Fiche culturale pour le jardinier bio-logicien: Le Seigle dans les couverts végétaux

Bonjour, comme promis la série des fiches de culture pour les plantes à semer en engrais verts, couverts végétaux ou inter-culture débute.

J’ai choisi de vous parler, en premier, d’une plante déterminante dans la plupart de nos mélanges, et ce pour plusieurs raisons : Le Seigle.

Présentation du seigle

Il est avec l’épeautre le plus ancien des grains à farine panifiable de nos régions. Ses origines se localisent probablement dans la zone des Balkans et en Asie Mineure (Afghanistan et Iran). La farine de seigle est encore très prisée en Asie mineure et en Europe de l’est, jusqu’en Scandinavie, malheureusement moins en Europe de l’Ouest. N’oublions pas, tout de même, qu’il est l’ingrédient de base de notre cher pain d’épices !

Son utilisation en couvert s’impose assez rapidement au jardinier bio-logicien. Les avantages du seigle sont nombreux, ses inconvénients sont… inexistants, pour peu que certaines précautions soient prises (j’y reviendrai).

Avantages du seigle

Voici en somme ses caractéristiques les plus intéressantes pour nous :

  • Son effet de structuration sur les sols est impressionnant, plus encore que celui des autres graminées. C’est l’une des céréales panifiables qui produit le plus de chevelu racinaire. Un seul pied de seigle peut produire jusqu’à 600 kilomètres de racines. Ou, vous avez bien lu. Pour un blé, ça tourne aux alentours de 200 Km, ce qui fait tout de même 12 milliards de Km de racines à l’hectare. Le seigle peut donc en produire jusqu’à 36… Autrement dit, il bosse bien mieux que n’importe quel outil ou autre intrant briseur de texture.

  • Le Seigle est hivernant, c’est-à-dire non-gélif. D’où procède qu’il devrait servir de base à une majorité de mélanges hivernants. Il peut très bien se semer en pur, et dans ce cas il y a tout intérêt à le semer très dense. Il est d’une rusticité et d’une robustesse à toute épreuve. Il pousse même en Finlande !

  • Il peut « monter », pour les variétés anciennes les plus adaptées à nos climats, à 1,90m de haut, sans souffrir d’aucune verse. Sa tige est très ligneuse, donc d’une grande solidité. Il peut produire (seul !) jusqu’à 6 tonnes de matière sèche à l’hectare. La quantité de paille (paramètre essentiel pour nous) est donc énorme. De plus, le seigle est très ligneux. Le couvert durera longtemps et, riche en carbone, donnera à la vie du sol une abondante nourriture. Donc, une humification importante et une restitution d’azote tout aussi importante. CQFD !

  • Le semis est l’un des plus tardifs que l’on connaisse. Préconisé maximum au 15 septembre pour lui donner toutes ses chances et du confort dans son cycle, le seigle aime le froid et, pour les retardataires, peut être semé beaucoup plus tard. J’ai fait un semis de seigle en mélange cette année… Le 24 novembre. Ceci étant, la date du 15 septembre, voire plus tôt semble intéressante, car c’est à l’automne que le seigle va « taller » (produire plusieurs tiges à partir d’un seul plateau de tallage), donc produire son maximum de biomasse. Le cycle végétatif du seigle pour un semis d’automne est à 250 jours (un peu moins pour nos utilisations, où il est roulé ou fauché à floraison).

  • Le Seigle a un effet allélopathique très fort sur la famille des amarantes, et sur le pourpier.

  • La quantité de paille, hormis la nourriture fournie au sol et à son système, permet par une bonne couverture de classer le seigle comme un très bon désherbant.

  • Le Seigle est moins sensible aux maladies que d’autres poacées courantes, comme l’orge ou l’avoine.

  • Le seigle est très appétant pour les pucerons et les limaces, d’où l’opportunité de semer très dru.

  • Le seigle est une très bonne CIPAN en grandes cultures, c’est-à-dire qu’il évite par son enracinement et sa croissance très vigoureuse au printemps que les minéraux du sol ne descendent dans le profil, pour finir dans la nappe. C’est autant d’azote – entre autres -qui sera rendu disponible pour vos prochaines cultures lorsque le seigle tendra vers l’humification, puis la minéralisation sous l’effet du travail de la faune/flore du sol.

Inconvénients du seigle

La conduite est assez simple et ne souffre que deux inconvénients, mineurs et facilement contournés :

  1. D’une part, le seigle peut s’avérer parasité par l’ergot de seigle, substance médicinale mais toxique à haute dose. L’ergot de seigle était par exemple une substance facilitatrice de la phase de « délivrance » des femmes en couche (libération du placenta). Hofmann pour sa part en a extrait les substances actives du LSD. L’ergot est propagé par les autres graminées qui bordent la culture de seigle. Il suffit de bien les désherber pour éviter cet inconvénient. Donc, surveillez les passe-pieds, ou semez-les en trèfle, en luzerne, ou autre chose, tant que ça n’est pas une graminée.

  2. D’autre part, le seigle peut s’avérer de destruction plus sensible que ses autres consoeurs, si on le porte jusqu’à la récolte. Il peut repartir sur sa canne et recommencer à taller. Après tout, c’est une bisannuelle… De deux choses l’une : Soit on l’utilise en couvert strict, et dans ce cas il sera roulé au stade floraison avancée (ce qui lui sera fatal), soit on choisit de lui laisser faire son cycle complet pour récolter la graine, et dans ce cas il faut bien le faucher et le couvrir d’une autre épaisseur de paille, d’une bâche d’ensilage, ou même les deux.

Cultiver le seigle

Toujours pour ce qui est de sa conduite, le seigle se sème à une densité variant de 25 à 80 Kg/Ha.

Il est conseillé de le semer dense, même en mélange, pour le préserver des maladies, assurer un maximum de biomasse et parer aux aléas de levée.

Il appréciera un sol décompacté (grelinette ou culture précédente à fort enracinement), et du compost bien décomposé au moment du semis.

Toujours dans l’idée de fertiliser les couverts plutôt que les cultures, dans le but d’en multiplier les effets bénéfiques. Un gros couvert donnera toujours plus de nourriture vivante au sol, le fertiliser décuplera son effet. La culture se trouvera elle aussi fertilisée, de fait. C’est exponentiel.

A noter que le seigle supporte très bien une levée sous un mince couche de paille (comme un paillage léger ou les résidus des cultures précédentes).

Autres utilisations du seigle

Le seigle, hormis son utilisation en couvert, peut très bien être cultivé pour sa graine, de laquelle on tirera de nombreux produits, aux nombreux bienfaits : Farine complète, graines à germer ou à bouillir, production de semence.

Sur un plan nutritionnel, il est particulièrement indiqué pour la faible quantité de glucides qu’il contient, ses acides gras mono-insaturés (bonnes graisses), et sa teneur en acides aminés essentiels, qu’il est une des rares céréales à contenir tous. Il possède des vertus dépuratives du sang.

Il assouplit les vaisseaux circulatoires, active la circulation sanguine, et agit en préventif de la constipation. Il contient peu de gluten. Il aide à accumuler les minéraux, plus particulièrement le fer l’acide folique et le fluor.

Il est particulièrement recommandable dans le cas de régimes sportifs ou régimes végétariens, encore plus dans le cas d’un végétarisme strict. Il est l’allié essentiel du sportif d’endurance. Gustativement parlant, les goûts et les couleurs ne se discutent pas mais, bien qu’il soit un peu plus rustique et rude que des flocons d’avoine pour le petit déjeuner, c’est un vrai délice, sous toutes ses formes…

J’espère vous avoir été d’un quelconque secours au sujet de cette plante, de son utilisation au potager, de sa conduite et de l’appréciation des ses avantages, aux premiers chef desquels son fruit (délicieux et portant la santé humaine à son plus bel éclat).

J’avoue n’être pas tout à fait objectif à propos du seigle, ce n’est pas sans raison que j’ai choisi de le traiter en premier. Je suis particulièrement admiratif de cette plante, amoureux même, je le considère comme tout à fait à part, toutes espèces confondues.

Amitiés,

Benoît

  • Salut Benoit, et merci pour cet article. Le seul problème avec cet engrais vert, comme avec beaucoup d’autres, c’est qu’en septembre, au jardin, il n’y a pas beaucoup de place libre. En tout cas, pas chez moi 😉
    Peux-tu nous dire, dans ta rotation, après quelle culture tu le mets en place ?

    à bientôt,

    Jérôme

    • Salut Jérôme,

      En fait, j’en ai deux utilisations. Soit en intercalaire, soit en dérobé.

      Par exemple après une planche de mesclun d’été ou de laitue à couper arrivant sur sa fin, je le sème tout juste après la dernière coupe (en mélange pour préparer l’hiver), une petite couche de compost et/ou menue-paille, et je laisse le tout se débrouiller jusqu’au printemps, de toute façon la salade est gélive…

      Ca peut aussi se semer à la volée dans une planche non encore récoltée, qui restera une bonne partie de l’automne en terre, comme les carottes. Le temps que le couvert lève, j’ai le temps de sortir mes carottes.

      Par exemple, cette année, j’ai prévu de semer en dérobé un mélange couvre-sol hivernant sur mes planches de choux, une fois que le reste (à cycle plus court que le chou) aura été récolté (typiquement, je fais choux/radis/épinards, ou chou frisé/laitue à couper ou à petite pomme).

      Mais sinon, ma méthode est celle qui serait impossible à tenir pour un pro comme toi, à savoir que l’assolement d’une planche est construit comme ça: Un culture/un couvert/une culture/un couvert/une culture/un couvert, et ainsi de suite.

      Donc, la moitié de ma superficie est constamment semée en couvert.

      Le but, c’est l’auto-fertilité de ma terre, grâce à une production continue, une absence stricte de travail mécanique, et une couverture constante (si possible vivante).

      Je me donne un peu de temps pour fonctionner comme ça, histoire de bien lancer le système. Une fois que ça tournera bien, peut-être pourrai-je me permettre de fonctionner avec un seul gros couvert par an, et maintenir la fertilité avec des amendements organiques (BRF, pailles, foin, composts, couvres-sols vivants (exemple du trèfle sur une planche de choux)).

      A bientôt,

      Benoît

  • Et une autre piste, c’est de trouver des couverts qui me produisent quand même un petit peu de nourriture.

    Par exemple Sorgho Grain / Soja Edamame/Courge. D’une part j’ai de la biomasse à max (surtout si le sorgho tient ses promesses), et quand même de quoi manger. J’ai de quoi nourrir mon ventre ET mon sol. Reste à savoir si pour le sol, les retours de matières fraîches seraient suffsants dans un tel système ou si je dois mettre une « perfusion » de paille, de compost ou de brf.

  • Merci Benoit pour tes réponses.
    J’aime bien l’idée du semis à la volé dans les carottes avant récolte. Ça je pourrai le faire.
    Sinon, je te rejoins à fond sur la dernière idée : avoir des cultures successives / permanentes dont je peut récolter tout ou partie, pour que le sol soit toujours couvert de plantes que l’on consomme. Et en non-travaille du sol, il suffit de très peu d’apports extérieurs pour compenser la part que l’on mange. Pour ma part ce sont les « tontes » du verger et les feuilles des chênes voisins qui comblent ces apports.
    A+
    Jérôme

    • Salut Jérôme,

      L’inverse existe aussi !

      C’est-à-dire, que je vais essayer de repiquer directement mes micro-mottes dans un couvert vivant et en place, à faible développement, et/ou en début de culture. Exemple: Repiquage de choux frisés, de romaines et de fèves dans un couvert installé trèfle blanc/luzerne.

      La plante repiquée est en avance, donc niveau concurrence (s’il existe bien une concurrence entre les végétaux, ce que rien ne me permet d’affirmer fermement dans mon expérience jusqu’à présent) elle a déjà gagné !

      Ce qui me permet de laisser mon trèfle/luzerne monter à graines et se re-semer pour la culture et la saison suivante.

      En gros, mon postulat, c’est qu’un couvert vivant, c’est encore mieux que la paille ou le BRF, une fois la vie revenue.

      Deux belles rangées de poireaux dans un couvre-sol de fraises des bois… Tu vois le truc ?

      Le seul hic que je vois pour l’instant, c’est la nécessité d’alimentation carbonée. Je suis pas au point sur la question. En gros, trèfle et luzerne c’est bien beau, mais niveau biomasse – donc quantité de carbone restituée – j’ai des doutes .

      Bonnes cultures à toi, à bientôt pour la Vesce !