Teigne du Poireau

Il y a une fréquemment une confusion entre différents ravageurs du poireau, regroupés sous le terme générique de “vers du poireau”.

On trouve en fait 3 insectes bien distincts :

  • la teigne
  • la mineuse
  • le ver de l’oignon

L’insecte auquel nous nous intéressons ici est la “Teigne du poireau” (Acrolepiopsis assectella).

La teigne du poireau est le ravageur le plus commun sur ce légume (bien que la mineuse, un nouveau ravageur apparu il y a quelques années, tende à devenir aussi très virulente dans certaines régions… mais nous en parlerons dans un prochain article…).

Si vous cultivez des poireaux, vous avez probablement déjà été confronté(e) aux dégâts de la teigne.

Teigne du poireau – Présentation

L’insecte adulte est un petit lépidoptère (papillon).

Teigne du poireau adulte
Teigne du poireau adulte

La teigne passe l’hiver sous forme de pupe (à l’abri dans son cocon) dans le poireau lui-même (tant qu’il n’est pas récolté) ou encore sur le sol ou des cultures avoisinantes.

La teigne du poireau émerge au début du printemps.

Il y aura alors plusieurs générations (jusqu’à 5 ou 6), du printemps au mois d’octobre.

La première génération pose en général peu de problèmes (les “survivants” à l’hiver sont peu nombreux)… si ce n’est que cette première génération engendrera les suivantes… beaucoup plus virulentes.

Les ailes des adultes mesurent environ 15 mm. Les ailes antérieures sont de couleur brun pâle à noir. Les ailes postérieures sont gris pâle à noir pâle.

Larve de teigne du poireau
Larve de teigne du poireau

C’est à la nuit tombée que la reproduction a lieu.

La femelle dépose ses œufs, un par un, sur la face inférieure de la feuille et plus précisément au bas des plants.

Les œufs éclosent en 4 à 6 jours au printemps et en 8 à 11 jours à l’automne.

La larve (le ver) est une petite (1 cm environ) chenille avec une tête légèrement orangée et un corps vert clair ou jaunâtre et composé de segments abdominaux portant chacun huit tâches noires.

Dès l’éclosion, la larve de la teigne du poireau commence à percer les feuilles pour s’introduire, de plus en plus profondément, vers le centre du poireau, dont elles dévore les feuilles.

Teigne poireau - larve dans fût
La larve de la teigne du poireau “éclate” le fût

Les dégâts étant d’abord intérieurs, il n’est d’abord pas forcément évident de détecter la présence de larve…

Jusqu’à ce que, subitement, les dégâts deviennent très visibles.

Les poireaux sévèrement touchés semblent “éclatés”.

Ils deviennent impropres à la consommation et peuvent parfois être complètement détruits.

Teigne du poireau – Moyens de protections préventifs

Bien que ce soit la larve qui cause des dégâts, l’objectif sera ici d’empêcher la femelle adulte de venir pondre sur les fûts…

Pas de ponte = pas de ver !

Favorisez la biodiversité

Le poireau et la carotte, cultivés en voisinage, se protègent mutuellement de leurs ravageurs respectifs…

Vous connaissez peut-être l’association la plus recommandée : la carotte.

Et en effet, faire voisiner des lignes de carottes avec des lignes de poireaux est une bonne chose.

L’odeur des carottes repoussant la “mouche” du poireau (et inversement).

Mais, plus généralement (et c’est vrai pour toutes les cultures), des odeurs fortes et diversifiées au sein, ou autour, d’une culture vont perturber les odorats.

Ainsi, si vous semez ou plantez ça et là (en bout de lignes ou en lignes alternées) des aromates particulièrement parfumés (serpolet, fenouil…), des fleurs et même d’autres légumes (par exemple des céleris ou des choux), la mouche repérera plus difficilement les poireaux.

On peut évidemment aller plus loin en mélangeant totalement les cultures.

Vous planterez alors vos poireaux, ici ou là, en association avec un maximum d’autres cultures(mais si vous cultivez pas mal de poireaux, ce n’est pas forcément évident à gérer d’un point de vue pratique).

D’une manière plus globale encore, favoriser la biodiversité au sein de votre jardin, notamment par la présence d’arbres et arbustes de différentes espèces, d’herbes hautes ou encore de point d’eau, permettra aux populations animales de se réguler naturellement… limitant ainsi les problèmes de ravageurs.

Endurcissez les plants de poireaux

C’est là une méthode très simple que je vous recommande vraiment de pratiquer (je le fais systématiquement).

Cette méthode consiste à tout simplement laisser vos plants à sécher, après les avoir raccourcis, pendant 2 jours environ (à mi-ombre ou éventuellement au soleil s’il ne fait pas trop chaud) avant de les planter.

En procédant ainsi, l’odeur attractive du poireau disparaît…

Placez des grains de poivre au fond du trou de plantation

En me documentant pour cet article, je suis tombé à plusieurs reprises sur ce conseil…

A priori, la teigne n’aimerait pas le poivre.

Et placer 3 ou 4 grains de poivre au fond du trou de plantation suffirait à la tenir à distance.

L’information étant nouvelle pour moi, je n’ai donc pas testé. Mais si vous l’avez fait, n’hésitez pas à faire un retour de votre expérience en commentaire après cet article…

Placez un filet anti-insecte

Il s’agit de la méthode la plus efficace, à condition de bien faire les choses…

Tout d’abord, il s’agit de filets spécifiques, à petites mailles (la teigne est très petite)

Le filet doit être posé de façon hermétique afin que la teigne ne puisse pas pénétrer au sein de la culture. Il ne doit pas non plus toucher le feuillage, car la teigne risque alors de pondre à travers le filet.

Concrètement, vous devez placer le filet sur de petits arceaux de type nantais (au autre structure fabriquée maison) et bien caler les rebords pour ne laisser aucun espace permettant aux femelles de pénétrer sous l’abri.

Et ce filet doit être mis en place dès la plantation (voire levée si vous faites vous-même vos plants) et jusqu’au mois d’octobre.

C’est certes contraignant (il faut enlever le filet pour les opérations d’entretien : binage, buttage, paillage), mais c’est vraiment efficace.

Placez des pièges à phéromones pour le ver du poireau

Il s’agit de pièges attirant spécifiquement les mâles (les phéromones reproduisent les odeurs émises par les femelles en période de fécondation).

Ces mâles se retrouvent piéger dans la glue… les empêchant ainsi d’aller féconder les femelles.

Ce qui aura aussi évidemment pour effet le non développement de générations futures…

Oui, c’est efficace.

Mais n’oublions pas que tout animal, si “nuisible” soit-il considéré (pour nos cultures), joue un rôle important dans la biodiversité (en l’occurrence, la mouche du poireau est appréciée par certains oiseaux ou encore amphibiens).

Pour cette raison, je m’abstiens donc d’utiliser des pièges à phéromones.

En cas de capture de plus de 5 papillons piégés en 2 semaines, il est recommandé de traiter avec un insecticide au Bacillus thuringiensis contre les vers du poireau (voir plus bas).

Évitez le purin d’ortie !

Le poireau est une plante exigeante en terme de fertilisation.

Sachant cela, peut-être avez-vous tendance à “booster” votre culture de poireau avec du purin d’orties ?

C’est une erreur (que j’ai commise pendant plusieurs années…).

En effet, le purin d’ortie attire la mouche du poireau (certains disent qu’elle est attirée par l’odeur… j’en doute. Je pense plutôt que c’est la (trop) grande richesse en azote de la plante qui l’attire, tout comme c’est le cas pour les pucerons).

Je vous recommande plutôt la consoude (plus équilibrée) pour renforcer vos plants de poireaux.

Teigne du poireau – Agir en curatif ?

Pulvérisez un insecticide spécifique ?

On trouve dans le commerce des insecticides spécifiques pour le ver du poireau.

Il s’agit donc en général (mais on trouve aussi des insecticides à base de pyrèthres, encore plus nocifs) de Baccilus Thuringiensis.

Je ne recommande pas cette solution (c’est un insecticide, engendrant de ce fait des déséquilibres encore plus importants).

Mais si vous décidez d’en utiliser, faites-le au moins en association avec des pièges à phéromones, ceci afin de ne traiter qu’en cas de réel problème.

Quand le ver est présent dans le fût, les traitements répulsifs (tanaisie ou absinthe par exemple) seront vains.

Il en va de même pour les traitements avec des insecticides (que je ne recommande jamais…), car le ver, bien protégé à l’intérieur du fût, pourra difficilement être atteint.

En fait, si les fûts de vos poireaux sont ravagés par les vers, il y a une et une seule solution :

Coupez les fûts atteints !

Lorsque le ver est déjà installé, et les dégâts visibles (feuillage éclaté), coupez les fûts au ras du sol…

Ils repousseront.

Les récoltes sont alors certes retardées… mais sauvées (il n’y a plus de ponte en fin d’automne ou en hiver).

 

Personnellement, j’endurcis mes plants et m’abstiens d’utiliser du purin d’orties pour mes cultures de poireaux. J’associe également poireaux et carottes et favorise au maximum la biodiversité au sein de mon jardin… et je n’ai plus eu d’attaques de teigne du poireau depuis plusieurs années (juste parfois un ou deux plants… ce qui montre que la biodiversité joue son rôle).

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  • Bonjour Gilles, j’ai entendu dire par des jardiniers que tremper les poireaux dans un mélange d’eau et de javel avant de les repiquer permettait d’éviter la teigne. Je tiens aussi a vous féliciter pour “mon jardin au naturel” “une bible” pour jardinier!. Bonne journée.

  • Bonjour Gilles et merci pour vos conseils bien utiles.
    J’ai, cette année, perdu tous (ou toutes, je ne sais jamais…) mes alliacées, victimes d’une bébête de ce genre. Donc, ail, échalote, oignon, poireaux, tout y est passé. À l’examen des dites bébêtes, elles étaient au stade de pupe marron ou de vers mais toutes avaient déformé les plants, dont la croissance était bloquée et j’ai dû tout arracher. Je précise que c’était au printemps pour des Bulbilles (ou semis pour les poireaux) plantés à l’automne.
    À votre avis, peut-il s’agir de la même bête ?
    J’ai depuis refait un semis de poireaux uniquement que j’espère consommer cet hiver.
    Je répugne à traiter de quelque manière que ce soit et le filet à insecte est contraignant sur une longue période.
    Je vais donc tenter à l’avenir de faire sécher mes plants de poireaux avant plantation mais pour les autres alliacées …?
    Je compte sur la biodiversité pour m’aider (j’ai fait une mare et je mélange pas mal de plantes…).
    Merci pour ces précieuses indications et allez, ne nous laissons pas démobiliser (méthode Couet).
    Un bel automne à tous au jardin bien sûr.
    Gilles (un autre)

  • Bonjour à tout le monde,
    En ce qui me concerne, je pratique de la même façon que mon Grand-Père et que mon Père (j’ai 65 ans).
    J’intercale toujours rang de poireaux avec rang de carottes. Je laisse aussi sécher mes poireaux durant deux jours (en plein soleil) et je fais ce que mes anciens m’ont appris. C’est à dire qu’après avoir raccourci les racines (et les feuilles) de mes plants de poireaux, je les “praline” avec de la boue (terre de jardin mélangé à de l’eau pour obtenir une pâte) avant de les mettre en place.
    Je n’ai jamais eu de poireaux atteint par des vers. Ni de carottes d’ailleurs.

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