Mouche du poireau (mineuse) : symptômes, périodes à risque et protections naturelles

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La mineuse du poireau, qu’on appelle aussi mouche du poireau, fait partie de ces ravageurs discrets… jusqu’au jour où le poireau a l’air de s’être affaissé « sans raison ». En réalité, la larve creuse des galeries dans le fût, et quand on s’en aperçoit trop tard, la plante peine à repartir. Bref : mieux vaut la prendre de vitesse.

Dans cet article, je vous propose une approche simple, adaptée à un potager naturel : reconnaître les symptômes, comprendre les périodes à risque, puis mettre en place les protections qui marchent vraiment (spoiler : le filet bien choisi fait une grosse partie du travail).

  • Repérer vite les piqûres alignées et les premiers jaunissements du feuillage.
  • Protéger au bon moment, surtout au printemps et à l’automne, quand les pontes sont les plus probables.
  • Éviter la « reprise automatique » l’an prochain en gérant correctement les plants atteints.

Originaire d’Europe centrale, la mineuse du poireau est apparue en France en 2003, d’abord en Alsace, puis elle a peu à peu étendu son territoire sur pratiquement toute la France.

Et le poireau n’est pas le seul concerné : la mouche du poireau peut aussi s’attaquer à d’autres alliacées (oignon, ail, échalote, ciboulette). Si vous cultivez plusieurs de ces légumes, autant le savoir tout de suite : la prévention se pense « en planche », pas poireau par poireau.

Mouche du poireau (mineuse) : la reconnaître vite

À quoi ressemble la mouche du poireau ?

mouche mineuse du poireauLa mouche du poireau (Phytomyza ou Napomyza gymnostoma) est un minuscule insecte diptère (environ 3 mm) à peine visible à l’œil nu.

Si vous pouvez l’observer de très près (ou avec une loupe), vous verrez que cette mouche a le front et la partie ventrale de l’abdomen jaunes.

Les premiers signes sur le feuillage

La femelle adulte commence par piquer les feuilles externes du poireau, pour se nourrir du suc.

On peut alors observer des traces blanchâtres, alignées le long du feuillage.

La larve mineuse, responsable des dégâts

Larve de la mouche (mineuse) du poireau
Larve de la mouche du poireau

Elle profite ensuite de ces incisions pour pondre ses œufs, dans les tissus cellulaires des feuilles externes du poireau.

La larve qui en découle est un petit asticot, de couleur jaune pâle et mesure environ 6 mm de long.

Et, comme pour la teigne, c’est la larve qui cause de vrais dégâts…

Les larves de la mouche du poireau vont en effet « miner » (d’où le nom) le fût en y creusant des galeries, et ce, jusqu’à sa base.

Mineuse ou teigne du poireau : ne pas confondre

On confond souvent les dégâts de la mineuse du poireau avec ceux de la teigne (un papillon).

Essayons de les distinguer de suite.

Info : mineuse ou teigne du poireau ? les dégâts qui permettent de trancher

Les deux ravageurs peuvent finir par abîmer le fût, mais ils ne laissent pas les mêmes « signatures » sur le feuillage, ni au moment où l’attaque démarre.

Mineuse (mouche du poireau)

  • Dégâts visibles (feuillage) : de petites piqûres très typiques, sous forme de points/taches blanchâtres ou décolorées régulièrement alignés sur les feuilles (souvent le premier signe).
  • Dégâts internes : les larves creusent des galeries plutôt rectilignes en se dirigeant vers la base, puis s’installent dans le fût. À l’ouverture, on peut trouver des galeries et des pupes (brun rougeâtre) logées dans les tissus.

Teigne du poireau (chenille)

  • Dégâts visibles (feuillage) : des feuilles minées puis perforées (trous, galeries dans le limbe). Le feuillage peut ensuite prendre un aspect lacéré et se déchirer, surtout quand les feuilles grandissent et s’ouvrent.
  • Dégâts internes : après un début de vie dans les feuilles, la larve peut quitter les mines et s’enfoncer à l’intérieur du poireau, entre les feuilles centrales. À la coupe, on peut retrouver des galeries dans le fût et, quand l’attaque est forte, un cœur affaibli et plus sensible aux pourritures.

Si vous hésitez : points blanchâtres alignés = on suspecte d’abord la mineuse ; feuilles minées puis trouées/lacérées = la teigne est souvent un meilleur candidat (à confirmer en ouvrant un fût atteint).

Périodes à risque : quand a lieu la ponte ?

Deux générations par an (printemps et fin d’été-automne)

Il y a 2 générations par an :

  • Une au printemps (d’avril à juin) qui sera souvent fatale, car ayant lieu sur de jeunes plants ;
  • Une à partir de la fin de l’été et jusqu’en novembre.

Symptômes qui apparaissent souvent en premier

Poireaux attaqués : le feuillage jaunit puis s'affaisse...
Les dégâts deviennent très visibles : le feuillage jaunit puis les plants commencent à s’affaisser…

On observe d’abord sur les feuilles des taches alignées et décolorées (jaunâtres).

Puis, le plant va progressivement être évidé.

Il va alors s’éclater et s’affaisser, pour finalement pourrir (ça dépend de la précocité de l’attaque).

Où l’insecte passe l’hiver (et pourquoi ça revient l’année suivante)

L’insecte passera l’hiver à l’état de pupe (de couleur brun-rougeâtre) bien cachée au sein des tissus cellulaires du fût…

Mineuse du poireau - pupe
Pupe de la mineuse du poireau

La recrudescence de la mouche est donc plus que probable l’année suivante si on ne fait rien…

Quand protéger « en pratique »

Retenez surtout une règle simple : si vous voulez éviter les pontes, c’est pendant les fenêtres avril → juin et fin d’été → novembre qu’il faut être le plus rigoureux. Selon les régions et la météo, ces périodes peuvent bouger un peu, mais l’idée reste la même : on anticipe, parce qu’une fois la larve installée dans le fût, elle est bien protégée.

Prévenir au naturel : ce qui compte vraiment

Tout comme pour la teigne, c’est avant tout en préventif qu’il convient d’agir contre la mineuse du poireau.

Favorisez la biodiversité pour limiter les populations de mouche du poireau

Comme toujours, la biodiversité est le meilleur moyen préventif pour limiter le développement d’une population donnée.

En effet, plus la diversité animale sera importante, mieux les populations s’équilibreront d’elles-mêmes (et c’est le cas ici, comme nous le verrons à la fin de cet article).

Favoriser la biodiversité implique bien entendu de n’utiliser aucun insecticide, fût-il estampillé « bio »…

Perturbez l’odorat de la mineuse du poireau

La mouche du poireau repère sa plante hôte à son odeur.

Dès lors, des associations avec des plantes odorantes capables de perturber l’odorat de la mouche ne peuvent être que bénéfiques.

La menthe, la mélisse ou la rue semblent relativement efficaces pour perturber la mouche du poireau.

N’hésitez pas à y ajouter des carottes, céleris, choux, fenouils, aneths, serpolets… des plantes qui elles sont efficaces pour la teigne…

Car protéger vos poireaux contre un seul de ces ravageurs serait dommage… Et ça fera au moins plus de diversité !

Mais ça n’est pas suffisant…

Endurcissez les plants de poireau

Tout comme pour la teigne, l’endurcissement des plants va atténuer l’odeur du poireau, le rendant ainsi moins attractif pour la mouche.

Rien ne prouve que cela soit réellement efficace pour la mineuse du poireau…

Mais comme c’est de toute manière une méthode que je recommande systématiquement pour une culture de poireau, n’hésitez pas à le faire…

Filet anti-insectes : la protection la plus fiable

Là encore, c’est le moyen de protection le plus efficace pour empêcher la mouche du poireau de venir pondre sur les feuilles de ce dernier.

Quel filet choisir (taille de maille)

Mais attention, pour cela, le filet doit répondre à quelques impératifs :

  • Avoir des mailles suffisamment serrées (0.8 mm ou mieux encore 0.5 mm), car le corps de la mouche est très fin… Et elle est donc capable de passer si les mailles sont plus larges ;
  • Être mis en place dès le début de culture (voire sur la pépinière de plants) car les pontes ont lieu dès avril et laissés jusqu’en novembre (même si théoriquement il n’y a pas de ponte en juillet) ;
  • Ne pas être en contact avec le feuillage : la mouche peut pondre à travers les mailles… Il convient donc de placer le filet sur des arceaux ;
  • Être parfaitement hermétique : pas de déchirures… Et calez bien les rebords du filet de tous les côtés.

Astuce : un filet efficace, c’est d’abord un filet « sans faille »Un filet anti-insectes marche très bien… à condition qu’il soit réellement hermétique. Prenez l’habitude de vérifier après un coup de vent : rebords bien plaqués au sol, aucune déchirure, aucun « jour » sur les côtés.

Et surtout : évitez tout contact avec le feuillage. Sur des arceaux, c’est plus simple, plus propre, et vous limitez le risque de ponte « à travers » les mailles.

Quand le mettre en place et quand le retirer

Si vous voulez faire simple (et efficace), partez du principe que le filet se pose dès le début de culture et qu’il reste en place sur les périodes à risque. Dans le doute, le plus sûr est de le laisser du printemps jusqu’à l’automne, plutôt que de jouer au « ni vu ni connu » avec une mouche de 3 mm.

Vous pouvez bien sûr adapter selon vos observations et votre région, mais gardez en tête l’idée essentielle : le filet protège surtout quand il est déjà là avant les pontes.

Poireaux attaqués : que faire (et peut-on les consommer) ?

Les insecticides ? Niet !

Il n’y a à ce jour aucun insecticide spécifique pour la mineuse du poireau…

Ni en conventionnel, ni en bio.

Et c’est tant mieux !

Car je le rappelle (Je radote… je sais) l’emploi d’un insecticide ne fait qu’engendrer encore plus de déséquilibres dans la Nature…

Il parait que certains insecticides utilisés sur d’autres insectes auraient une certaine efficacité… Mais ce n’est pas moi qui vous transmettrais cette information !

Coupez ou arrachez les plants atteints, et gérez les déchets correctement

Par contre, détruire les plants atteints, et donc les vers ou pupes qui s’y trouvent, est un impératif si vous ne voulez pas subir une nouvelle invasion l’an prochain.

Tout comme pour la teigne, il est possible de couper les plants attaqués, pratiquement à la base. Certains préconisent de couper plus haut pour aider au démarrage… Ce qui est vrai. Mais il y alors plus de risques de laisser des vers ou pupes dans la partie préservée…

Plus la coupe sera réalisée tôt (mais pas trop non plus, le plant doit déjà être suffisamment développé pour pouvoir repartir correctement), mieux le feuillage redémarrera (donnant une récolte certes un plus tardive, mais permettant tout de même une récolte).

Mais cette pratique n’est pas complètement sure… Car le ver peut très bien avoir creusé ses galeries jusqu’à la base du poireau, donc dans la partie enterrée…

Le plus sage est donc, à mon sens, d’arracher les poireaux lorsque les dégâts sont avérés. Inutile d’attendre, les choses ne vont de toute façon pas s’améliorer… Bien au contraire.

Consommation : oui, mais après nettoyage

Vous pouvez alors consommer directement ces poireaux (Après un bon lavage… À moins que vous n’appréciiez les petits vers ou autres pupes) et placer ceux qui ne seraient pas consommés de suite au congélateur. Ce qui, avec le temps, détruira les pupes.

Ne mettez pas les déchets au compost

Que vous coupiez ou arrachiez les plants, que vous mangiez ou non ces poireaux atteints, le feuillage non consommé ne doit pas être laissé au jardin. Ne le mettez pas au compost ou sur les planches de cultures… Les pupes survivraient.

À la place, sachant que brûler les déchets de jardin est désormais interdit en France, faites simple et sûr :

  • mettez les déchets dans un sac fermé et évacuez-les (ordures ménagères selon les consignes locales, ou déchetterie) ;
  • ou congelez les parties infestées avant évacuation si vous voulez être encore plus tranquille.

Résumé express : la checklist anti mouche du poireau1) Je repère : piqûres blanchâtres alignées sur les feuilles, jaunissement, plant qui s’affaisse.

2) Je pense timing : vigilance maximale au printemps (avril à juin) et en fin d’été-automne (jusqu’en novembre).

3) Je protège : filet à maille fine (0,8 mm, idéalement 0,5 mm), sur arceaux, bords bien calés, zéro trou.

4) J’aide en complément : associations de plantes odorantes + biodiversité (sans insecticides, même « bio »).

5) Si c’est attaqué : j’arrache ou je coupe tôt, je consomme après nettoyage si je veux, mais je n’enterre pas et je ne composte pas les déchets infestés.

Un espoir : la régulation naturelle des populations

Il est apparu, en Serbie, que la mouche du poireau est parasitée par une minuscule guêpe (Halticoptera circulus).

Cette guêpe régule, en 3 ou 4 ans, naturellement les populations de mouches…

On remarque également, dans les premières régions touchées en France (notamment l’Alsace et la Lorraine, mais aussi le Centre) une nette régression depuis quelques années.

J’ai subi il y a quelques années plusieurs attaques… Puis plus rien depuis maintenant 5 ou 6 ans…

S’agit-il de cette même guêpe ou d’un autre auxiliaire ?

Je l’ignore…

Quoi qu’il en soit, la Nature semble donc là encore rééquilibrer les choses !

Et chez vous ?

  • Subissez-vous des attaques de mouche du poireau ?
  • Ou bien, avez-vous aussi constaté un recul du problème ?
  • Depuis quand ?
  • Dans quelle région êtes-vous ?

Vos témoignages (en commentaire ci-dessous… pas par email SVP) nous aideront peut-être à avoir une vision globale de l’avancée, ou du recul, de la mouche du poireau…

N’hésitez pas non plus à partager une méthode (bio…) que vous aurez pu expérimenter avec succès !

FAQ sur la mouche du poireau (mineuse)

Comment reconnaître la mouche du poireau (mineuse) ?

On observe souvent des petites traces blanchâtres alignées sur les feuilles (piqûres de la femelle), puis un jaunissement et un affaissement. Les dégâts les plus sérieux viennent ensuite : la larve creuse des galeries dans le fût, parfois jusqu’à la base.

En cas de doute, comparez aussi avec la teigne du poireau (un papillon) : ce n’est pas le même ravageur, ni le même type de dégâts.

À quelles périodes la mineuse du poireau attaque-t-elle le plus ?

Il y a généralement deux générations par an : une au printemps (souvent d’avril à juin) et une autre de fin d’été à l’automne (jusqu’en novembre). C’est surtout sur ces fenêtres qu’il faut être rigoureux sur la protection.

Quel filet anti-insectes choisir contre la mouche du poireau ?

Le filet est la protection la plus fiable, à condition d’avoir une maille suffisamment fine : 0,8 mm au maximum, et idéalement 0,5 mm. Il doit aussi être posé sur arceaux (sans contact avec le feuillage) et parfaitement hermétique sur les bords.

Quand poser et quand retirer le filet anti-insectes ?

Le filet doit être en place avant les pontes. Le plus simple est de le poser dès le début de culture (voire sur la pépinière) et de le garder sur les périodes à risque.

Si vous préférez « jouer au plus fin », faites-le seulement si vous êtes sûr de votre calendrier local : dans le doute, mieux vaut laisser le filet plus longtemps que pas assez.

Que faire si mes poireaux sont déjà attaqués ?

Une fois la larve installée dans le fût, il n’y a pas de solution miracle. L’objectif devient d’éviter que le problème se reproduise l’année suivante : coupez très bas ou arrachez les plants atteints quand les dégâts sont avérés (selon le stade), et gérez correctement les déchets infestés.

Évitez de laisser ces déchets au jardin et ne les mettez pas au compost, car les pupes peuvent survivre.

Peut-on consommer des poireaux attaqués par la mineuse ?

Oui, en général, si vous enlevez les parties abîmées et que vous nettoyez soigneusement. Beaucoup de jardiniers consomment la partie saine du poireau, surtout quand l’attaque est récente et localisée.

En revanche, si le fût est très creusé ou commence à pourrir, mieux vaut ne pas insister.

L’eau de Javel peut-elle servir de « traitement » contre la mineuse du poireau ?

Non : ce n’est pas une solution pertinente au potager. La mineuse est protégée à l’intérieur des tissus du poireau, et désinfecter « à la Javel » ne règle pas le problème à la bonne échelle. Le vrai levier, c’est la prévention (filet, timing) et la gestion des plants atteints.

Est-ce que la mineuse du poireau peut disparaître « toute seule » ?

Parfois, oui : on observe dans certaines zones des régressions après quelques années. La biodiversité et des auxiliaires peuvent contribuer à rééquilibrer les populations, mais c’est variable selon les régions et les conditions.

Vous pouvez en tout cas mettre toutes les chances de votre côté en favorisant la biodiversité et en évitant les insecticides, même « bio ».

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