Est-il vraiment utile de faire des buttes en permaculture ?

Bonjour à tous,

J’accueille aujourd’hui Guillaume, rédacteur du blog Un Potager Nature, qui remet en question la systématisation des buttes de culture en permaculture.

Cette article complète utilement mon tableau sur les techniques naturelles adaptées.

Bonne lecture,

Gilles

Lorsque l’on cherche des informations sur la permaculture on entend souvent parler de buttes de cultures à tel point qu’on en est venus à croire qu’elle sont indissociable de la permaculture.

Cela est dû au fait qu’un courant de la permaculture a érigé la butte de culture au rang de solution miracle au potager. En réalité cette méthode était à l’origine plutôt destinée aux régions arides où le sol est trop pauvre pour être cultivé.

Les buttes sont devenues à la mode, et bons nombres d’ouvrages sur la permaculture se sont mis à vanter les mérites de cette méthode compliquée qui dans la plupart des cas ne vous apportera rien au potager.

Revenir aux fondamentaux de la permaculture

Avant de parler de buttes il est important de revenir aux fondamentaux de la permaculture qui sont de cultiver son potager en s’approchant au plus près du fonctionnent des écosystèmes naturels .

Pour cela je vous conseille de mettre en pratique les principes suivants :

  • Ne pas bêcher pour éviter d’enfouir la matière organique et pour limiter l’érosion.
  • Créer de l’humus en mettant des paillages et en pratiquant le compostage en surface.
  • Ne jamais utiliser de produits de traitement autres que des préparations naturelles à base de plantes que l’on fabrique soi-même.
  • Ne pas utiliser de semences hybrides.
  • Se servir au maximum des ressources disponibles près de son potager.
  • Ne plus considérer les ravageurs comme des nuisibles mais apprendre à cohabiter avec en favorisant la biodiversité dans le but de créer un équilibre.

Il est tout à fait possible de faire de la permaculture sans faire de buttes de cultures, d’ailleurs dans la nature les plantes n’ont pas besoins d’être sur des buttes pour s’épanouir, l’humus présent en surface et les minéraux contenus dans les roches du sol leurs suffisent amplement !

Pourquoi dans la plupart des cas il n’est pas intéressant de pratiquer la culture sur buttes ?

Sur un terrain déjà fertile, ce qui est le cas dans la plupart des régions de France, la création de buttes aura pour conséquence de bouleverser l’équilibre d’un sol déjà bien établi.

Cela reviendrait à faire de la culture hors sol, ce qui est totalement inutile même si l’on dispose d’un sol de qualité moyenne car il sera facile de l’enrichir par des apports réguliers de matières organiques en surface.

Créer des buttes nécessite un apport très important en compost que l’on ne peut pas toujours trouver sur place, cela demande aussi de fournir un effort physique conséquent, ce qui oblige à ce limiter à de toutes petites surfaces.

Pour ma part, j’ai mis un an pour créer un potager de 300 m2 , si j’avais utilisé la technique des buttes j’aurais dû me limiter à quelques dizaines de mètres carrés de légumes.

De plus la technique que préconise certains auteurs, qui consiste à enterrer profondément des végétaux non décomposés et du bois dans les buttes est même néfaste pour l’équilibre du sol.

Pour obtenir un sol vivant riche en humus la matière organique doit se décomposer en surface en présence d’oxygène. C’est pour cela qu’il est très intéressant de pratiquer le compostage des déchets végétaux en surface directement dans les planches de cultures et non en profondeur.

Dans quel cas la culture sur buttes est-elle réellement adaptée ?

Butte de culture en décompostionLa culture sur butte est adaptée aux régions aux sols très secs, caillouteux et pauvres en matière organique, où un simple apport de paillage ne suffira pas. Cela est le cas surtout en climat méditerranéen et dans certaines régions plus septentrionales aux sols très argileux.

Dans ce cas il peut être intéressant  de se limiter à de plus petites surfaces et de monter des buttes en faisant un apport de 30 à 40 cm de compost bien mûr en veillant à ne pas enfouir de matière organique non décomposée. Une fois les buttes créées il n’y aura plus qu’à faire des apports réguliers de pailles, et de déchets végétaux en surface comme sur un sol classique.

En conclusion, a moins d’avoir un sol très difficile je ne vous conseille pas de faire de buttes de cultures, cela ne vous apportera rien dans la plupart des sols !

Si mon article vous a plu n’hésitez pas à faire un tour sur mon blog un potager nature, vous y trouverez plein de conseils et d’astuces pour créer et entretenir un potager bio en permaculture ainsi que des fiches de cultures.

 

19 réflexions au sujet de “Est-il vraiment utile de faire des buttes en permaculture ?”

  1. Bonjour Guillaume,

    Merci pour votre article, un intéressant partage d’expérience. Vous qualifiez de néfaste l’enfouissement de matières organiques non décomposées type rondins, pour quelles raisons ? Quels inconvénients y voyez-vous ?

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  2. Je suis moi aussi d’accord avec vous dans l’ensemble, mais moi je vais essayer cette méthode sur une petite parcelle, car j’ai un sol très argileux qui se compacte à la moindre pluie à cause de ma grand-mère qui ne paillait pas le sol, donc en une année créer un sol fertile à partir d’un sol composé à presque 100% d’argile grâce au paillage va être plus long à réaliser qu’avec la culture sur butte à moins que j’apporte beaucoup de matières organiques décomposées ce qui revient à la même quantité nécessaire à l’élaboration de buttes, exceptant le bois mort mais c’est assez rapide à en récupérer en forêt avec une brouette et l’ajout de bois mort est aussi plus avantageux sur le long terme que le simple mulch car j’aurais plus de matière carbonée et plus d’humus sur le long terme contrairement au mulch qu’il faut plus régulièrement ajouter de plus il y a moins d’arrosage à faire puisque le bois mort absorbe l’eau et en evapore en continu, il se peut aussi que les plantes poussent mieux car ils auront de l’humus et du carbone à leurs racines, après si la butte est dans un climat où souffle des vents chauds et du soleil tapant, je pense que dans ce cas il ne faut pas faire de butte.
    Le plus important dans une butte est qu’elle doit respirer ainsi les bactéries aerobies n’auront aucune difficulté à décomposer la matière carbonée ! car le bois se trouvera donc dans un milieu aérobie puisque l’air passera dans la butte, il n’y a qu’à voir des vidéos où des gens nous montrent que dans une butte qui respire il n’y a pas de problème de décomposition. Pour ma part pour l’élaboration d’une butte je dépose sur la surface du sol du bois mort, terreau de feuilles mortes, tonte d’herbes fraîches et paillis de chanvre et comme ça l’air circule dans la bute et il n’y aura pas de problème, si les plantes manquent d’azote, j’arroserai de purin et j’y déposerai de la tonte.
    Mais après il y aussi le gros désavantage que les rongeurs pourront se régaler du bois et de plants tant qu’il y aura beaucoup de bois, et comme michel l’auteur du commentaire précédant je pourrai toujours démonter et j’aurai le gros avantage d’avoir une grosse quantité d’humus qui d’ailleurs est ma principale motivation à faire ces buttes avec du bois mort.

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  3. D’accord avec beaucoup de tout ce qui est dit au dessus.

    De mon expérience des buttes (3 buttes de 5m/1,10m depuis 5 ans avec bois en profondeur) en sol argilo-humique plutôt humide, j’observe ceci:

    -Meilleur drainage en temps humide par la surélévation,
    -desséchage rapide par temps sec d’été pour la même raison, même avec paillis. Si les étés secs se maintiennent comme cette année, avec de buttes ce ne sera pas gagné.
    -La pourriture permanente du paillis de surface surabondant par rapport au reste du jardin n’est pas forcément un Plus avec les années, çà semble déséquilibrer le rapport des divers constituants du sol…Certains légumes (plutôt à racines peu profondes) ne veulent plus de la butte et sont nettement plus beaux en pleine terre,
    -La prolifération des prédateurs (limaces , taupes mais surtout mulots, rats, campagnols qui apprécient le couvert du bois de fond et voyagent allègrement dans les galeries des taupes) est bien plus évidente que dans le reste du jardin.

    Si les étés secs se généralisent , je redémonterai tout çà , le compte n’y est pas.

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  4. Bonjour je viens de m’installer dans le sud ,je viens de louer un terrain de 100mettres carré et je voulais savoir si je pouvais créer une butte maintenant donc fin Janvier .merci d’avance

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    • Bonjour,

      Tout dépend de l’état de ton sol. Quelle fraction minérale (composition) ? Quel état général ? Est-il en prairie ou nu ? Quelle quantité d’activité biologique ? Quelle humidité ?

      Il te faut absolument:

      – D’une part, savoir si c’est ré-essuyé, ce qui à cette époque serait fort étonnant.
      – D’autre part, pour quelles raisons faire des buttes ? Surtout dans le sud… Est-ce nécessaire ?

      Butter ses planches est une perturbation édaphique MAJEURE, et n’est pas forcément une bonne idée. A faire seulement en cas de stricte nécessité…

      Et pour ce qui est d’enterrer du bois, tu es libre de faire ce que tu veux, mais sous nos latitudes c’est presque tout le temps une énorme erreur. C’est objectif et vérifiable.

      Amitiés et

      Cordialement,

      Benoît

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  5. Bonjour
    a la fin de l’été 2016 , j’ai réalisé quatre buttes forestières traditionnelles ( 1.5 m/cube de bois enfoui par buttes) , principalement provenant d’arbres morts semi enfouis toutes essences confondues , de 25/30 cm de diamètre , spongieux en surface mais nécessitant un débitage à la tronçonneuse .
    Des dosses d’épicéa constituent l’entourage des buttes qui s’élèvent à environ 30/40 cm du sol .
    10 m/cube de vieux terreau ont été nécessaires au remplissage et le profil des buttes présente un profil très légèrement bombé du fait de l ‘orientation S/E et d’un léger déficit d’ensoleillement .
    Je suis situé à 500 m d’altitude dans une petite vallée vosgienne au pied du ballon d’alsace .
    C’est un climat de moyenne montagne , avec des hivers plutôt froids et pluvieux , des printemps tardifs et des températures estivales modérées
    Paradoxalement en 2015 et en 2016 le bilan pluviométrique du nord Franche-Compté est déficitaire de plus de 50% par rapport à la moyenne et la sécheresse des sols à dépassé des records, étonnant pour une région réputée pour être une des plus arrosées de France ..
    C’est pour tenter de m’affranchir de ces aléas climatiques à répétition , en particulier d’un déficit d’eau , que j’ai voulu mettre en évidence les éventuelles propriétés de stockage et de restitution de l’eau sur une butte forestière ( capillarité ? évaporation ? ), partageant l’avis qu’enterrer du bois n’est pas la solution en terme de fertilisation des sols .
    J’ai réalisé une structure en rondins permettant la pose de chassis découvrables ( plaques polyester transparentes ) ayant pour principales fonctions de canaliser les eaux pluviales directement dans la fosse via un drain en galets à l’aplomb du bord de fuite des plaques chassis sans passer par la case butte ainsi que de maintenir hors gel la terre des buttes , pensant ainsi gagner quelques précieuses semaines au printemps .Durant l’hiver les buttes ont été couvertes et n’ont reçues aucun apport en eau , les pluies hivernales chargeant uniquement les fosses , le seul travail étant de les alimenter en déchets verts de cuisine broyés collectés dans mon entourage .Une des premières observations au printemps fut un réchauffement précoce de la terre des buttes comme prévu me permettant d’anticiper les plantations ; quant au niveau d’humidité ( bien que délicat à estimer sans matériel performant ) de la terre des buttes , ayant réalisé quelques carottage à différentes profondeurs , il m’a semblé constant , voir légèrement supérieur à la base des buttes , le remplissage s’étant opéré en septembre / octobre sous des chaleurs caniculaires avec un criblage du terreau .
    Durant tout l’été , les buttes n’ont jamais été arrosées , et le taux d’humidité est resté constant jusqu’à l’automne , malgré une sécheresse prolongée ( arrêté préfectorale sur le département ).
    Très rapidement les buttes ont présentés un caractère luxuriant qu’elles ont gardés tout l’été et le rendement et la qualité des légumes sont largement supérieurs aux précédentes années de culture traditionnelle . Seul bémol , le développement important de certains légumes au détriment d’autres à mis en évidence ce qui me semble être le principal point négatif des buttes , à savoir une surface cultivable réduite nécessitant de multiplier les chantiers afin de disposer d’une surface permettant l’auto suffisance .
    Quant à la réalité d’une éventuelle restitution par des échanges verticaux ( capillarité , évaporation ) , seule la poursuite d’observations permettra de conforter ou non cette hypothèse ( mesurer c’est progresser ! )
    Cordialement

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  6. Merci pour tous ces avis,j’avais envie de faire de la perméabilité sur un terrain non cultive depuis presque vingt ans, mais j’ai peur de ne pas y arriver car cela demande un gros travail,je n’ai plus vingt ans et je crois que je vais faire une lasagne,le but pour moi est de ne pas avoir trop de travail,étant seule,je souhaite juste occuper le terrain sans mettre du gazon.

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  7. Bonjour à tous,

    J’ai quelques remarques à faire, et des avis à partager sur le sujet:

    – Je déconseille à quiconque de mettre 30 à 40cm de compost où que ce soit, à part dans un composteur ! Surtout pas !

    -Je n’ai pas le fin mot sur l’enfouissement de la matière organique, même en décomposition. Mais personnellement, je ne le ferai pas. Pas mal de monde, dont les Bourguignon, Konrad Schreiber, Gilles Domenech, ou Moilamain, expliquent très bien en quoi c’est complètement inepte. Mais d’autres, comme Franck Nathié, expliquent bien que, chez eux, ça marche. J’ai pas la théorie, mais j’ai mon hypothèse: C’est non.

    – Ici où la butte n’est pas une technique généralisée ou native, il est intéressant de se pencher non pas sur l’ergonomie du travail au jardin, sur “faire une butte pour faire une butte”mais bien sur les cultures qui, précisément, apprécient d’être sur buttes, notamment tout ce qui craint l’asphyxie racinaire ou un ressuyage trop lent: Fraises, alliacées…

    – Attention à ne pas tomber dans l’écueil courant des “pro” versus les “anti”. Précisément, ce serait l’exact inverse d’une démarche perma-culturelle, à mon sens. Car la question deviendrait alors non pas l’opportunité – bien réelle en certaines circonstances – de dresser des buttes, mais la prétention au “savoir” qui au fonds, ne masque jamais que des velléités de pouvoir ou d’égo. Là encore, c’est l’anti-permaculture. Laissons cela au permabusiness.

    – A l’échelle de nos potagers et de l’implantation relativement récente de la permaculture dans ceux-ci, nous n’avons pas assez de recul. Inutile de polémiquer, c’est stérile. Revenons-en à constater avec nos sens et notre jugeote, sans oublier qu’il est nécessaire, tout à fait normal et même très sain de faire des co….eries.

    Pour ce qui est du sujet en lui-même, je n’ai ni solution ni réponse, mais des hypothèses:

    – Pour nos potagers d’anciennes forêts de feuillus (notre écosystème d’origine, qui remis à l’échelle de son histoire ne s’est éteint que relativement récemment), le meilleur de la technologie actuelle me semble être la lasagne, riche en matériaux ligneux. Merci Gilles !

    Cela combine des apports importants de matières organiques FRAICHES (et non pas des os à ronger, comme le compost dont le bilan carbone/nutrition est un désastre même s’il est très intéressant pour bien d’autres choses), une gestion très intéressante des spontanées (mais le problème n’est-il pas d’interroger justement ce qui nous insupporte d’ordinaire dans leur présence ?), un confort de travail très appréciable, une relative durabilité, un respect des horizons du sol, une lit de semence adapté, la possibilité de semer en direct sous mulsch, une possibilité de n’absolument plus jamais toucher au sol, une gestion tout confort de l’hydratation, la possibilité d’y intégrer le goutte à goutte ou le microporeux avec beaucoup de facilité et de souplesse, une possibilité d’en faire des couches chaudes, des pépinières, des rangées de verger maraîcher, des lignes d’agroforesterie, que sais-je encore…

    C’est l’état naturel d’un sol forestier, ne l’oublions pas. C’est ce que VEUX notre terre.

    Et pour ce qui est des buttes surélevées avec allées creusées, je note (pour en avoir fait une chez moi quand même, pour tirer cette affaire au clair), que tout au moins la première année, la fertilité est loin d’être aussi bonne que sur mes bonnes vieilles planches, même si les avantages en termes d’ergonomie, de gain de surface, d’optimisation de l’exposition et d’entretien des allées sont vraiment indéniables et très appréciables.

    J’ai tout de même noté quelques problèmes d’érosion (je suis sur limon battant) le temps que les cultures fassent leur chevelu racinaire. Sous la pluie, ça s’érode (même sous paille), et au soleil, ça sèche très vite. C’est raté, pour le coup.

    De plus, ça fait une surface de jeu pour les enfants qui s’en font un labyrinthe, idem pour les chats. Ca délimite très bien et très joliment les surfaces de culture. Là où il y a des “cuvettes”, ça se ressuie plus vite.

    Bref, mon avis n’est pas tranché sur la question, et je ne tiens pas à ce qu’il le soit. Je préfère de loin la lasagne, et encore plus la lasagne sauce picarde (ma chère terre natale), c’est-à-dire alimentée par une intercalaire de couverts végétaux poussée sur place et additionnée de BRF et feuilles mortes, dont je vise également l’auto-production.

    Je vais peut-être proposer à Gilles un petit article sur les lasagnes sauce picarde, où je vous parlerai et soumettrai à votre esprit critique mes propres réalisations.

    Amitiés et bonnes expériences,

    Benoît

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