.

Et, n’en déplaise à certains, la permaculture, telle que définie dans les années 70 par Bill Mollison et David Holmgren dans « Perma-culture 1« , n’a pas inventé grand chose.

L’auteur de « La Permaculture, en route vers la transition écologique« , Gregory Derville commence ainsi par préciser que la permaculture est plus une synthèse des travaux de précurseurs.

Il cite notamment Joseph Russel Smith (auteur de « Cultures arbustives, une agriculture permanente » en 1929), Percival Alfred Yeomans (ingénieur et agriculteur australien, inventeur du »Keyline Design », une méthode innovante visant à optimiser l’approvisionnement et la distribution en eau), Masanobu Fukuoka (microbiologiste et agriculteur japonais, auteur de « La révolution d’un seul brin de paille« ) ou encore l’écologiste américain Howard Thomas Odum

Mais bref, après avoir resituer les choses, Gregory Derville nous propose une réflexion sur la permaculture, en tant que réponse à la crise écologique.

La permaculture, une réponse à la crise écolologique

Bien que la permaculture nous invite à concentrer notre attention sur les solutions plutôt que sur les problèmes, Gregory Derville, souhaite commencer notre réflexion par un constat lucide de la situation écologique sur notre planète.

Car c’est bien dans ce contexte de crise écologique que se situe l’essor de la permaculture, reposant sur d’innombrables projets naissant un peu partout à travers le monde.

Ainsi, si nous plantons aujourd’hui un arbre fruitier, ne devons-nous pas tenir compte du réchauffement climatique ? Ne serait-il pas judicieux par exemple de planter en Dordogne, outre les traditionnels pommiers, pêchers ou noyers, des orangers et citronniers ?

En d’autres termes, nous devons dès aujourd’hui anticiper l’urgence de demain…

Dans ce premier chapitre, Gregory Derville pose donc les grands axes de la crise écologique actuelle :

  • l’épuisement des ressources naturelles non renouvelables
  • le changement climatique
  • la perte de la fertilité des sols
  • la crise de la biodiversité
  • les pollutions diverses

La capacité de résilience de notre planète, mise en avant par les plus optimistes d’entre-nous, ne doit pas cacher cette réalité.

Ces problèmes sont généralisés et globaux.

Ils peuvent conduire à une catastrophe pour l’humanité.

Une transition écologique profonde et globale s’impose donc. Et c’est la seule issue possible.

Il nous appartient donc, à chacun et chacune, d’œuvrer en ce sens, à son niveau et selon ses domaines de compétences.

Les concepts clés de la permaculture

La permaculture se définit par 3 composantes primaires :

  • les éthiques, qui définissent les valeurs fondamentales de la permaculture
  • les principes, fondés sur les lois de l’observation de la nature
  • les techniques, qui sont en fait les solutions disponibles

Mais voyons cela point par point :

Les éthiques

La permaculture est une démarche exigeante.

Elle comprend 3 grands types d’actions : la sensibilisation, les actions contre les projets « nocifs » et le développement de projets concrets (les alternatives).

Cette exigence a parfois pour conséquence un développement démesuré des égos.

Ainsi, certains « gourous » de la permaculture sont persuadés de détenir La Vérité… et celui qui pense ou agit différemment est pour eux un ignare. On peut lire ça et là sur le web des échanges effarants, du genre « c’est moi qui est la plus grosse… connaissance ».

Il ne s’agit pourtant pas d’un combat de coq… ni de juger l’autre.

Bien au contraire !

Gardons à l’esprit que chacun évolue à son propre rythme, selon sa sensibilité et ses capacités propres.

Certains préféreront ainsi investir leur énergie dans la sensibilisation, d’autres dans les actions de résistance et d’autres enfin en développant des projets…

N’exigeons pas des autres qu’ils fassent ce que nous croyons juste. Mais concentrons-nous plutôt sur que nous pouvons faire nous-mêmes, à notre humble niveau.

Je ne peux résister ici de reprendre cette légende amérindienne narrée de Pierre Rabhi (figurant dans le livre) :

Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »

Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part ».

Oui, c’est bien ce qui compte : faire sa part des choses…

Mais revenons aux éthiques de la permaculture. Dans son ouvrage, Gregory Derville les résume ainsi :

  • être attentif à la nature : il s’agit ici de travailler avec, et non contre, la Nature
  • être attentif à l’humain… à commencer par soi-même pour mieux étendre notre bienveillance aux autres… jusqu’à nous soucier des générations futures.
  • prendre notre juste besoin et redistribuer les surplus. L’auteur résume cette question ainsi : « A partir de quand estime-t-on qu’on en a assez et que consommer davantage serait prendre la part des autres et mettre en péril la nature ».

Ces éthiques posées, venons-en à la base de tout, la Nature.

A l’école de la Nature

La Nature est une source inépuisable de connaissances.

Toutes les grandes inventions découlent directement de l’observation de la Nature. Mais aucune d’entre-elles n’est capable de mieux faire.

Prenons par exemple les avions.

C’est une technologie formidable a bien des égards… mais avec un défaut majeur : ils polluent (même un avion « solaire » tel que développé aujourd’hui  avec Solar Impulse, de par sa construction ou les déchets engendrés, polluera…).

Un oiseau (de l’observation duquel est né l’invention de l’avion) vole également… mais sans ces conséquences néfastes sur l’environnement.

Ainsi, selon les termes de Gregory Derville, « Si nous voulons apprendre à concevoir et à mettre en oeuvre des écosystèmes habités durables, alors la nature est le meilleur professeur que nous puissions avoir ».

C’est en observant la Nature avec suffisamment d’attention et de sensibilité que nous trouverons des solutions écologiques et durables…

Mais pour « bien lire le grand livre de la nature », la connaissances des concepts écologiques de base est essentielle.

Ces concepts sont résumés dans « La Permaculture. En route vers la transition écologique » et plus développés dans le « Guide illustré de l’écologie » auquel se réfère à plusieurs reprises son auteur.

Sont ensuite exposés les modèles naturels desquels peut s’inspirer le permaculteur.

Les principes de la permaculture

Si les éthiques forment en quelque sorte la philosophie de la permaculture, les principes sont plus des « guides pour l’action« , « une aide à la décision lorsque l’on fait face à un problème concret ».

Les principes de la permaculture, sans être des dogmes (à bon entendeur), sont « ni plus ni moins que l’adaptation et la prise en compte des lois de la nature dans nos écosystèmes habités ».

Gregory Derville nous propose 15 grands principes (issus de sa propre compréhension et vision des choses) :

  1. Concevoir et mettre en oeuvre des systèmes
  2. Privilégier les éléments qui remplissent plusieurs fonctions
  3. Assurer chaque fonction importante grâce à plusieurs éléments
  4. Collecter, stocker et optimiser l’énergie
  5. N’intervenir que quand c’est nécessaire
  6. Obtenir une production
  7. Privilégier les petits systèmes intensifs
  8. Privilégier les solutions lentes
  9. Laisser jouer en encourager la succession écolgique
  10. Favoriser la diversité
  11. Utiliser et valoriser l’effet de bordure
  12. Toujours tenir compte de son contexte
  13. Considérer aussi bien le chemin que le résultat
  14. Essayer d’envisager les problèmes comme des solutions
  15. Prendre ses responsabilités et assumer les conséquences de ses choix

Chacun de ces principes est bien entendu développé dans son ouvrage, avec notamment une très utile liste de questions à se poser.

Les techniques

Il s’agit maintenant de passer de la théorie à la pratique.

L’objet de ce chapitre n’est clairement pas de nous présenter les différentes techniques inhérentes aux différents domaines dans lesquelles la permaculture a un rôle à jouer (j’en présente quelques-unes propres au jardinage ici), mais plutôt de nous interroger sur nos propres besoins et sur notre environnement, ceci afin de faire les choix appropriés.

Pour Gregory Derville, une technologie appropriée est une technologie répondant à ces 3 exigences :

  • elle a un faible impact écologique, est peu gourmande en énergie et en matières premières. Ces matières sont peu polluantes et recyclables
  • elle est peu coûteuse, facile à comprendre et à faire fonctionner
  • elle est adaptée au contexte et aux objectifs de celui qui la met en oeuvre

Il ajoute à cela des notions essentielles de faisabilité (un projet permacole global est certes louable… mais n’oublions pas que nos journées ne font que 24 heures) et de long terme (il est en effet important de savoir se projeter dans l’avenir avant de se lancer dans un projet particulièrement ambitieux).

Le design en permaculture

L’auteur définit ainsi le design :

« En permaculture, le design est une méthode qui consiste à concevoir un site, afin qu’il fonctionne de façon efficace et durable, en utilisant des outils et des techniques appropriés, et en respectant les éthiques et les principes de la permaculture. »

Un design vise à :

  • utiliser au mieux les énergies naturelles (soleil, eau, vent)
  • limiter les besoins en ressources externes
  • minimiser le travail humain
  • polluer le moins possible

Il s’agit donc en fait de bien penser chaque infrastructure ou aménagement en fonction de son utilité mais aussi les uns par rapport aux autres.

En d’autres termes, comme le dit Gregory Derville « passer du temps à faire fonctionner notre cerveau avant de faire travailler nos bras et nos jambes« . Je parlerais aussi tout simplement de bon sens…

Par exemple, pour implanter un point d’eau, la proximité du jardin sera privilégiée (ce qui limitera le travail ou les besoins matériels si l’on choisit un arrosage automatisé). Ou encore, une haie pourra être utile pour couper les vents dominants…

L’auteur nous présente une méthode pas à pas (qu’il nomme VOOLRADIME) pour la mise en oeuvre d’un projet :

  • V pour Vision
  • O pour Objectif
  • O pour Observation du site
  • L pour Limites
  • R pour Ressources
  • A pour Analyse
  • D pour Design
  • I pour Installation
  • M pour Maintenance
  • E pour Evaluation

Gregory Dervalle nous accompagne donc pour chacune de ces étapes en nous incitant à chaque fois à nous poser les bonnes questions, et constituant ainsi un guide bien pratique pour élaborer et mettre en oeuvre au mieux son projet permaculturel.

Mon avis

L’auteur aborde la permaculture d’une façon non dogmatique. C’est pour moi l’une des grandes qualités de cet ouvrage.

Sa lecture est aisée (on est loin de certains ouvrages très prises de tête) et les principes qui y sont énoncés sont de fait faciles à comprendre pour le plus grand nombre, initiés ou non.

Ceux qui recherchent une « méthode de jardinage » passeront leur route… ce n’est pas le sujet.

Par contre, si vous souhaitez mieux comprendre ce qu’est la permaculture et emprunter vous aussi un chemin vers une transition écologique, ce livre vous passionnera, comme il m’a profondément intéressé.

 La permaculture, en route vers la transition écologique
« La permaculture, c’est la culture de la permanence. Trop souvent réduite au jardinage écologique, cette philosophie peut s’appliquer à de nombreux domaines (habitat, santé, éducation, etc.). En mettant en œuvre des systèmes qui imitent le fonctionnement de la nature, la permaculture s’impose comme la réponse face à la crise écologique. Ce livre définit clairement la permaculture (y compris le design permaculturel), à l’aide d’exemples concrets et d’illustrations explicatives. »

Grégory Derville est enseignant en politiques environnementales à l’Université de Lille II. Il anime des conférences et des stages de permaculture, et fait partie du collectif Beauvais en transition.

192 pages – 25 € – coll. Conseils d’expert

 

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  • Merci pour ta belle synthèse Gilles, j’ai lu pas mal d’articles et bouquins sur la permaculture, beaucoup plus complète et vaste qu’une simple technique de culture ! Il me semble en effet très important de souligner qu’il s’agit d’un mode de vie, de conception de société respectueux et durable. La notion d’écosystème en est le pivot. Merci pour cette clarté !

  • Bonjour et merci pour cet article détaillé

    J’ai la chance de connaître Grégory et d’avoir pu faire une présentation/débat de son livre en sa présence il y a quelques semaines.
    Comme je l’ai dit lors de cette rencontre, je trouve que son livre se rapproche dans sa conception d’un « livre pour les nuls » (ce qui n’est absolument pas péjoratif pour moi). Grégory parvient dans son ouvrage de manière extrêmement pédagogique et clair à expliquer ce qu’est la Permaculture et notamment sa philosophie sans rester, comme c’est trop souvent le cas à mon avis, sur les seules techniques.