On me demande fréquemment s’il est possible d’utiliser la sciure de bois au jardin.
Bien que ce soit “possible” et que vous trouverez des articles prônant, parfois sans aucune mise en garde, les intérêts de ce matériau, je réponds en général que mieux vaut s’en abstenir… Vous allez vite comprendre pourquoi… Toutefois, il me semble intéressant d’apporter ici quelques nuances et précisions. Nous verrons donc tout de même comment vous pourrez utiliser la sciure au jardin.
Mais, pour commencer, et comme il y a souvent confusion entre BRF (Bois Raméal Fragmenté) et sciure, une petite définition de la sciure s’impose.
Prenons celle du petit Robert : “ Déchets en fine poussière ou petites particules d’une matière qu’on scie (notamment le bois).”
On comprend donc qu’il s’agit d’éléments très petits… ce qui a une importance primordiale, comme nous le verrons plus loin.
Provenance de la sciure de bois
Avant toute chose, il est clair que nous parlons ici de sciure de bois… Pas de sciure qui serait issue de tout autre matériau.
Ceci posé, avant d’entreprendre d’utiliser la sciure au jardin, posons-nous une simple question : d’où provient cette sciure ?

- Elle est issue d’un travail à la tronçonneuse ? Sachez alors que les huiles de chaînes “classiques” contiennent des hydrocarbures… de quoi polluer durablement le sol de votre jardin ! Donc, à moins d’utiliser une huile de chaine biodégradable (ce que je vous recommande… pour le bien de la vie sur Terre), abstenez-vous d’utiliser la sciure de bois, de quelque façon que ce soit, au jardin.
- Le bois dont est issu la sciure a été traité chimiquement, ou vous l’ignorez ? Là encore, mieux vaut évidemment ne pas amener cette pollution chimique dans votre jardin !
- Il s’agit de bois de résineux ? Sauf peut-être pour une culture appréciant l’acidité (fraiseraie notamment), ce type de sciure n’est pas non plus recommandée au jardin.
Mais savoir que la sciure que vous envisagez d’utiliser dans votre jardin ne fait pas partie de ces cas d’exclusion (la liste n’est d’ailleurs probablement pas exhaustive… n’hésitez pas à apporter votre grain de sciure dans les commentaires en bas de cet article) n’est pas encore suffisant…
En effet, même si elle répond aux précédents critères de sélection (ou plus exactement d’exclusion), la sciure n’est pas sans présenter des risques et inconvénients majeurs pour le sol d’un jardin…
Risques et inconvénients de la sciure de bois au jardin

Pour commencer, revenons sur le fait que la sciure est un matériau très petit, très fin.
Cette particularité physique entraine un inconvénient majeur : les fines particules de sciure risquent de s’agglomérer entre-elles. Elles formeront alors, à la surface du sol, une couche compacte, imperméable à l’eau, mais aussi à l’air. Ce qui aura pour conséquence une asphyxie du sol… Mélanger la sciure avec d’autres matériaux, comme nous le verrons plus bas, atténuera quelque peu ce risque…
Nous avons vu précédemment que les sciures issues de bois de résineux étaient à exclure du fait du risque d’acidification du sol. C’est également un risque avec certaines espèces de feuillus (chênes et châtaigniers par exemple).
Par ailleurs, la sciure a besoin d’azote pour se décomposer. Tout comme avec le BRF, les risques de faim d’azote sont bien présents. Nous verrons aussi plus loin comment limiter de risque…
Vous comprenez maintenant pourquoi je déconseille en général d’utiliser de la sciure pour le jardin…
Ces mises en garde posées, voyons pourquoi la sciure peut être utile dans un jardin.
Avantages de la Sciure au Jardin
Tout comme le BRF, la sciure présente quelques avantages fort intéressants pour le jardin.
Amendement du sol
La sciure peut constituer un amendement utile pour le jardin :
- Amélioration de la structure du sol : en se mélangeant progressivement à la terre, la sciure en favorisera l’aération, la rétention d’eau mais aussi le drainage.
- Enrichissement du sol : en se décomposant, grâce à la lignine et la cellulose qu’elle apportera, la sciure améliorera la fertilité du sol à long terme.
Paillage naturel
Outre ces effets améliorant pour le sol, la sciure apportée en surface aura notamment pour intérêt, comme tout autre paillage :
- La réduction de la pousse des “mauvaises herbes“.
- Le maintien de l’humidité et donc, par conséquent, la diminution des besoins en arrosage.
- En “isolant les racines”, une protection contre le gel en hiver.
Un paillage de sciure dissuaderait les limaces et escargots… à vérifier !
Recyclage et durabilité
Bien évidemment, utiliser la sciure au jardin n’est pas dénué d’intérêt d’un point de vue écologique :
- Valorisation des déchets de bois.
- Alternative aux produits de jardinage commerciaux : réduction de l’empreinte carbone et des produits chimiques.
Voyons maintenant comment utiliser les sciures de bois… avec grandes précautions.
Comment utiliser la sciure de bois au jardin ?
Mélanger et composter la sciure
Pour différentes raisons évoquées dans cet article, la première recommandation que je ferai ici sera de mélanger la sciure avec d’autres matériaux…
Et, le moyen le plus approprié pour cela est le compost… que ce soit en compostage de surface, ou en compostage classique,
Une fois compostée, la sciure ne risquera plus de compacter, d’acidifier (le compost équilibre le PH) ou d’engendrer une faim d’azote…
C’est à mon sens la façon la plus sage d’utiliser la sciure au jardin.
Pailler avec de la sciure de bois ?
Certains articles recommandent une épaisseur de paillage de 5 à 10 cm de sciure de bois… Ce sans aucun avertissement !
Nul doute que de nombreux jardiniers ont dû se mordre les doigts d’écouter ce conseil.
Sur un sol un tant soi peu compacté, ou lourd, ou froid… la faim d’azote est alors quasiment assurée… et l’asphyxie du sol plus que probable…
Bref, sauf sur un sol déjà suffisamment aéré et bien vivant, je m’abstiendrais de faire cela…
Et je reviendrais alors tout simplement au conseil précédent : mélangez et compostez… en surface en l’occurrence. Par exemple, à l’automne, une bonne épaisseur de fumier surmonté de 4 ou 5 cm de sciure me semble être une approche plus raisonnable et finalement bénéfique pour la vie du sol.
Utilisez la sciure pour des cultures qui l’apprécient

Certaines plantes, notamment des fleurs ou encore l’ail ou les oignons, n’ont besoin que de très peu d’azote pour se développer. Ces cultures seront donc plus aptes à être paillées avec de la sciure de bois, sans pâtir d’une éventuelle faim d’azote.
Dans cette même idée de plante adaptée, une sciure acide (donc issue de conifères, de châtaigniers ou encore de chênes) pourra parfaitement être utilisée en paillage d’une fraiseraie par exemple. Néanmoins, j’appliquerais là encore mon principe de précaution : fumier (ou compost) en-dessous…
Constituez des allées de jardin avec la sciure !
Outre le compostage, la façon la plus sage d’utiliser la sciure est tout simplement de constituer des allées avec ce matériau.
Non seulement, ça n’aura pas de conséquence négative sur les cultures (puisqu’apportée là où il n’y en a a pas), tout en marquant bien les allées, mais c’est aussi du plus bel effet.
Utilisez la sciure pour les semis ?
Voici un procédé utilisé pour la germination des graines :
- Dans une terrine de semis, déposez les graines sur un tapis de sciure
- Recouvrez d’une fiche couche de sciure
- Lorsqu’apparaissent les cotylédons, recouvrez d’un peu de terreau…
Je n’ai personnellement jamais essayé et ignore donc si c’est efficace…
Vos partages d’expérience sont bien entendu bienvenus sur ce sujet… Et plus largement sur les utilisations de sciures de bois au jardin (peut-être en avez-vous d’autres à proposer ?) !
Crédit photos : https://depositphotos.com/fr/






Bonjour, merci pour ces précieux conseils, disposant de sciures et copeaux (issue d’une raboteuse), ces derniers ont ils une utilité différente de la sciure fine ? Je pensais m’en servir pour pailler ou pour délimiter les zones de culture, est ce une bonne idée ?
Merci encore pour vos renseignements bien utiles ☺️
Bonjour Julien,
Ces matériaux, plus grossiers que la sciure, présentent normalement moins de risques de compactage et donc d’asphyxie du sol.
Ils peuvent donc être utiliser comme paillage… Toutefois, pour éviter toute mauvaise surprise (par exemple avec un sol réagissant mal à ce couvert), je vous suggère de faire quelques essais sur de petites surfaces avant de le faire à plus grande échelle.
J’utilise la sciure pour les allées du jardin et ça va plutot bien, pas de probleme de limaces, mais j’en ai jamais (j’em ais d’autres, bien evidemment)
en dessous je met meme du carton, ça dure pas mal de temp comme ça.
Bonjour,
Nous scions notre bois avec une scie électrique, j’ai toujours mis la sciure au compost, cela absorbe l’humidité lorsque l’on mets de grosses quantités de fruits ou de légumes en même temps. Je l’utilise également en litière pour chat ou pour les poules avant de mettre la paille. L’essentiel est de mettre de petites quantités à la fois pour empêcher qu’elle s’accumule en bloc. Mélangée à du fumier, cela fait du très beau compost.
la faim d’azote est limitée dans le temps (trois ans pour les bois verts ) et on peut réduire cette durée à six mois en utilisant la sciure ou le BRF en litière pour les animaux d’élevage (bovins équins ovins). La sciure est utilisée pour les toilettes sèches qui demandent un compostage long (deux ans ). Dans ces conditions je n’ai jamais remarqué d’effets défavorables pour mon jardin, bien au contraire.
bonjour j’utilise les copeaux de bois (cryptomeria japonica,plus ou moins resineux suivant les troncs) souvent pour pailler mais ca s’apparente sans doute davantage au brf.?
merci pour vos articles toujours tres interessants.
Bonjour Florence,
Plus ou moins… le BRF est du broyat issu de bois jeune, donc ça dépend surtout de ce paramètre.
Bonjour Gilles,
Merci pour tous tes conseils que je suis de longue date.
Comme tu en expliques bien les raisons, j’utilise peu la sciure de bois.
Je travaille un peu le bois, en amateur, avec une machine combinée. Pour me “débarrasser” de mon mélange de copeaux et de sciure, chêne, hêtre, châtaignier… (hors bois traité comme tu le soulignes) je paille modérément le pied de mes haies ou arbustes, ce qui n’empêche pas les adventices mais elles sont plus faciles à arracher. J’en mets aussi un peu dans mon composteur.
Prudence avec la sciure des menuisiers.
Bonjour et merci encore pour ces bons conseils.
Moi j’utilise la sciure de bois au printemps pour étaler au pied des fraisiers afin d’éviter le contact du sol aux fraises. Je dis bien sciure, obtenue après travail du menuisier avec ses machines à bois en atelier, à ne pas confodre avec des copeaux de bois qui seraient le résultat du travail à la tronçonneuse.
Je n’en met qu’en surface, donc je me dis que l’azote utilisé pour la décomposition est apporté par l’air et non par le sol ?
Par contre, n’imaginez pas que cela va freiner la pousse des adventices.
Au fil des désherbages successifs, la sciure se trouvent légèrement enterrée ; j’en remet au printemps suivant; je ne sais pas si je fais bien.
Actuellement, je prépare un nouvel emplacement de ma fraiseraie, en installant une toile tissée. Justement pour éviter un enherbement trop invasasif et … fastidieux. J’ai lu plusieurs commentaires positifs sur cette pratique, par des jardiniers précautionneux de la vie du sol.
Est-ce de bonnes pratiques ? On ne la sait jamais vraiment, car les conséquences, bonnes ou mauvaises, ne se constate qu’a très long terme, et on n’en connaît jamais l’origine.
Faisons ce qui nous semble bon, et la nature fera le reste.
Merci Michel pour ce partage. D’après ce que tu dis (et notamment que cela n’empêche pas les repousses), je pense comprendre que tu n’en mets qu’une très fine couche ?
Ceci dit, encore une fois, je ne partage pas cette distinction entre sciure et copeaux (définition : “Petite chute de bois très mince et très légère, de forme généralement arrondie, arrachée par un outil tranchant comme la hache, le rabot, la varlope, lors du travail du bois”). Les copeaux peuvent donc provenir de menuiserie, qui ne produit pas que de la sciure (on revient ici sur cette notion de produit issue du travail avec une “scie”, qui donne son nom au mot “sciure”) ; la différence est bien dans le résultat finale (des “grains” plus ou moins gros, mais “poudreux” pour la sciure ; et des morceaux, plus étalés pour les copeaux).
Cordialement,
Gilles
Bonjour,
Que pensez vous des copeaux d’écorces de bois ? Est ce le même problème ?
Merci d’avance 🙏🏻🙏🏻
Bonjour Chloe,
C’est un autre matériau : on parle ici de copeaux (pas de “poudre”) d’une texture bien différente…
Certains points peuvent se rejoindre (par rapport à l’acidité notamment), mais sinon, les écorces peuvent être utilisées sans autant de risques (sans pour autant qu’ils soient inexistants).
Je vais réfléchir à un article spécifique sur ce sujet.
Cordialement,
Gilles
Merci pour votre retour!
Bonjour,
Pour ma part, j’utilise la sciure (répondant aux critères de non-exclusion) dans mon composteur. J’ai toujours, à disposition, de la sciure sèche. Chaque fois que je mets des matières vertes dans mon compost, je rajoute une poignée ou deux de sciure afin d’équilibrer son contenu et améliorer le compostage.
La sciure peut également être utilisée pour les toilettes sèches.
Bonjour Gilles,
Un bûcheron des Cévennes à qui j’en avais parlé introduisait une nuance à la définition du dictionnaire, à savoir que pour sa profession, la sciure est par définition le bois enlevé par une scie ( circulaire, à ruban…).Pas par une tronçonneuse.
En effet, les chûtes d’une coupe à la tronçonneuse sont dites des copeaux…
Nuance de pro sans doute, mais effectivement c’est recevable vu que le “grain” est sans rapport entre la ” poussière” d’un sciage industriel et les copeaux d’une tronçonneuse dont le format fait plus penser à du BRF passé dans un broyeur à couteaux qu’à de la semoule…
A ce titre, ils s’agglomèrent sans doute différement de la sciure qui peut donner une pâte avec l’humidité ambiante et seraient donc à considérer différemment?
Sans faire grande diversion au sujet du jour…mais comme les deux textures sont mixées dans les pellets ou granulés de bois de chauffage, l’un servant à la tenue du grain fin de l’autre… je veux relever que vos réserves sur la qualité, la nature du bois utilisé, la provenance…et l’industrialisation nécessaire à la mise en forme prennent ici aussi tout leur sens car tout ne se vaut pas sur ce marché sans conséquences pour l’environnement…
Bonjour Robert,
Merci pour ce commentaire
Je ne partage pas cet avis de pro (qui diffère d’ailleurs en tout cas dans d’autres régions… j’ai aussi travaillé en bûcheronnage et on parlait bien de sciure…). Les “déchets” résultant d’un travail à la tronçonneuse (en tout cas bien réglée…) se rapprochent pour moi beaucoup plus d’une sciure de menuiserie que de copeaux type BRF… même si elle peut être en effet un peu plus grosse, ce sciure a néanmoins une texture poudreuse (et non pas de morceaux de bois)…
Et, pour avoir testé une sciure de tronçonneuse au jardin, je peux dire qu’elle s’agglomérait… Je n’ai pas recommençé.
Mais après, il y a aussi très probablement des distinctions à faire selon le type de bois, le sol et même le climat… Aucun avis, y compris bien sûr le mien, n’est donc à prendre pour argent comptant !
Le mieux est donc toujours de tester sur un petit carré…
Cordialement,
Gilles
Bonjour et merci pour le partage …Je réagis sur les allées faites avec de la sciure;;;;j’ai suivi ce conseil et , nous nous sommes retrouvés avec les sabots de jardin où la sciure a collé : résultat : véranda à nettoyer ! une ( petite) catastrophe ! nous avons tout balayé et depuis, je laisse les allées s’enherber et on y passe la tondeuse . Pour les escargots et limaces , ça ne les gêne que lorsqu’elle vient d’être mise et est poudreuse. Quelques jours après, elle se tasse et devient plutôt attirante, les escargots raffolant du bois !
En info , j’avais même essayé les tapis faits de cheveux sensés etre anti-limaces et escargots et ça ne fonctionne pas non plus : ils vont dessus à l’aise !!!