La Fertilisation Biologique des Arbres Fruitiers

Pour se développer et produire, les arbres fruitiers puisent dans les réserves du sol et par conséquent appauvrissent ce dernier.

Compost et mulch d’écorces au pied d’un plaqueminier (kaki)

Contrairement à l’arboriculture conventionnel qui aura pour objectif de nourrir directement l’arbre fruitier, et épuisera dont inexorablement le sol, la fertilisation d’un verger en bio consistera à maintenir, voire à améliorer la teneur du sol en matières organiques (et donc  éléments nutritifs), et ce de façon équilibrée.

Mais voyons d’abord quels sont ces éléments nutritifs indispensables.

Besoins en éléments nutritifs des arbres fruitiers

Les éléments nutritifs sont multiples et complémentaires :

  • L’azote : l’azote constitue l’élément de base pour la formation des parties vertes de la plante (rameaux et feuilles) mais également des bourgeons et boutons floraux. L’azote est également essentiel pour le grossissement des fruits.
  • Le phosphore : le phosphore joue un rôle majeur dans le processus de mise à fruit (nouaison). Il est aussi important pour une bonne maturité et assure la saveur du fruit.
  • La potasse : la potasse permet l’aoûtement des rameaux et la formation des fleurs. La richesse en sucre du fruit dépend également de la potasse.
  • Le calcium : de par son action sur la vie physique du sol le calcium est également un élément majeur pour l’équilibre d’un verger.
  • Les éléments secondaires : soufre, magnésium, sodium. Même s’ils jouent un rôle moins important, ces éléments sont néanmoins indispensables au bon équilibre du verger.
  • Les oligo-éléments : fer, cuivre, zinc, bore, manganèse, molybdène,chlore, cobalt…en fait les arbres captent une grande part de ces éléments dans l’air. Néanmoins leur présence dans le sol est également fondamentale. Ils ne sont assimilables par les plantes que grâce à la présence de matières organiques dans le sol.

On voit donc que pour être sain et productif, un verger a besoin de tous ces éléments nutritifs. Mais comment savoir si tel ou tel élément manque ?

Déterminer les carences d’un verger et y remédier

Avant toute chose, retenez que des apports réguliers de compost suffisent en général à limiter les carences.

Toutefois, si l’on veut connaître la richesse d’un sol avant d”y implanter des arbres fruitiers, on pourra bien sûr procéder à une analyse physique et chimique complète du sol (oligo-éléments compris).

Par la suite, l’observation permet également de déterminer les carences éventuelles :

  • Sol carencé en azote : la croissance de l’arbre sera très faible, voir stoppée. Les feuilles sont petites et on peut observer des taches orangées le long de leurs nervures centrales. Les jeunes rameaux peuvent se dessécher. Des apports importants et réguliers de compost suffiront en général à combler ce type de carence. On pourra également arroser au pied avec du purin d’ortie ou du purin de consoude dilué à 10 %.
  • Sol carencé en phosphore : la face inférieure des feuilles présente une nervure pourpre, les feuilles sont petites et ternes et les bourgeons ont tendance à se dessécher. La carence en phosphore est relativement rare. Là encore, des apports réguliers de compost suffisent en général à éviter une carence en phosphore. Quelques arrosages au pied de purin de consoude (dilué à 10%) seront également bénéfiques. On pourra éventuellement effectuer un apport complémentaire de farine de poudre d’os.
  • Sol carencé en potasse : les feuilles se recroquevillent et leurs bords sont brun foncé (particulièrement observable sur les pommiers). Les fruits se conservent mal. Une fertilisation régulière à base de compost évitent ce type de carence. Il peut toutefois parfois être utile d’apporter de la potasse sous forme organique : cendres de bois, vinasse de betteraves…Le purin de consoude fait là aussi des miracles.
  • Sol carencé en calcium : les fruits restent verts. Les carences en calcium s’observent en terrain acide ou suite à un apport trop important de matières organiques mal décomposées (utiliser de préférence du compost mûr) qui bloqueront  l’assimilation par la plante. Une fumure à base d’algues marines peut s’avérer utile dans un sol acide.
  • Sol carencé en soufre : phénomène très rare et difficilement observable.
  • Sol carencé en magnésium : dues à un excès de potasse ou un manque de matières organiques, les carences en magnésium sont fréquentes sur les pommiers, les poiriers, les pêchers ou les cerisiers.
  • Sol carencé en oligo-éléments : nous n’entrerons pas en détail dans les carences éventuels des différents oligo-éléments. Sachez simplement que le compost, en permettant aux oligo-éléments présents dans le sol d’être assimilables par la plante, joue là aussi un rôle prépondérant. On trouve aujourd’hui dans le commerce des solutions naturelles riches en oligo-éléments.

Comme on vient de le voir, le compost constituera l’essentiel de la fertilisation biologique des arbres fruitiers. Nous allons donc maintenant voir plus précisément comment effectuer cette fertilisation.

Fumure de fond

En début de vie, un arbre a des besoins particulièrement importants en azote.

  • Mettre du compost au fond du trou de plantation.
  • Lors de la plantation, recouvrir les racines avec de la terre de profondeur mélangée avec du compost.
  • Combler avec de la terre de surface également mélangée à du compost.
  • Si le sol est carencé en azote, on pourra compléter cette fumure de fond par un engrais organique azoté (tourteau de ricin par exemple).

Fumure d’entretien

En pleine production les besoins en azote diminuent ; contrairement aux besoins en potasse et phosphore qui deviennent plus importants.

  • Tous les 2 à 5 ans, selon la richesse du sol, apporter à l’automne du compost en quantité suffisante (une brouette par arbre) au pied de l’arbre (désherber au préalable). Les vers de terre se chargeront de l’enfouir progressivement.
  • Dans un sol carencé en phosphore, on pourra compléter  la fumure avec un engrais organique riche en phosphore (farine de poudre d’os) en même temps que l’apport de compost.
  • Dans un sol manquant de potasse, apporter au printemps un engrais organique riche en potasse (vinasse de betterave par exemple).
Eviter d’apporter du compost tous les ans, ce qui aurait pour conséquence un enracinement peu profond, l’arbre se contentant alors de la fumure mise à se disposition en surface. Pour un bon enracinement, il est préférable de laisser l’arbre développer ses racines en profondeur.

 

Cette fertilisation d’entretien sera d’autant plus efficace si l’on applique également quelques  techniques complémentaires.

Techniques complémentaires

Le pré-verger

Plutôt que de travailler le sol du verger, on préféra laisser la végétation spontanée couvrir le sol du verger, ou encore faire une culture d’engrais verts (voir ici).

Ces techniques auront pour avantages de limiter l’érosion, d’augmenter le taux d’humus du sol et d’augmenter ainsi l’assimilabilité des oligo-éléments présents dans le sol.

Le Mulching

Le mulching consiste en une couverture permanente du sol avec de la paille ou autres résidus végétaux (notamment les herbes fauchées du pré-verger…)

Suite à un apport de compost, on dispose le mulch en couche de 15 à 20 cm sous la couronne de l’arbre.

En se décomposant, le mulch complétera les apports de compost, tout en le protégeant.

Un mulching a également  pour avantage de maintenir un certaine fraîcheur au pied de l’arbre ou encore d’amortir la chute des fruits.

Un bon mulch se transformera peu à peu en un riche humus. Une bonne chose me direz-vous ! Oui, bien sûr, mais ce mulch, en devenant nourriture pour l’arbre, aura également pour effet d’attirer superficiellement les racines des jeunes arbres (et les rendant ainsi plus fragiles)… Pour éviter cela, et permettre au contraire un enracinement en profondeur, pendant les premières années de croissance de l’arbre on utilisera de préférence des matériaux de couverture  libérant peu d’éléments minéraux (paille brute par exemple).

Attention aux rongeurs !

Les Purins et autres préparations à base de plantes

Comme nous l’avons vu plus haut, les préparations à base d’ortie (voir ici) ou de consoude (voir ici) auront également un effet bénéfique sur les cultures fruitières, notamment par les oligo-éléments qu’ils contiennent.

La pulvérisation sur les arbres fruitiers (en tout cas les arbres de formes libres) nécessitant parfois un matériel professionnel, le jardinier amateur utilisera plus aisément des purins  en arrosage au pied de l’arbre. Le purin devra au préalable être dilué à 10%.

 

  • Vous pensez que vos fruitiers sont carencés mais n’arrivez pas à déterminer d’où vient le problème ?
  • Vous hésitez sur la fertilisation à apporter à vos fruitiers ?
  • Des ravageurs ou maladies détruisent vos récoltes ?

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63 commentaires au sujet de “La Fertilisation Biologique des Arbres Fruitiers”

    • Bonjour
      Il n’y a pas de norme… ces purins sont des apports complémentaires (alors que des apports de matières organiques seront élémentaires), à faire en fonction des besoins réel de l’arbre (un jeune arbre n’aura pas les mêmes besoins qu’un arbre plus âgé) et des carences éventuelles…
      Par exemple, apporter de l’azote supplémentaire sous forme de purin d’ortie n’a pas vraiment de sens si l’arbre se développe parfaitement bien (ça peut même créer des déséquilibres…).
      Je ne peux donc vous donner une réponse toute faite…
      Mais en gros si l’arbre a du mal à se développer, il a peut-être besoin de plus d’azote (donc des arrosages au purin d’ortie seront alors bienvenus… vous pouvez mettre sans problème un arrosoir de purin dilué à 10% – ce 2 ou 3 fois au printemps à une quinzaine de jours d’espacement) – Si c’est la production fruitière qui est défectueuse, il faudra alors plutôt penser à la consoude (même ordre de quantités mais à partir de la floraison).

      Répondre
  1. Bonjour,

    J’ai plante quelques arbres fruitiers qui sont encore tout jeunes et je me demandais si, en plantant de la consoude au pied des arbres, dont je pourrais couper les feuilles et poser a meme le seul autour du tronc, leur serait benefique. Est-ce que les racines se feraient concurrence? Est-ce que la consoude envahirait le verger?
    Merci!

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  2. bonjour,

    j ai plante dans mon jardin il ya moins de 10 ans un mirabellier, un cerisier et un prunier qui ne donnent pas de fruits je suis désesperee ; je les traite a la bouillie bordelaise
    a l automne dois je degager les pieds? quel engrais bio me conseillez vous pour l automne?

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    • Bonjour Viviane,
      Sachez déjà que la bouille bordelaise détruit les fleurs si vous traitez pendant la floraison… cela peut être la raison principale du fait que vous n’ayez pas de fruits…
      Sinon, pour la fertilisation, chaque automne, apportez du compost au pied de vos arbres puis paillez par dessus… ils auront suffisamment de fertilisant à disposition.
      A défaut, un engrais organique riche en potasse (voir par exemple ici) conviendra.
      Cordialement,
      Gilles

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  3. Bonjour Gilles,
    Je découvre aujourd’hui votre site/blog, super.
    Le cadre/ Une petite ferme en installation à 60km de Marrakech, aux pieds de l’Atlas, bienvenu aux visiteurs!
    La base/ 60 beaux et gros oliviers, 12 m entre chaque, ou nous avons planté des fruitiers, un peu de tout, pour notre consommation.
    Oh joie des bêtes errantes, ânes et moutons… qui se sont sérieusement régaler des jeunes pousses de nos bébé arbres.
    Il y a t’il quelques chose à faire pour les requinquer? ou simplement attendre et les protéger?
    Merci et bonne journée.

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  4. Bonjour Gilles,

    Tout d’abord bravo pour ce que tu fais et partage abondamment. Très belle démarche, ça manque tellement de nous jours.

    J’ai moi aussi beaucoup de questions mais je ne vais pas te solliciter avant d’avoir dans un premier temps essayé de suivre tes conseils.

    Bon week end
    Yoram

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