Préparations de plantes : purins, infusions, décoctions au jardin bio

Vous entendez parler de purins, d’infusions, de décoctions ou encore de macérations… et vous vous demandez ce qui se cache exactement derrière ces préparations de plantes utilisées au jardin ? Entre recettes « de grand-mère », dosages approximatifs et conseils parfois contradictoires, il est facile de s’y perdre.

Dans ma manière de voir le potager en permaculture, ces préparations ne sont pas des produits miracles, mais des compléments à un jardin déjà basé sur un sol vivant, la rotation des cultures et la biodiversité. Si vous découvrez le sujet, je vous invite d’ailleurs à commencer par mon article pilier sur la protection au naturel : protéger son potager au naturel (équilibre, biodiversité et astuces bio).

Dans cet article, nous allons donc poser calmement les bases : faire le point sur les principales préparations de plantes au jardin bio (purins, infusions, décoctions, macérations, extraits de fleurs), comprendre leurs grands principes de fabrication et leurs usages. Je vous indiquerai aussi des pistes pour aller plus loin, notamment avec des fiches détaillées plante par plante (ortie, consoude, prêle, tanaisie, etc.).

Pourquoi utiliser des préparations de plantes au potager ?

Si vous jardinez déjà en bio ou en permaculture, vous savez que la santé du potager commence par un sol vivant, des rotations de cultures, des associations judicieuses et une bonne dose de biodiversité. Les préparations de plantes viennent seulement en complément de tout cela. Elles ne remplacent ni l’humus, ni les haies, ni les insectes auxiliaires, et encore moins l’observation régulière du jardin.

Leur premier intérêt, c’est de vous rendre plus autonome. Avec quelques plantes communes du jardin ou des alentours, vous pouvez préparer des extraits qui aident à nourrir les cultures, à renforcer leurs défenses naturelles ou à limiter certains ravageurs et maladies. Le tout avec des ingrédients locaux, peu coûteux, et en gardant la main sur ce que vous appliquez réellement sur vos légumes.

Autre avantage important : ces préparations s’inscrivent dans une logique de jardinage doux. Bien utilisées, elles respectent le sol, la microfaune, les pollinisateurs et l’ensemble de l’écosystème. On reste sur des doses raisonnables, des interventions ciblées et des produits rapidement biodégradables, loin de la logique du « tout traiter, tout le temps ».

Pour autant, il est utile de garder les pieds sur terre. Les préparations de plantes ne sont pas des potions miracles qui effacent un sol compacté, un arrosage mal géré ou un manque de diversité au jardin. Leur efficacité dépend de nombreux facteurs (état des plantes, météo, stade de la culture, qualité de la préparation), et les résultats sont parfois plus subtils qu’un « avant/après » spectaculaire.

Enfin, leur utilisation demande un minimum de rigueur. Une fermentation incomplète, un dosage trop fort ou un mauvais moment d’application peuvent stresser les plantes plutôt que les aider. C’est pour cela qu’il est important de bien comprendre les grandes familles de préparations (purins, infusions, décoctions, macérations, extraits de fleurs) et leurs usages principaux. C’est précisément ce que nous allons voir dans la suite de cet article.

La récolte des plantes pour vos préparations

Consoude, utilisée pour mes préparations de plantes au jardin
Feuilles de consoude à récolter…

Pour obtenir des préparations efficaces, tout commence par la qualité des plantes. Choisissez des spécimens bien développés, sans traces de maladies ni d’attaques importantes de ravageurs. Feuilles jaunies, tiges noircies ou plantes affaiblies donneront des extraits moins intéressants, voire déséquilibrés.

L’idéal est de récolter en fin de matinée ou en début d’après-midi, par temps sec, lorsque la rosée est évaporée et que les plantes ne sont pas brûlantes. Selon les espèces, on visera plutôt les jeunes feuilles tendres, les sommités fleuries ou, plus rarement, les racines. N’hésitez pas à observer vos plantes quelques jours : c’est souvent à l’approche ou au début de la floraison que leur richesse en principes utiles est maximale.

Côté cueillette, restons raisonnables. Les récoltes sauvages doivent être clairsemées : prélevez seulement une partie des touffes présentes, en laissant suffisamment de plantes en place pour qu’elles puissent se régénérer et continuer à nourrir insectes, oiseaux et petite faune. Évitez également les zones polluées (bords de routes, parkings, abords immédiats des cultures traitées) et respectez la réglementation locale : certaines espèces sont protégées et la récolte est interdite dans des lieux comme les réserves naturelles.

Selon la saison et vos besoins, vous utiliserez les plantes fraîches ou séchées. Si elles ne sont pas employées tout de suite, étalez-les en fine couche dans un endroit frais, sec, bien ventilé et à l’abri du soleil direct. Retournez-les régulièrement pour éviter les moisissures. Une plante est correctement sèche lorsqu’elle se casse nettement entre les doigts au lieu de se plier.

Stockez ensuite les plantes séchées dans un local sain, à l’abri de la lumière, dans des sacs en papier ou en tissu, ou dans des boîtes en carton. Indiquez le nom de la plante et l’année de récolte : cela vous aidera à suivre vos stocks et à utiliser en priorité les lots les plus anciens, tout en gardant en tête qu’une plante séchée perd progressivement de son efficacité au fil du temps.

Les grandes familles de préparations de plantes

Les plantes peuvent être préparées de différentes façon en fonction de l’effet souhaité.

En effet, les effets peuvent parfois  être différents, voire opposés, selon la préparation utilisée.

Par exemple, un purin d’ortie aura un effet fertilisant mais, du fait de la forte teneur en azote, risque aussi d’attirer les pucerons… alors qu’une macération repoussera ces derniers, ainsi que les acariens.

Mais le but du présent article n’est pas de détailler les plantes utiles au jardin, mais simplement de présenter les techniques de base des différentes préparations de plantes.

Il s’agit donc ici de généralités. Les parties utilisées (plante entière, fleurs, feuilles, racines), quantités nécessaires à la préparation et même le temps de préparation peuvent en réalité différer selon la plante concernée.

Les Purins

Parmi les préparations de plantes les plus usitées au jardin, on trouve les purins, que l’on appelle aussi « extraits fermentés ». Ils concentrent une partie des éléments minéraux et des composés utiles présents dans la plante.

On les utilise surtout pour stimuler la croissance, renforcer la résistance des cultures et, selon la plante choisie, aider à prévenir certaines maladies ou à décourager quelques ravageurs. C’est le cas par exemple du purin d’ortie, très apprécié pour sa richesse en azote, du purin de consoude, plus riche en potasse pour la floraison et la fructification, ou encore du purin de prêle, intéressant en prévention des maladies cryptogamiques.

Voici comment préparer un purin :

  • Remplir un récipient (en terre, en bois ou en plastique mais en aucun cas en métal) de plantes fraîches. On peut également mettre la plante dans un sac perméable qui sera lesté pour être plongé dans le récipient
  • Compléter avec de l’eau de pluie
  • Couvrir en laissant une aération.
  • Remuer chaque jour : vous pouvez observer une mousse qui se forme à la surface.
  • Le purin est prêt à être utilisé quand il n’y a plus de mousse (1 ou 2 semaines).
  • Filtrer.

Selon les plantes, diluer le purin à 5 % (c’est-à-dire un litre de purin pour 20 litres d’eau) ou 10 % (1 litre de purin pour 10 litres d’eau) pour pulvériser sur les cultures et à 10 % ou 20 % (1 litre de purin pour 5 litres d’eau) pour arroser au pied des plantes.

On peut également utiliser certains purins en cours de fermentation (4 jours de fermentation au soleil). Les effets sont alors très puissants… mais peuvent causer des dégâts si l’on force sur les doses ou si l’on traite des plantes déjà fragilisées.

Ce purin d'ortie est bientôt prêt... il ne fait pratiquement plus de bulles...
Ce purin d’ortie est bientôt prêt… il ne fait pratiquement plus de bulles…
ça mousse, il faut attendre pour utiliser ce purin de consoude
ça mousse, il faut attendre pour utiliser ce purin de consoude

Les Infusions

Les infusions sont des préparations de plantes obtenues un peu comme une tisane : l’eau bouillante extrait en douceur certains composés solubles, sans fermentation. Elles conviennent bien aux plantes relativement fragiles ou riches en composés volatils, et s’utilisent surtout en prévention, pour renforcer les défenses naturelles des cultures ou limiter le développement de quelques maladies.

On prépare par exemple une infusion de tanaisie notamment comme anti-acariens et en préventif contre la mouche des semis.

Voici comment préparer une infusion, un autre type de préparation de plante utile au jardin naturel :

  • Faire bouillir de l’eau.
  • Plonger la plante fraîche ou séchée dans l’eau bouillante.
  • Laisser infuser pendant 24 heures.
  • Pulvériser la préparation non diluée de préférence le soir (éviter le soleil, sauf pour la prêle) et par temps sec.

Les Décoctions

Les décoctions sont particulièrement adaptées aux parties de plantes les plus dures : racines, tiges lignifiées, écorces, bulbes… Le fait de laisser tremper puis de faire bouillir permet d’extraire des substances qui se libèrent mal dans une simple infusion. On les emploie souvent pour des actions plus marquées, notamment sur certaines maladies.

Au potager, on utilise par exemple des décoctions de prêle pour renforcer les tissus des plantes et limiter les maladies cryptogamiques, ou encore la décoction d’ail, bien connue des jardiniers pour son effet répulsif et son intérêt dans la lutte contre le mildiou et autres champignons indésirables.

Voici comment préparer et utiliser une décoction de plante :

  • Mettre la plante fraîche ou séchée à tremper pendant 24 heures (eau de pluie)
  • Faire ensuite bouillir pendant 20 minutes.
  • Couvrir et laisser refroidir avant utilisation.
  • Pulvériser la préparation non diluée de préférence le soir (éviter le soleil) et par temps sec.

Les Macérations

Parmi les préparations de plantes, la macération présente notamment pour intérêt d’être très simple à obtenir. Ici, il n’y a ni fermentation, ni ébullition : on laisse simplement l’eau extraire en douceur certains composés actifs. Selon la plante utilisée, on obtient plutôt une action répulsive sur certains insectes ou limaces, ou un léger effet « coup de pouce » sur la vitalité des cultures.

On prépare par exemple une macération de fougères, traditionnellement utilisées comme répulsifs contre les pucerons lanigères. Là encore, l’idée n’est pas de « tout régler » avec une pulvérisation, mais de donner un petit avantage aux plantes déjà bien installées dans un jardin équilibré.

Voici comment procéder :

  • Mettre les plantes fraîches ou sèches à tremper dans de l’eau de pluie pendant 3 jours maximum.
  • Filtrer.
  • Pulvériser la préparation diluée ou non, selon la plante utilisée, de préférence le soir (éviter le soleil) et par temps sec.

Les Extraits de Fleurs

Tanaisie commune, un insectifuge puissant
Fleurs de tanaisie

Terminons cette petite présentation des préparations de plantes pour le jardin par les extraits de fleurs. Il s’agit de préparations plus concentrées, obtenues en pressant des fleurs fraîchement récoltées. Elles contiennent une partie des composés les plus « subtils » de la plante et s’utilisent en général à petites doses, souvent en complément d’autres pratiques de protection du potager.

On peut par exemple réaliser des extraits à partir des fleurs d’achillée millefeuille ou de tanaisie, deux plantes intéressantes pour soutenir la résistance générale des cultures et accompagner les soins apportés au jardin. Comme toujours, on veillera à rester raisonnable dans les quantités utilisées et à observer les réactions des plantes.

  • Cueillir des fleurs tout juste écloses.
  • Humidifier-les et hacher-les (hachoir, mixeur).
  • Mettre la mixture dans un sac (étoffe fine) et presser pour en extraire le liquide.
  • L’extrait obtenu pourra être conservé dans des bouteilles fermées (bouchon en liège de préférence).

 

Si les préparations de plantes ne sont pas utilisées tout de suite, on peut les conserver quelques temps dans des bouteilles en verre ; l’effet diminuant avec le temps…

Les résidus de préparations restants après filtrage iront au compost ou seront simplement épandus sur les planches de culture.

Tableau récapitulatif : quelles préparations utiliser selon les besoins ?

Pour terminer ce tour d’horizon, voici un tableau qui résume les principales caractéristiques des différentes préparations de plantes. Il ne remplace pas l’expérience au jardin, mais il vous donnera des repères pour choisir plus facilement le type de préparation adapté à votre situation.

Type de préparationPrincipeParties de plantes utiliséesUsages principaux au potagerExemples de plantesMode d’application et dilution
Purins (extraits fermentés)Fermentation de plantes dans l’eau de pluie pendant plusieurs joursSurtout parties aériennes (feuilles, tiges)Stimulation de la croissance, renforcement des défenses, aide à la prévention de certaines maladies et ravageursortie,
consoude,
prêle,
tanaisie
Arrosage au pied ou pulvérisation selon la plante, dilutions fréquentes entre 5 % et 20 %
InfusionsPlantes plongées dans l’eau bouillante puis laissées à infuserFeuilles tendres, sommités fleuriesRenforcement général des plantes, prévention de certaines maladies, soutien en période de stressprêle,
achillée millefeuille, camomille
Pulvérisation en général non diluée, de préférence le soir ou par temps couvert
DécoctionsMacération à froid puis ébullition prolongée pour extraire les composés des parties duresRacines, tiges lignifiées, bulbes, écorcesAction plus marquée sur certaines maladies, renforcement des tissus des plantesprêle,
ail
Pulvérisation en général non diluée, plutôt en prévention ou en début d’attaque
MacérationsPlantes simplement mises à tremper quelques jours dans l’eau de pluieFeuilles, fleurs, parfois jeunes tigesEffet répulsif sur certains ravageurs, léger soutien de la vitalité des culturesfougère, fleurs de tanaisie, rhubarbePulvérisation parfois légèrement diluée selon la plante, interventions ponctuelles sur cultures sensibles
Extraits de fleursFleurs fraîchement récoltées, hachées puis pressées pour en extraire le jusFleurs tout juste éclosesPréparations concentrées, utilisées à petites doses pour accompagner les soins au jardinachillée millefeuille,
tanaisie
Quelques gouttes ou petites doses diluées, en complément d’autres pratiques de protection

Quelques plantes utilisées pour mes préparations naturelles

Retrouvez toutes mes préparations naturelles à base de plantes (préparations, utilisations spécifiques) dans Mon Potager au Naturel.

 

FAQ – Préparations De Plantes Au Jardin Bio

Quelle est la différence entre purin, infusion, décoction et macération ?

Le purin est une fermentation, l’infusion une tisane refroidie, la décoction passe par l’ébullition et la macération consiste à laisser tremper les plantes sans chauffer.

Les préparations de plantes peuvent-elles remplacer tous les traitements au jardin ?

Non. Elles complètent d’abord un sol vivant, la biodiversité et de bonnes pratiques culturales. Elles peuvent aider, mais ne compensent pas un jardin déséquilibré ou mal conduit.

Faut-il toujours diluer un purin avant usage ?

Oui, la dilution est essentielle. Un purin utilisé pur peut brûler le feuillage et stresser les plantes. On reste généralement entre 5 % et 20 % selon la situation.

Peut-on pulvériser ces préparations en plein soleil ?

Mieux vaut éviter. En plein soleil, les gouttes peuvent provoquer des brûlures et les plantes sont déjà sous stress. On traite plutôt tôt le matin ou en fin de journée.

Combien de temps conserver un purin ou une autre préparation ?

En général, quelques semaines au frais, à l’abri de la lumière, dans des contenants bien fermés. Au-delà, l’odeur et l’efficacité se dégradent nettement, surtout par temps chaud.

Peut-on utiliser le même purin pour toutes les cultures ?

Non, chaque purin a ses spécificités. Le purin d’ortie stimule surtout la croissance, celui de consoude accompagne floraison et fructification, la prêle agit surtout en prévention des maladies.

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