orties

N’abusez pas du Purin d’Ortie !

L’ortie est aujourd’hui bien connue des jardiniers.

Elle est considérée par beaucoup comme une plante miracle. Et de fait, on peut facilement constater les effets spectaculaires du purin d’ortie sur les plantes de notre jardin.

Un bon arrosage sur une plante moribonde et, quelques jours après, cette dernière change radicalement d’aspect. De terne et manquant de vigueur, elle devient rapidement très verte et vigoureuse…

Une super plante donc pour un potager naturel !

Oui, mais… je constate, notamment à travers les questions qui me sont posées par des adhérents à ma prestation de coaching, que le purin d’orties n’est pas toujours employé à bon escient.

Et pire encore, que les conséquences d’une mauvaise utilisation sont fréquentes… et souvent catastrophiques.

Mais avant de voir cela plus en détail, commençons par voir comment préparer, très simplement, un bon purin d’ortie.

Préparation du purin d’ortie

Tapis d'ortie à disposition
Tapis d’ortie à disposition

La préparation d’ortie la plus connue et la plus communément employée est le purin d’ortie :

  • Remplissez un récipient  (en terre, en bois ou en plastique mais en aucun cas en métal) de plantes fraîches. complétez avec de l’eau de pluie.
  • Couvrez en laissant une légère aération (une petite cale empêchant la fermeture complète du couvercle est très bien.
  • Remuez chaque jour : vous pouvez observer une mousse qui se forme à la surface.
  • Le purin est prêt à être utilisé quand il n’y a plus de mousse (1 ou 2 semaines)
  • Filtrez.
  • Diluez le purin à 5% pour pulvériser et à 10% pour arroser au pied des plantes.

Utilisation du purin d’ortie

Le purin d’ortie est un engrais azoté à effet rapide.
Il est utile pour :

  • le développement de la végétation;
  • redonner de la vigueur à une plante en état de faiblesse (le manque d’azote se caractérise par une faible croissance et une teinte jaunâtre du feuillage);
  • renforcer les défenses naturelles des plantes.

Le purin d’ortie est très puissant. Il est donc essentiel de le diluer, que ce soit pour arroser au pied des plantes, ou pour une pulvérisation sur le feuillage.

Vous ne me croyez pas ? Arrosez n’importe quelle plante avec du purin d’ortie non dilué en mouillant le feuillage… vous ne tarderez pas à voir le résultat : le feuillage va noircir puis mourir…

Une caractéristique qui confère au purin d’ortie une fonction supplémentaire :  c’est un désherbant très efficace.

Pourquoi ne faut-il pas abuser du purin d’ortie ?

Cette culture de pommes de terre n'a pas, ou plus, besoin de purin d'ortie : sa végétation est déjà très vigoureuse...
Cette culture de pommes de terre n’a pas, ou plus, besoin de purin d’ortie : sa végétation est déjà très vigoureuse…

L’excès d’azote attire les pucerons en masse. En d’autres termes, une plante trop vigoureuse constitue un attrait indéniable pour les pucerons et quelques autres ravageurs (pour éloigner les pucerons on utilisera une macération comme nous allons le voir plus bas).

Notez ici que les légumineuses (au potager : pois, fèves, haricots) captent l’azote atmosphérique. Elles n’ont donc pas besoin d’azote supplémentaire. Le purin d’ortie n’est donc pas utile pour ce type de plantes… Il est même néfaste, car du fait qu’elles contiennent beaucoup d’azote, elles sont naturellement très attractives pour les pucerons… Ajoutez un peu de purin d’ortie, et c’est l’invasion presque assurée.

Nous en avons déjà parlé sur le blog (voir ici), mais une plante très (ou plus exactement trop) vigoureuse n’éprouvera pas le besoin de se reproduire (voir ici).

Ainsi, si l’on abuse du purin d’ortie en période de floraison, on continuera à favoriser la croissance de la plante cultivée (croissance excessive se caractérisant par un développement du feuillage très important). au détriment de sa floraison et donc de la production (c’est particulièrement vrai pour les légumes fruits : tomates, concombres, aubergines, melons, courges et courges).

De même, des arrosages ou traitements tardifs au purin d’ortie favoriseront la croissance du feuillage, au détriment du développement des racines, tubercules, bulbes… Ce déséquilibre rend la plante plus vulnérable aux maladies et autres attaques parasitaires.

Autres préparations à base d’ortie

L’ortie est également employé sous forme de macération ou d’infusion.

Ces préparations permettent un emploi plus rapide que le purin. Et leurs effets sont différents.

La macération d’ortie

La macération est utile pour renforcer les plantes cultivées contre les attaques de pucerons ou acariens.

Préparation de la macération d’ortie :

  • Mettez les plantes fraîches à tremper (100g pour 1 litre d’eau) pendant 12 heures (pour une utilisation en curatif) ou 2 à 3 jours (pour une utilisation en préventif).
  • Placez si possible le récipient au soleil.
  • Filtrez.

Utilisations de la macération d’ortie :

  • Pulvérisez en préventif  (avant éclosion des bourgeons et à l’apparition des jeunes feuilles) une macération de 2 ou 3 jours diluée 50 fois ;
  • Pulvérisez en curatif (donc en cas d’attaque importante) une macération de 12 heures maximum, non diluée. Répétez l’opération 2 à 3 fois par semaine jusqu’à disparition des indésirables.

L’infusion d’ortie

L’infusion d’ortie est notamment utilisée pour protéger les choux d’une invasion de charançon gallicole.

  • Découpez finement 200 g de feuilles fraîches.
  • Placez dans un récipient non métallique et versez 1 litre d’eau bouillante.
  • Couvrez et laissez infuser jusqu’à refroidissement.
  • Laissez reposer 24 heures.
  • Filtrez et pulvérisez non dilué dans les jours qui suivent sur les jeunes plants de choux.

Conclusion

L’ortie est certes une plante utile pour redonner de la vigueur à une plante faible ou encore pour renforcer les défenses naturelles des plantes cultivées.

Mais, dans un potager naturel, il convient toutefois de ne pas en abuser sous peine de créer des déséquilibres (en ce sens, on peut tout à fait comparer l’ortie à un engrais chimique à effet rapide).

Le purin d’ortie favorisera la croissance initiale mais par la suite préférez la consoude, plus adaptée à la floraison, à la fructification ou encore au développement des tubercules ou autres bulbes (ou éventuellement un mélange ortie/consoude).

Et plutôt que d’avoir recours à cet engrais “coup de fouet”, il est préférable de tout faire pour favoriser la fertilité naturelle de son sol, ceci par des apports de matières organiques, que ce soit par une couverture permanente (paillage*, BRF, engrais verts) et/ou par des apports réguliers de compost ou de fumiers animaux.

En résumé, le purin d’ortie doit être considéré comme un complément de fertilisation.

Mais la réussite de votre potager reposera avant tout sur des pratiques adaptées à vos conditions de culture (climat, sol, environnement naturel…). Ces techniques sont détaillées dans Mon Potager au Naturel.

*On peut d’ailleurs très bien pailler avec quelques feuilles d’orties fraîches ; les effets seront alors plus modérés mais aussi plus durables.

 

 

Pour des cultures saines, cliquez ici

 

 

  • Bravo Gilles pour attirer l’attention sur ces aspects particuliers de l’utilisation du purin d’ortie en excès !
    Que faut il penser du purin de luzerne en complément ou suite dans la saison (chez moi je n’ai pas de consoude et le temps qu’elle pousse..)
    Merci si quelqu’un a une expérience.

  • En effet, mal utilisé le purin d’ortie peut être catastrophique. Pour traiter contre les pucerons sur les fèves (et sur conseil d’un ami) j’ai supprimé les pucerons mais j’ai également fait crever tous mes plants de fèves. J’ai pu constater que sur cet emplacement, les plantations suivantes n’ont rien donné. Merci pour ces conseils très éclairés.

    • Eau de pluie signifie qu’il faut éviter les eaux javellisées du robinet !
      On peut également utiliser eau de puits, eau de source…
      Si tu ne disposes pas d’une eau exempte de chlore il est possible de laisser une eau du robinet s’aérer pendant quelques heures …
      Une occasion de porter attention à l’intérêt de fabriquer une cuve de récupération d’eau de pluie : facile et vraiment écolo !

      • Bonsoir Roland et à vous tous.
        De l’eau du robinet j’en consomme et pour faire évaporer le chlore il faut du froid, je place ma cruche au réfrigérateur la veille et le lendemain thé et boisson sans goût de chlore garantie.
        Par contre encore bravo à Gilles pour son blog et ses conseils, très bon article et surtout détaillé comme d’habitude.

  • J’aimerais comprendre pourquoi on ne peut pas faire du purin d’ortie dans une bassine en métal… tout le monde dit de ne pas le faire j’entends …
    Mais j’aimerais comprendre

  • Audrey je ne sais pas exactement mais on peut penser que la formation du purin d’ortie, étant une fermentation, elle passe par un stade d’une certaine acidité qui serait corrosive sur le métal. Bien visible par les bulles qui se forment au début…. Processus identique dans d’autres fermentations par exemple fermentation du raisin pour donner le vin…

  • bonjour, concernant la macération d’ortie en préventif puceron, faut il la diluer 5 ou 50 fois comme indiqué après 3 jours de macération ? Merci de votre réponse. Olivier

  • Bonjour j ai semée un pelouse le 1er mai
    la pelouse pousse irrégulier ( mauvais terre par endroits suite à un terrasement ) puis je utiliser le purin d orties et à quel dose merci

  • De bon conseils à retenir, merci! Une précision toutefois concernant les quantités/poids pour faire le purin de base. J’ai lu qu’il fallait 1 kg d’orties pour 10 litres d’eau de pluies. Pourriez vous confirmer ces quantités et/ou y apporter des précisions. Merci pour votre temps.

  • J’ai récolté de jeunes pousses d’orties (nous ne sommes qu’à mi-avril )pour faire ma macération . Depuis 2 semaines ,rien ne semble se passer dans ma cuve : pas de bulles ,pas de mousse ,pas la moindre odeur de purin qui naisse …Serait-ce parce qu’il s’agit de jeunes pousses ? Ou parce qu’il fait encore trop froid ? L’an passé ,je m’y étais pris plus tard (en juillet ) et cela avait pourri très vite .