En été, on pense tomates, haricots… et on oublie facilement les salades d’hiver. Pourtant, pour croquer une belle verdure quand les jours raccourcissent, c’est maintenant que tout se joue : la culture de la chicorée se prépare dès les semaines chaudes.
Scaroles, frisées, pain de sucre… ces chicorées ont un vrai talent : elles supportent bien les conditions de fin de saison et peuvent vous accompagner longtemps, à condition de respecter le bon tempo (semis, éclaircissage, plantation) et quelques gestes simples.
Dans ce guide, je vous montre comment réussir la culture chicorée au potager en permaculture : sol et emplacement, choix des variétés, calendrier de semis, distances, arrosage régulier, paillage, et protections naturelles pour continuer à récolter en automne et en hiver.
Et si vous aimez l’idée d’avoir une verdure bienvenue à une époque de l’année où cela manque cruellement, vous allez voir : la chicorée est une alliée nettement moins capricieuse qu’elle en a l’air.
Conditions de culture de la chicorée
Sol, humus et fertilisation
La chicorée aime les terres nourrissantes et fraîches, mais sans excès. L’idéal, c’est un sol profond, bien ameubli, qui retient l’eau sans rester détrempé. Sur une terre trop légère, elle souffre vite en été et la reprise après plantation est plus capricieuse.
Ce qui fait vraiment la différence, c’est la richesse en humus : compost mûr, mulch bien décomposé, et une vie du sol active. En revanche, elle supporte mal les fumures mal décomposées, surtout si elles sont encore “chaudes” : cela peut perturber l’enracinement et favoriser les pourritures.
Fumure : simple et efficacePour nourrir sans “brûler”, restez sur du mature et du doux.
- Incorporez un compost bien décomposé avant semis ou plantation.
- Évitez le fumier frais au contact direct des jeunes plants.
- Si vous avez un fumier récent, compostez-le d’abord.
Exposition, chaleur et résistance au froid
En période chaude, la chicorée apprécie une exposition ensoleillée, mais elle réussit très bien avec un peu d’ombre aux heures les plus brûlantes, surtout en sol léger ou si l’arrosage est irrégulier. L’objectif est simple : garder une croissance régulière, sans à-coups.
Côté froid, les chicorées sont de bonnes candidates pour l’automne-hiver. Elles résistent couramment à des gelées de l’ordre de -3 à -4 °C, et certaines (notamment des types plus rustiques) peuvent tenir davantage si le sol n’est pas gorgé d’eau et si elles sont abritées du vent. Dans les régions humides ou lorsque le froid s’installe, une protection légère bien ventilée aide à prolonger la récolte sans favoriser la pourriture.
Variétés de chicorée
Avant de semer, prenez deux minutes pour choisir le bon type : c’est ce qui conditionne le calendrier, la rusticité et la façon de récolter. En pratique, on distingue surtout les chicorées à pommes “classiques” (scaroles et frisées) et des chicorées plus typées (pain de sucre, Trévise, Vérone), souvent un peu plus rustiques (on les appelle d’ailleurs parfois chicorées sauvages) et plus marquées en goût.
Scaroles : variétés pour l’automne et l’hiver
Les scaroles forment une pomme large, aux feuilles plutôt épaisses et légèrement croquantes. Elles sont souvent les plus faciles pour débuter, et très appréciées en automne et en hiver.

- Géante maraîchère
- Ronde verte à cœur plein
- En cornet de Bordeaux
- En cornet d’Anjou
Frisées : variétés et usages
Les frisées sont plus dentelées, souvent plus fines et un peu plus amères. Elles donnent des salades très “toniques”, et elles se prêtent bien au blanchiment du cœur pour adoucir l’amertume.

- Grosse Pancalière
- Fine de Louviers
- Très fine maraîchère
- De Meaux
Chicorées italiennes et apparentées : pain de sucre, Trévise, Vérone
Dans les chicorées “plus typées”, on retrouve notamment le pain de sucre (pomme allongée, très pratique à récolter) et des chicorées rouges comme Trévise ou Vérone.

- Pain de sucre
- Rouge de Trévise
- Rouge de Vérone
- Barbe de Capucin
Choisissez “par objectif”, pas seulement par nomLe plus simple est de partir de votre période de récolte, puis de sélectionner le type adapté.
- Pour des pommes faciles et polyvalentes : démarrez avec une scarole.
- Pour une salade plus fine et plus amère : essayez une frisée.
- Pour prolonger en saison froide et varier les goûts : ajoutez pain de sucre ou une chicorée rouge.
Culture de la chicorée
Quand et comment semer les chicorées ?

La chicorée se sème en sol bien réchauffé, généralement de la fin mai (pour une production de fin d’été) à la fin juillet (pour une production d’automne-hiver). Le plus simple reste le semis en place, sur des lignes espacées d’environ 40 cm.
Semez clair, recouvrez peu (juste ce qu’il faut), tassez légèrement et maintenez le sol frais jusqu’à la levée. En période chaude, un léger ombrage et des arrosages doux (sans “doucher” la planche) évitent les à-coups.
Échelonner, c’est la cléDeux ou trois semis à 10–15 jours d’intervalle donnent souvent une récolte plus régulière qu’un seul gros semis.
- Premier semis pour démarrer les récoltes.
- Semis(s) suivant(s) pour prolonger en automne puis en hiver.
Il est aussi possible de semer en pépinière, sous abri (notamment si le sol reste froid ou si l’été est très sec) ou non, mais gardez un point en tête : plus la croissance est irrégulière (stress hydrique, chaleur excessive), plus vous augmentez le risque de montée à graines.
Éclaircissage et distances de plantation
Éclaircissez peu de temps après la levée. Visez environ 30 cm sur le rang. Pour les chicorées de type “sauvage” (hors pain de sucre), vous pouvez descendre autour de 20 cm sur le rang, car elles occupent souvent un peu moins d’espace.
Un bon repère : si, adulte, les feuilles se touchent en permanence et restent humides au cœur, c’est trop serré. Un peu d’air, c’est déjà une protection naturelle contre les maladies.
Repiquage : quand et comment
Les plants supprimés à l’éclaircissage peuvent être repiqués ailleurs (ou pour combler les trous), à condition d’agir vite et en douceur. Replantez de préférence en fin de journée, dans une terre fraîche, et arrosez juste après.
Avant de repiquer, vous pouvez faire un léger habillage, c’est-à-dire raccourcir une partie du feuillage pour limiter l’évaporation et aider le plant à repartir.
Le point à ne pas rater au repiquageLa chicorée pardonne mal un repiquage brutal ou un collet mal placé.
- Manipulez par les feuilles, pas en tirant sur le collet.
- Replantez sans enterrer le collet.
- Arrosez régulièrement les jours suivants, sans détremper.
Comment planter les chicorées ?
Si vous avez semé en pépinière, plantez rapidement : les plants doivent seulement « tirer la langue ». Plus vous attendez, plus ils stressent, et ce stress peut favoriser la montée à graines.
À la plantation, installez-les sans enterrer le collet, tassez autour de la motte et arrosez copieusement. Une reprise rapide, c’est une chicorée qui fait une belle pomme.
La culture en pépinière est une technique plus délicate : si vous la pratiquez, privilégiez des mottes/petits godets pour limiter le dérangement des racines au moment de la mise en place.
Entretien de la culture de chicorées
Les travaux d’entretien se limitent au désherbage et au paillage. Un paillage posé dès que les plants sont bien repris stabilise l’humidité, limite les arrosages et évite les à-coups de croissance.
Les arrosages doivent être réguliers, mais sans excès. Une chicorée qui alterne “sec puis détrempé” pousse mal, devient vite amère, et se montre plus fragile.
Pour les chicorées « rouges de Vérone » ou « de Trévise », rabattez le feuillage juste au-dessus du collet en octobre. De petites pommes délicieuses se formeront alors.
Si vous ne les cultivez pas sous serre, dans la plupart des régions, un voile de protection sera utile si vous souhaitez continuer à consommer des chicorées en hiver.
Protections naturelles d’une culture de chicorée
Les chicorées sont plutôt rustiques, mais elles ont deux points faibles classiques : les débuts (semis/jeunes plants) et les périodes de stress (chaleur, manque d’eau, reprise difficile). L’idée est simple : une croissance régulière, un sol vivant, et un peu d’anticipation.
Voici les problèmes les plus fréquents, et des solutions concrètes pour les limiter.
La fonte des semis
La fonte des semis est causée par des champignons favorisés par une humidité trop élevée et un manque d’aération. On la voit surtout quand le semis est trop dense, le substrat reste mouillé longtemps, ou quand on arrose trop souvent.
Pour réduire le risque, semez clair, évitez de détremper, et privilégiez des arrosages doux le matin. Il faut aussi éviter les arrosages trop fréquents : mieux vaut un arrosage modéré mais régulier qu’un “brumisateur nerveux” plusieurs fois par jour.
En préventif, vous pouvez tremper les graines dans une décoction de prêle non diluée. Un apport de charbon de bois incorporé à la terre avant le semis peut également aider, en améliorant la structure et en limitant certains déséquilibres.
Enfin, respectez une rotation : attendez environ 5 ans avant de ressemer des chicorées au même endroit, surtout si vous avez eu des problèmes sur la planche.
Les limaces
Les limaces, même si elles préfèrent souvent les laitues, peuvent détruire une jeune culture de chicorées, surtout après un épisode pluvieux ou sous paillage frais. Les attaques sont fréquentes au moment de la levée, puis juste après plantation.
Pour limiter les dégâts :
- Entourez les plants avec des feuilles de fougères fraîches. Renouvelez ce barrage naturel dès que la période devient pluvieuse.
- Placez des planches de bois dans le jardin (pas trop loin, mais pas trop près non plus de vos cultures de salades). Les limaces iront s’y réfugier et vous n’aurez qu’à visiter régulièrement le dessous des planches pour éliminer ces indésirables.
Un dernier détail qui change tout : faites ce contrôle tôt le matin ou le soir, au moment où elles sont actives. Et si vous protégez du froid, surveillez aussi sous les voiles : les limaces adorent les “petits hôtels” frais et humides.
Éviter la montée à graines
La montée à graines est surtout une affaire de stress : chaleur forte, manque d’eau, reprise difficile, ou plants trop âgés au moment de la plantation. Résultat : au lieu de faire une belle pomme, la plante “file”.
Les leviers les plus efficaces sont simples :
- Respectez le calendrier : semis trop tôt ou repiquage tardif augmentent le risque.
- Gardez une croissance régulière : arrosage suivi et paillage dès la reprise.
- Plantez jeune : si vous semez en pépinière, évitez d’attendre que les plants durcissent.
- Évitez les à-coups : sol trop sec puis détrempé, ou chaleur écrasante sans ombrage.
Protéger du froid sans favoriser l’humidité
En hiver, le froid n’est pas toujours l’ennemi numéro un : l’humidité stagnante l’est souvent davantage. Sous protection, une chicorée peut rester intacte… ou au contraire pourrir si l’air ne circule pas et si les feuilles restent mouillées au cœur.
Pour protéger efficacement :
- Privilégiez une protection qui respire et, si possible, évitez le contact direct du voile avec le feuillage.
- Aérez dès que la météo est douce pour évacuer la condensation.
- Sur sol lourd, évitez les zones où l’eau stagne : c’est là que les cœurs pourrissent en premier.
- Surveillez régulièrement, et retirez les feuilles abîmées si besoin pour limiter la propagation.
Récoltes
Quand récolter selon les types de chicorées
La récolte se fait en fonction du type et de l’objectif : certaines chicorées sont parfaites en automne, d’autres tiennent mieux en hiver. Le meilleur repère reste l’aspect de la pomme : bien formée, ferme, avec un cœur encore sain.
En pratique, récoltez au fur et à mesure des besoins, en coupant la pomme au ras du sol. Par temps humide, évitez de manipuler inutilement les plants : vous limitez ainsi les blessures et les risques de pourriture.
Pour les chicorées « rouges de Vérone » ou « de Trévise », si vous avez rabattu le feuillage juste au-dessus du collet en octobre, laissez la plante refaire ses petites pommes avant de récolter. C’est une façon simple d’obtenir des cœurs bien serrés, particulièrement agréables quand les températures baissent.
Blanchir le cœur : méthodes simples et précautions
On peut blanchir le cœur des chicorées environ 15 jours avant la récolte. L’objectif est d’adoucir l’amertume et de rendre les feuilles plus tendres, surtout sur les frisées.
La méthode la plus simple consiste à poser sur la plante une cloche, un seau, ou une poterie retournée. Vous pouvez aussi lier les feuilles (sans serrer comme un garrot), pour garder le cœur à l’ombre.
Blanchiment : attention à l’humiditéSi le temps est très humide, le blanchiment peut favoriser la pourriture du cœur.
- Blanchissez sur une période plutôt sèche, ou aérez régulièrement.
- Évitez de blanchir des plants déjà abîmés ou très serrés et mouillés au cœur.
- Si une feuille pourrit, retirez-la vite pour ne pas contaminer le reste.
Une fois blanchie, récoltez sans trop tarder : vous profitez du meilleur compromis entre tendreté, goût et tenue au jardin.
Et maintenant, à vous de jouer : des chicorées quand tout le monde baisse les bras
La chicorée, c’est un peu la salade “prévoyante” : si vous y pensez en été, vous vous offrez de belles récoltes quand le potager ralentit. Un sol riche en humus, un semis au bon moment, des distances qui laissent respirer, un arrosage régulier et un paillage posé à temps… et vous avez déjà fait l’essentiel.
Ensuite, ce sont surtout des détails qui font la différence : limiter les stress pour éviter la montée à graines, surveiller les limaces sur jeunes plants, et protéger du froid sans enfermer l’humidité. Avec ça, vous avez de quoi croquer de la verdure en automne et en hiver, sans “serre chauffée” ni gymnastique inutile.
Si vous voulez aller plus loin dans une approche simple et efficace du potager naturel, je vous propose mon guide Mon potager au naturel.
Et vous, vous cultivez quelles chicorées chez vous : scaroles, frisées, pain de sucre, Trévise… et avec quels résultats en hiver ? Dites-moi en commentaire votre région et votre type de sol, je vous dirai le réglage le plus important dans votre cas.
FAQ
J’ai semé trop tôt : pourquoi ma chicorée monte à graines ?
La montée à graines est souvent une réponse au stress : chaleur, manque d’eau, reprise difficile, ou plants trop âgés au repiquage. Un semis trop précoce suivi d’un été irrégulier (sec puis arrosages abondants) peut aussi déclencher ce phénomène.
Pour limiter le risque, semez dans la bonne fenêtre, gardez une croissance régulière (paillage + arrosages suivis), et repiquez des plants jeunes sans les faire “attendre”.
Mes chicorées gèlent : à partir de quelle température faut-il protéger ?
Beaucoup de chicorées encaissent de petites gelées (autour de -3 à -4 °C), mais la résistance dépend de la variété, du vent, et surtout de l’humidité. Un froid sec passe mieux qu’un froid humide et venteux.
Si des gelées se répètent, un voile d’hivernage peut prolonger les récoltes, à condition d’aérer dès que la météo se radoucit pour éviter la condensation.
Mon blanchiment fait pourrir le cœur : que faire ?
Le blanchiment (cloche, poterie, seau, ou feuilles liées) peut piéger l’humidité, surtout par temps pluvieux. Résultat : le cœur reste mouillé et peut commencer à pourrir.
Blanchissez plutôt sur une période plus sèche, aérez régulièrement, et évitez de blanchir des plants déjà abîmés. Si une feuille tourne, retirez-la vite pour limiter la propagation.
Je n’ai pas éclairci : est-ce grave si les plants sont serrés ?
Oui, c’est une cause fréquente de pommes petites, de cœurs humides, et de maladies. Quand les feuilles se touchent en permanence, l’air circule mal et l’humidité reste au cœur.
Si c’est encore possible, éclaircissez en gardant les plants les plus vigoureux. Sinon, récoltez en priorité les plus serrés et surveillez davantage l’apparition de pourritures.
Peut-on réussir la chicorée en sol lourd (argileux) ?
Oui, mais il faut éviter l’excès d’eau en automne-hiver. Sur sol lourd, la chicorée souffre surtout quand l’eau stagne : les racines respirent mal et le cœur pourrit plus facilement.
Améliorez la structure avec de la matière organique bien mûre, évitez les apports frais, et privilégiez les emplacements qui ressuient vite (ou une zone légèrement surélevée).
Pour Trévise ou Vérone, faut-il vraiment rabattre le feuillage ?
Le rabattage (juste au-dessus du collet, à l’automne) aide certaines chicorées rouges à reformer de petites pommes bien serrées. C’est utile si vous visez des cœurs plus compacts et une récolte plus “propre”.
Faites-le sur des plants en bonne santé, en période plutôt sèche, puis surveillez l’humidité : si le collet reste mouillé en permanence, les risques de pourriture augmentent.
Crédit photos : https://depositphotos.com/fr/ et perso.





