Nuisibles : comment s’en protéger naturellement ?

Tout d’abord, je tiens à remercier Gilles de me recevoir, une nouvelle fois, sur son blog. Je m’appelle Yannick Hirel, l’auteur du blog Au potager bio. Je suis revenu vers Gilles afin de vous parler de ma façon de voir les choses en terme de ravageurs ou de maladies au potager.

Au cours de cet article, je ne parlerais que de produits naturels, naturellement ! Laissons les “chimiques” hors jeu, je sais que je m’adresse à un public convaincu.

Je préfère également préciser que je n’ai rien contre les produits naturels comme les purins, décoctions … Qui ont désormais prouvés leur efficacité mais qu’il faut, malgré tout, savoir utiliser seulement lorsque c’est nécessaire, et c’est exactement ce dont je suis venu vous parler aujourd’hui : des conséquences d’une utilisation abusive de ces apports.

Du côté des dits : “ravageurs”

Je pense que le jardinier bio doit développer une sorte de tolérance face à la présence de quelques pucerons ou autres : dits “nuisibles”. Et ce pour préserver la capacité du jardin-potager, dans son ensemble, à se défendre naturellement.

La coccinelle se régale de pucerons et autres ravageurs
La coccinelle se régale de pucerons et autres ravageurs

Pour essayer de schématiser un peu le processus : l’approche peut être comparable à nous les hommes avec les antibiotiques. En gros, les insectes sont la maladie qui nous contamine et les produits naturels le médicament qui nous soigne.

Cependant, nous nous sommes rendus compte, au fil du temps, que de prendre trop de médicaments est néfaste pour nos défenses naturelles, le corps se retrouve dans l’incapacité de se soigner par lui-même, ce qui entraine des maladies plus fréquentes et plus vigoureuses avec l’obligation de passer à un traitement : un cercle un peu vicieux, non ?

Pour le potager, l’impact à terme est identique. En bref, en utilisant les produits naturels dès lors que notre potager attrape un rhume, nous le rendons fainéant envers lui-même et affaiblissons sa capacité à s’auto-défendre, c’est à dire à laisser les “alliés” du jardinier venir chercher leur nourriture dans notre jardin et donc, à s’y installer.

Mais pire encore, nous lui fabriquons une sorte de dépendance. Si les “bons insectes/animaux” n’ont pas de quoi se nourrir chez vous, ils iront dans un endroit qui leur sera plus prospère.

La toute première année où j’ai commencer à jardiner, je me suis dis :

“Allez Yannick, même si des ravageurs te détruisent la totalité de ta récolte, tu les laisse faire afin de rendre ton jardin propice à accueillir tes futurs alliés” et ça à marché, je n’ai jamais eu de gros problèmes de limaces, ou de destruction ce qui m’entraine à dire que je n’ai jamais (ou du moins pas encore) eu à utiliser de purins/décoctions … Dans mon modeste jardin.

Pour conclure

Je pense que si nous utilisons les produits naturels à tort et à travers, nous risquons de créer la même chose qu’avec les “chimiques”, c’est à dire polluer le sol de façon locale, engendrer des déséquilibres … Mais qui sera le plus touché dans ce cas : Les générations futures qui auront eux-aussi à gérer des problèmes de sols usés, détruits par la main de leurs ancêtres.

Modérons nos utilisations pour lutter contre les insectes, et posons-nous plutôt les bonnes questions :

Pourquoi viennent-ils tout ravager ?

Pourquoi leurs prédateurs naturels ne viennent pas les réguler ?

Les syrphes ont de précieux alliés du jardinier bio
Les syrphes ont de précieux alliés du jardinier bio

Pour ma part, je pense que dès lors que nous souhaitons cultiver un petit bout de jardin, nous insérons dans cet équilibre naturel existant, des plantes “inappropriées” à ce milieu, nous forçons la nature lorsque l’on y pense ; d’autant que pour la plupart d’entre elles, elles sont souvent originaires d’autres pays, d’autres horizons …

Ces insectes ravageurs ne sont-ils pas présents à cause de ces insertions venant de notre main ? Ne faudrait-il pas patienter, voir laisser nos premières récoltes disparaitre de leurs appétits voraces, le temps qu’il soit régulé par leurs prédateurs ?

En détruisant ces insectes, je pense que nous empêchons les autres de se nourrir et donc de venir s’installer par choix alimentaire dans notre jardin.

Enfin, juste quelques réflexions sur ce sujet, le débat est ouvert bien entendu, à vos claviers, qu’en pensez-vous ?

Quelle est votre approche face aux nuisibles, votre philosophie ?

  • Bonjour Yannick,
    Il semble que cette fois nous n’ayons pas la même approche.
    Moi j’utilise très régulièrement des purins, en particulier de consoude pour nourrir les plantes et non pour tuer des insectes.
    Le purin de consoude favorise la santé des plantes (et leur floraison)
    En étant en forme les plantes résistent aux maladies (et éventuellement aux prédateurs)
    Une plante mal nourrie sera fragile et attrapera par contre toutes les maladies qui « circulent »
    J’aime bien aussi avoir pleins d’insectes dans mon jardin. Pour cela je leur propose des plantes et des fleurs qu’ils aiment bien, par exemple : la consoude pour les abeilles, l’ortie pour les coccinelles, l’angélique pour une multitude d’insectes, etc.. L’objectif est la biodiversité!
    Pour « gérer » limaces et escargots j’utilise les poules, les couleuvres, les crapauds …
    En résumé je ne vois pas souvent les purins, infusions et décoctions comme « produits de traitement » mais comme engrais.
    Bonne journée
    Jenny

    • Bonjour Jenny,

      Il est vrai que nous partageons généralement les mêmes avis :)je connais ton approche et je sais combien elle préserve la biodiversité.

      Cet article permets de rappeler que les purins … utilisés de façon abusifs entrainent des conséquences. Toi même, tu laisse faire la nature et son équilibre régler certains problèmes comme les limaces … avec pour mot d’ordre la biodiversité.

      Je pense que les purins … sont utiles aux jardiniers mais qu’il faut savoir les utiliser avec parcimonie au risque de déséquilibrer le jardin et de faire plus de mal que de bien.

      En bref, ne pas les utiliser dès que nous apercevons un puceron, un doryphore …

      Le problème ici est de ne pas seulement remplacer les produits « chimiques » mais aussi notre approche, je pense que tu sera d’accord sur ce point, face aux maladies / attaques de nuisibles … en se posant les bonnes questions et en développant notre seuil de tolérance à la présence de nuisibles au potager.

      Je te remercie grandement pour ton commentaire
      Amicalement
      Yannick

  • Sans aller jusqu’à laisser détruire toutes les cultures dans l’espoir que les prédateurs deviendront nourriture, je comprends ta mise en garde contre les tentations d’éradication.
    Cela, me semble-il, doit conduire à penser sa culture, en terme d’associations végétales, mais pas seulement. Lorsque nous invitons des amis à notre table nous prenons plaisir à les satisfaire en leur offrant soit de découvrir ce que nous avons trouvé,mais aussi ce que nous savons qu’ils apprécieront.
    Pour la conduite du jardin je suis convaincu qu’il en va de même. Dés sa conception il nous faut penser bio-diversité, et si la parcelle existait déjà, nous devons travailler à la stimulation de celle ci.
    Cela prend en compte les plantes et leurs associations avec ce que nous ne consommerons pas mais qui participera à une relative autonomie de la vie des cultures.
    des abris, des plantes répulsives, le fleurissement, l’ombrage et j’en passe sont autant d’élément qui permette d’accepter e partager une part de nos cultures car compensée par la stimulation de l’essentiel.
    Le traitement n’intervenant qu’en cas d’accident qui peut être climatique, mais aussi résulter d’une erreur.

    • Bonjour Tassera,

      c’est exactement ce que j’ai voulu faire ressortir à travers cet article 🙂

      Le tout est de se dire qu’avant notre souhait de faire un potager, ce bout de terrain avait son équilibre … A partir du moment où nous introduisons des plantes, nous allons perturber tout ceci mais ces plantes potagères vont devenir une source de nourriture pour de nombreuses autres espèces, qui par instinct seront attirées.

      Je pense que nous (les hommes) sommes un peu pareil, nous nous regroupons là où nous pourrons avoir accès à l’eau, à la nourriture, aux logements …

      Je rejoins aussi ton opinion sur les problèmes climatiques ou les erreurs.

      Je te remercie
      Yannick

  • MErci beaucoup pour cette information, j’étais justement infesté de ce genre de petites bêtes et comme je ne souhaitai surtout pas utiliser des produits, je suis content d’avoir pu en apprendre plus grâce à votre billet. et je trouve que l’analogie faite avec les antibiotiques est une trés bonne chose… Je vais donc laisser faire la nature !!

    • Bonjour Sarah,

      Je suis content que cet article vous ai plu, c’est vrai qu’en relisant la comparaison avec les antibiotiques me plait bien 🙂

      A très bientôt et merci
      Yannick

  • Bonjour Yannick
    Je suis comme Jenny je n’utilise les purins que pour la fertilisation et non en pulvérisations pour les nuisibles. Une plante bien nourrie a beaucoup moins de chance d’être attaquée par des insectes dévoreurs qu’une plante laissé sans rien !!
    La biodiversité y fait aussi .les plantes se protègent mieux elles même face à un prédateur ou une maladie si elles poussent parmi d’autres variété de plantes.
    Ton article est très intéressant, mais je ne sacrifierais pas une partie de ma récoltes pour ces prédateurs . Comme tu le dis plus haut les purins ou autres produit naturelles sont à se servir a bon escient et non pas toujours au moindre problème d’attaque
    Merci Yannick!!

    • Bonjour Nancy,
      Tu dis « Une plante bien nourrie a beaucoup moins de chance d’être attaqué par des insectes dévoreurs qu’une plante laissée sans rien »…je n’en suis pas sûr (c’est la qualité de l’aliment qui attire les insectes…) mais disons qu’une attaque se verra peut-être moins sur une plante bien développée que sur une plante chétive…
      Par contre, ce qui est certain, c’est qu’une plante trop nourrie (ce qui peut être facilement le cas avec les purins dont les effets sont assez fulgurants) attire les insectes indésirables et notamment les pucerons…
      Bonne journée à toi (sous la pluie chez moi), encore merci à Yannick pour son article !
      Amicalement,
      Gilles

  • Je n’ai jamsi eu de limace dans mon potager, mais cette année, j’ai couvert mon sol de paille. Très bien,par rapport au dessechement et des adventices; le seul hic, c’est que j’ai découvert une quantité incroyable de limaces qui adorent ce couvert, se reproduisent et sortent. La bière, c’est bien sympa,mais vu la pluie,elle disparait vite, noyée. Au secours!

    • Bonjour Martinbelle,

      Je ne suis pas sûr que l’invasion de limaces soit due au paillage. Le temps doux et pluvieux en est la principale cause…j’ai également énormément de limaces depuis quelques semaines sur des salades non paillées et je n’en ai jamais vu autant non plus.

      La bière ? j’en ai déjà parlé : c’est une fausse solution. Car cela attire tellement les limaces qu’elles viennent de très loin, et avant de venir éventuellement se noyer, font un petit tour dans les cultures. Des expériences ont été menées à ce sujet et elles arrivent toutes à la même conclusion : vous aurez plus de limaces dans votre jardin en y mettant des pièges à bière.

      La meilleure solution naturelle : des feuilles de fougères autour des plants de salades ou autres cultures sensibles…la cendre de bois est aussi efficace, à condition de la renouveler après chaque pluie.

      Une autre méthode qui a fait ses preuves : des planches de bois posées au sol. Les limaces viendront s’y réfugier et vous n’aurez qu’à les récolter pour les éliminer…ou les amener chez le voisin !

      Bon courage,
      Gilles

      • Merci Gilles de votre réponse et appui moral! Fougères et cendre de bois à renouveler.

        Et pour cet hiver, que dois-je prévoir?

        En vue de cet hiver, j’hésite à
        – recouvrir le sol de fougères : où iront se cacher les limaces?
        – recouvrir le sol de cendre de bois… où iront se cacher les limaces?
        – attirer les limaces par des planches de bois dans un coin et laisser la nature faire ( les prédateurs: herisson,oiseaux…)
        – pailler avec mon reste de paille qu’on m’avait donné, vues cette profusion de limaces
        – étaler des grands cartons sur le sol du potager, ce qui attirerait les vers de terre…
        – semer des engrais verts,

        je vais aussi m’organiser pour faire un abri pour hérisson et nichoir pour oiseau afin de stimuler la chaine bio.

        Cordialement
        Martinbelle

        • Les limaces ne causeront pas de problème en hiver, elles n’y survivent pas. Les oeufs sont déposés en terre à l’automne et éclosent au printemps…la fougère ou les cendres de bois ne serviront donc à rien.
          La couverture avec de la paille peut en effet poser problème si vous habitez dans une zone particulièrement humide…les cartons sont alors une bonne solution.
          Les engrais verts : il est un peu tard pour en semer si des gelées sont fréquentes en automne, sinon c’est encore possible.

          Mais la meilleure approche est celle que vous préconisez vous-même en fin de message : favoriser la présence d’oiseaux, de hérissons…j’y ajouterais les batraciens, si vous avez la possibilité de creuser une petite mare.

          Cordialement,
          Gilles