Techniques naturelles au jardin : comment les adapter à votre sol et à votre climat

Paillage, BRF, engrais verts, buttes de culture… Les techniques naturelles ne manquent pas au jardin. Le problème commence lorsqu’une pratique intéressante dans certaines conditions est présentée comme une solution valable partout.

Un paillage épais peut être précieux sur une terre légère qui sèche vite en été, mais retarder le réchauffement d’un sol lourd et humide au printemps. Une butte peut faciliter le drainage dans certaines terres argileuses, alors qu’elle accentuera le dessèchement d’un sol déjà très filtrant.

Autrement dit, ce n’est pas la technique qui doit dicter votre manière de jardiner. C’est d’abord votre jardin qui doit guider le choix de la technique.

Nature du sol, climat, pluviométrie, exposition, cultures, eau disponible, matériaux à votre disposition ou encore temps que vous pouvez consacrer au jardin : tous ces éléments comptent. Voyons donc comment raisonner l’emploi de quelques techniques naturelles très répandues.

Avant de choisir une technique naturelle, observez vos conditions de culture

La texture du sol constitue un premier repère, mais elle ne suffit pas. Deux terres argileuses peuvent se comporter très différemment si l’une reste humide une bonne partie de l’hiver et si l’autre se trouve sur une pente bien drainée et exposée au sud.

De la même façon, un sol sableux en Bretagne et un sol sableux dans le Sud-Est n’imposent pas exactement les mêmes choix. La réserve en eau peut être faible dans les deux cas, mais les températures, les précipitations et la durée des périodes sèches changent considérablement.

Commencez par connaître votre sol

Avant de chercher à améliorer votre terre, regardez comment elle fonctionne. Est-elle légère et filtrante ? Lourde et lente à ressuyer ? Se compacte-t-elle facilement ? Forme-t-elle une croûte en surface après une forte pluie ? Reste-t-elle humide longtemps en hiver ?

Ces observations vous en apprendront davantage qu’une simple étiquette « sol argileux » ou « sol sableux ». Si vous avez un doute, commencez par mieux connaître la nature de votre sol.

Tenez compte de l’eau et du climat

Une technique qui accélère le ressuyage peut être intéressante dans une terre engorgée, mais devenir pénalisante lorsque l’eau manque. À l’inverse, une couverture permanente du sol sera particulièrement appréciable pendant un été chaud, mais pourra être écartée temporairement au début du printemps si elle maintient une terre froide et humide.

Le bon choix varie donc aussi au cours de l’année. Une pratique adaptée en juillet ne l’est pas nécessairement en mars.

Regardez également les cultures en place

Les besoins d’une courgette, d’un ail, d’une carotte ou d’un jeune plant de tomate ne sont pas identiques. Certaines cultures apprécient un sol frais et riche en matières organiques, tandis que d’autres supportent mal l’excès d’humidité.

Il faut aussi penser à la culture suivante. Un engrais vert ou un apport important de matière carbonée peut influencer les disponibilités en eau et en azote au moment où vous installerez vos légumes.

À retenirAvant d’adopter une technique parce qu’elle fonctionne chez un autre jardinier, posez-vous quatre questions :

  • Quel problème est-ce que je cherche réellement à résoudre ?
  • Comment se comporte mon sol ?
  • Quelles sont mes contraintes de climat et d’eau ?
  • Cette pratique convient-elle aux cultures présentes et à celles qui suivront ?

Le paillage : très utile, mais à adapter au sol et à la saison

Le paillage protège la surface du sol, limite l’évaporation de l’eau, freine le développement des herbes spontanées et, lorsqu’il est organique, alimente progressivement l’activité biologique.

Mais « pailler » ne signifie pas recouvrir systématiquement tout le jardin avec la même épaisseur et le même matériau.

Sur un sol léger et filtrant, une couverture organique devient particulièrement intéressante lorsque les températures montent : elle limite le dessèchement rapide de la couche superficielle et protège mieux la vie du sol. Une couche assez généreuse peut alors être pertinente, à condition de l’installer sur une terre déjà humide.

Dans une terre lourde, le paillage reste utile. Mais au début du printemps, si le sol est froid et chargé d’eau, je conseille plutôt de l’écarter temporairement ou de le maintenir peu épais. La terre se réchauffera et ressuyera plus facilement. Vous pourrez ensuite renforcer la couverture lorsque les conditions deviennent plus sèches.

Le matériau compte également. Quelques centimètres de tontes fraîches n’ont pas le même comportement qu’une épaisse couche de paille, de feuilles mortes ou de broyat.

Enfin, si votre jardin accueille de nombreux campagnols, limaces ou autres animaux profitant d’une couverture très dense, adaptez l’épaisseur au lieu de conclure que le paillage est mauvais.

BRF : un matériau intéressant qui demande quelques précautions

Le BRF, ou bois raméal fragmenté, est obtenu par broyage de jeunes rameaux et petites branches. Riche en cellulose et en lignine, il nourrit notamment l’activité fongique et participe, au fil de sa décomposition, à l’évolution de la matière organique du sol.

Il ne faut toutefois pas l’assimiler à un compost déjà décomposé. Le bois frais contient beaucoup de carbone. Les micro-organismes mobilisent de l’azote pendant sa décomposition et peuvent provoquer temporairement une faim d’azote, surtout si le BRF est mélangé à la terre juste avant l’installation d’une culture exigeante.

Au potager, je trouve donc plus prudent de l’utiliser principalement en surface ou, si vous souhaitez l’incorporer, de rester très superficiel et d’intervenir bien avant une culture gourmande.

En sol léger, le BRF peut contribuer à protéger la terre et, à terme, à améliorer sa teneur en matières organiques. Cela ne signifie pas qu’une couche de 10 cm soit systématiquement préférable : une épaisseur modérée, renouvelée selon sa décomposition, est plus facile à maîtriser.

En sol lourd, le BRF n’est pas interdit. Je déconseille simplement de mélanger une forte quantité de bois frais dans une terre qui manque déjà d’air ou reste longtemps saturée en eau. En surface, son comportement est beaucoup moins problématique.

Les buttes : une réponse à un besoin, pas une obligation

Butte de culture dans un potager sur sol léger
Chez moi, cette butte avait un intérêt dans ce sol léger et dans cette organisation du potager. Cela n’en fait pas une solution universelle.

La culture sur buttes a beaucoup séduit avec le développement de la permaculture. Pourtant, surélever une planche de culture n’améliore pas automatiquement un jardin.

Une butte augmente la surface de terre exposée à l’air. Elle se réchauffe et se ressuie plus rapidement. Ces caractéristiques peuvent constituer un avantage ou un inconvénient selon vos conditions.

Sur un sol léger déjà très filtrant, une butte peut accentuer le dessèchement. Je n’en construirais donc pas uniquement parce que la technique est présentée comme « permacole ». Elle peut néanmoins avoir un intérêt pour l’ergonomie, l’organisation des cultures ou dans un projet particulier.

Dans une terre lourde qui reste humide, un léger surélèvement ou des billons peuvent en revanche faciliter l’évacuation de l’excès d’eau autour de cultures qui le supportent mal. C’est notamment intéressant pour certains bulbes.

Entre ces deux situations, la question à vous poser est simple : qu’est-ce que cette butte va réellement améliorer chez vous ? Si la réponse n’est pas claire, vous pouvez probablement vous en passer.

Et les buttes dites « vivantes » ?

Les buttes constituées de différentes matières organiques peuvent fournir un support de culture riche lorsque la terre initiale est très pauvre, difficile à travailler ou lorsqu’on souhaite créer une planche surélevée.

Mais elles ne deviennent pas pour autant indépendantes du sol et du climat. Les matériaux se décomposent, la butte se tasse et son comportement évolue avec le temps. Une construction très riche en matières organiques devra également être suivie et entretenue.

Une butte n’est pas non plus la solution naturelle pour corriger un sol acide ou un sol calcaire. Dans bien des cas, il est plus judicieux de choisir des cultures adaptées et d’améliorer progressivement le fonctionnement du sol existant.

Faut-il enterrer du bois dans les buttes ?

Les buttes contenant du bois enterré ont été largement popularisées ces dernières années, notamment par les pratiques présentées par Philip Forrer.

Le bois en décomposition peut retenir une partie de l’humidité et participer à la constitution de matière organique. En revanche, affirmer qu’il crée une réserve d’eau rendant ensuite les arrosages inutiles va beaucoup trop loin.

Le résultat dépend de la nature du sol, du climat, des matériaux utilisés, de l’état du bois et de la manière dont la butte est construite. Dans une terre déjà fertile et fonctionnelle, le travail nécessaire à la réalisation d’une grosse butte avec bois enterré me paraît rarement justifié.

Dans une terre très humide, j’éviterais également d’enfouir de gros volumes de bois dans une zone où l’air circule mal et où l’eau peut stagner.

Engrais verts : utiles si leur rôle est clairement défini

Les engrais verts peuvent protéger une terre momentanément inoccupée, limiter l’érosion, produire de la biomasse et prélever des éléments minéraux qui seraient autrement susceptibles de migrer avec l’eau.

Leur système racinaire peut également contribuer à améliorer la structure de certaines terres. Quant aux légumineuses, elles bénéficient d’une symbiose avec des bactéries capables de fixer l’azote atmosphérique.

Mais un engrais vert est une culture vivante. Tant qu’il pousse, il consomme de l’eau et prélève des éléments minéraux. La date de destruction joue donc un rôle majeur, surtout avant une culture de printemps et dans les jardins où l’eau devient rapidement limitante.

Dans un sol léger et très filtrant, je reste particulièrement prudent. Si la terre est déjà meuble et que l’eau manque facilement, je ne sème pas un engrais vert simplement parce qu’une planche est momentanément libre. Je lui préfère parfois une couverture de matières organiques mortes.

En revanche, si ce sol léger est tassé, dégradé ou exposé à l’érosion, un couvert choisi pour son enracinement peut avoir un véritable intérêt. De même, une couverture hivernale peut être utile si elle est installée et détruite au bon moment.

Dans un sol plus profond ou plus lourd, les engrais verts trouvent plus facilement leur place, notamment pour produire de la biomasse et travailler la structure par leurs racines. Là encore, choisissez l’espèce en fonction du but recherché plutôt que de semer systématiquement le même mélange.

Paillage, BRF, buttes, engrais verts : quels repères selon votre sol ?

Le tableau suivant donne des tendances générales. Il ne remplace pas l’observation de votre jardin. Le drainage, le climat, la saison et l’eau disponible peuvent modifier la recommandation.

TechniquePrincipaux intérêtsSol léger et filtrantSol équilibré ou limoneuxSol lourd ou argileux
PaillageProtège le sol, limite l’évaporation, freine les herbes spontanées, nourrit le sol avec les matériaux organiques.Très intéressant pour limiter le dessèchement. Une couverture assez généreuse est utile en période chaude.Technique bien adaptée. Ajustez le matériau et l’épaisseur aux cultures et à la saison.Très utile également, mais évitez une couverture épaisse trop tôt au printemps sur un sol encore froid et humide.
BRFProtection du sol, apport de matière carbonée, soutien de l’activité biologique et amélioration progressive de la structure.Intéressant pour protéger et enrichir progressivement un sol pauvre en matière organique. Surveillez la disponibilité en azote pour les jeunes cultures.Utilisation possible en surface. Évitez d’incorporer une grosse quantité de BRF frais juste avant une culture exigeante.Utilisable en surface. Évitez surtout l’incorporation importante de bois frais dans une terre humide ou mal aérée.
Buttes de terreSurélévation, ergonomie, ressuyage plus rapide, organisation des planches.Peu intéressantes si le but recherché est agronomique : elles peuvent accentuer le dessèchement.Utiles surtout pour l’ergonomie ou l’organisation. Pas indispensables dans une terre qui fonctionne bien.Un léger surélèvement peut aider certaines cultures lorsque le drainage est insuffisant.
Buttes riches en matières organiquesCréation d’une planche surélevée, apport important de matières organiques, valorisation de certains matériaux disponibles.Peuvent être intéressantes sur une terre très pauvre, mais attention au dessèchement de la butte.À envisager seulement si elles répondent à un besoin précis. Une bonne terre n’a pas besoin d’être remplacée par une butte.Peuvent faciliter la culture sur un terrain difficile, à condition de ne pas créer une masse constamment saturée d’eau.
Buttes avec bois enterréValorisation du bois et apport progressif de matière organique.À envisager au cas par cas. Le bois ne dispense pas d’arrosage pendant les périodes sèches.Travail important dont l’intérêt est limité si le sol est déjà fertile et équilibré.Prudence dans les terres humides ou mal drainées. Évitez les gros volumes de bois dans une zone saturée en eau.
Engrais vertsCouverture du sol, production de biomasse, action racinaire, limitation des pertes de nitrates, fixation d’azote pour les légumineuses.À utiliser avec discernement. Dans ma pratique, je les réserve surtout à un besoin précis, comme un sol tassé ou dégradé, en tenant compte de la faible réserve en eau.Technique intéressante si l’espèce et la période sont adaptées à la culture suivante.Intéressants pour couvrir et travailler le sol par les racines. Choisissez les espèces et la date de destruction selon l’humidité et la culture suivante.

Partir du jardin, pas de la méthode

Paillage, BRF, engrais verts ou buttes peuvent tous rendre de précieux services. Aucun ne mérite pour autant d’être appliqué automatiquement.

Commencez par observer votre terre, votre climat, l’eau dont vous disposez et les contraintes de vos cultures. Demandez-vous ensuite quel problème vous cherchez à résoudre. La technique vient seulement après.

C’est cette manière de raisonner que je développe dans Mon Potager au Naturel : comprendre le fonctionnement de son jardin avant de décider comment intervenir.

Et si votre situation demande une réponse plus précise, vous pouvez également bénéficier d’un accompagnement personnalisé, basé sur vos propres conditions de culture.

Et chez vous ? Y a-t-il une technique que vous avez finalement adaptée, abandonnée ou au contraire adoptée après avoir mieux observé votre sol et votre jardin ? Vos retours d’expérience sont les bienvenus dans les commentaires.

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4 Commentaires
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Jessica
Jessica
11 mars 2016 15 h 20 min

Jardiner n’est pas facile, cela demande beaucoup de passion et de patience. Mes grands-parents ont un magnifique jardin, j’ai essayé d’en faire autant, mais le temps me manque, je suis assez occupé avec le boulot et les enfants… Du coup, mon jardin est un désastre. Merci pour les infos, elles me seront utiles.

pommier
pommier
15 janvier 2016 17 h 59 min

J’aimerai bien cultiver sur lasagne, mon terrain est argileux le climat est froid en hiver et chaud en été. Comment faire pour garder l’eau dans le sol des lasagnes dans un climat sec. Je mets beaucoup de BRF en hiver et au cours de l’année mais cela ne suffit pas. Un humus stable existe-t-il? Je mets aussi du fumier en automne. J’ai de belles tomates mais les légumes verts ne viennent pas très bien. Merci de me répondre

francis
francis
19 janvier 2016 8 h 23 min
En réponse à  pommier

peut etre un problème d’azote le lasagne est plus venté donc perturbé faire un essai sur 2 metre c’est la meilleur solution bonne journée

Mathieu cc
Mathieu cc
15 janvier 2016 11 h 21 min

Merci pour toutes ces informations utiles.
Bonne continuation