Nématodes et Ravageurs du Sol

Auparavant plutôt réservés aux professionnels, les nématodes sont aujourd’hui disponibles pour tout le monde et de fait de plus en plus utilisés par les jardiniers amateurs.

Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, je tiens à faire une petite « mise en garde ».

Si vous suivez ce blog depuis un moment, vous connaissez probablement mon aversion à parler de « ravageurs » (et vous ne m’entendrez normalement jamais parler de « nuisibles »).

Je considère en effet qu’une population animale, quelle qu’elle soit, ne risque de poser de réel problème qu’en cas d’invasion. Quelques individus d’une population donnée ne prendront que leur part du festin auquel les animaux ont aussi droit… non ?

Et, d’une manière générale, en n’intervenant pas, nous pouvons constater que les populations finissent par se réguler d’elles-mêmes; ce qui implique toutefois de favoriser un maximum de biodiversité au sein de son jardin (à défaut de pouvoir le faire plus largement…).

Alors qu’au contraire, en supprimant un animal, fusse de façon tout à fait naturel, on ôte par là même le pain de la bouche d’un autre animal… finissant par appauvrir un peu plus notre biodiversité.

Selon moi, l’utilisation d’un « insecticide » biologique doit donc être strictement réservé aux cas extrêmes, en derniers recours.

Bon, ok, les nématodes ne sont pas à proprement parler des « insecticides », du moins dans le sens où on l’entend (ce sont des organismes vivants, naturellement présents dans le sol).

Il n’en demeure pas moins qu’ils sont destinés à tuer !

Personnellement, dans mon potager naturel, je n’utilise donc pas plus de nématodes qu’aucun autre insecticide biologique… mais je comprends que dans certaines situations de déséquilibre écologique, ou d’invasion non contrôlée, on puisse y avoir recours.

Je préfère donc vous présenter ici une solution somme toute moins néfaste que d’autres (les insecticides à base de pyrèthres naturels par exemple), sachant que les nématodes n’ont d’effet que sur les animaux ciblés, et ce sans rémanence dans l’environnement.

C’est parti…

Les nématodes – Qu’est-ce que c’est ?

Sachet de nématodes
Sachet de nématodes multi-cilbles : mouche des terreaux, chenilles du verger (carpocapse) et du potager (ver du poireau, mineuse de la tomate), larves de taupins…

Les nématodes sont des organismes vivants, en fait des vers microscopiques (invisibles à l’œil nu), présents naturellement dans le sol (mais en petits nombres).

On peut les considérer comme des « auxiliaires » du jardiner (bien qu’en réalité, c’est plutôt le jardinier qui est l’auxiliaire…).

Certains nématodes ont une action spécifique sur tel ou tel « ravageur ». D’autres ont un spectre d’action plus large (ils sont dits « multi-cibles »). Les différents nématodes sont distingués par 2 lettres (Sf, Hb, Sc…).

Les nématodes ne sont nocifs que pour les organismes auxquels ils vont s’attaquer. Ils ne le sont pas pour les insectes « utiles », les animaux vertébrés, les plantes, les humains ou encore les animaux qui en viendraient à consommer les ravageurs tués par des nématodes…

Je tiens toutefois à rappeler à nouveau que détruire un animal n’est pas sans conséquence sur les équilibres naturels… les oiseaux par exemple apprécient beaucoup certaines chenilles ou autres larves… en tuant ces derniers, c’est aussi une partie du garde-manger qui disparaît.

Les nématodes sont présentés sous forme d’une espèce de poudre à diluer dans l’eau.

Comment ça fonctionne ?

Les nématodes, en se déplaçant dans le sol, vont partir à la recherche des larves des ravageurs qu’ils sont censés détruire.

Les nématodes vont ensuite pénétrer, par des voies naturelles, dans le corps des « ravageurs ».

En se multipliant à l’intérieur de leurs corps, ils vont complètement les parasiter, entraînant la mort des ravageurs en quelques jours.

Mais ça ne s’arrête pas là…

En effet, quelques semaines plus tard (2 ou 3 selon les fabricants), ces nématodes vont quitter le corps de leurs victimes et s’attaquer à d’autres larves… le traitement continue donc.

Sur quels « ravageurs » utiliser des nématodes ?

On trouve des nématodes utilisables sur certains insectes adultes, par exemple pour les fourmis (laissez-les vivre bon sang !) ou les thrips.

Or, des solutions naturelles répulsives existent pour tenir à distances les insectes (des demi-citrons laissés à pourrir pour éloigner les fourmis… ou encore des préparations naturelles à base de tanaisie ou d’absinthe). Pour les raisons évoquées plus haut, elles sont de loin préférables à l’emploi de nématodes.

Et bien entendu, si nous réussissons à éloigner les insectes adultes avant que les femelles n’aient eu le temps de pondre, nous n’aurons ensuite pas de problème de larves…

Nous nous contenterons donc ici de présenter les nématodes utilisés pour détruire les larves effectivement présentes dans ou sur le sol, sur lesquels les répulsifs ont peu, ou pas, d’efficacité.

Voyons maintenant sur quelles larves il est possible d’employer des nématodes :

  • les nématodes sont efficaces contre les larves d'otiorhynques
    Otiorhynques adultes causant quelques petits dégâts sur le feuillage… et laissant présager la présence de larves, beaucoup plus destructrices…

    larves de hannetons (vers blancs) : les larves de hannetons (à ne pas confondre avec la larve du cétoine doré… un auxiliaire précieux au jardin) dévorent les racines ou les tubercules en été. On observe aujourd’hui une recrudescence dans les jardins (les apports de matières organiques vivantes n’y sont probablement pas étrangers… chaque chose, aussi positive soit-elle, a son pendant négatif…). Les nématodes Hb sont efficaces contre les larves de hannetons.

  • larves otiorhynques : ces larves s’attaquent également aux racines et tubercules… on pourra également utiliser les nématodes Hb (lien juste au dessus).
  • pyrale du buis : ce ravageur est en train de détruire le buis… sans autre solution naturelle réellement efficace (si certains en ont, n’hésitez pas à les partager dans les commentaires ci-dessous…), l’utilisation de nématodes spécifiques à la pyrale du buis est peut-être le solution la plus acceptable.
  • larves de taupins : cette larve, ayant l’apparence d’un petit asticot (mois de 1 cm) de couleur orangé, s’attaque au collet des salades (qui fânent en quelques heures) ou encore aux pommes de terre. Aucune solution naturelle n’est réellement efficace, si ce n’est de retourner la terre pour mettre les larves de taupins à disposition des oiseaux, qui en raffolent… l’emploi de nématodes Sf multi-cibles est possible.
  • larves de mouches de terreaux : les mêmes nématodes Sf multi-cibles sont efficaces contre les larves de mouches du terreau
  • ver du poireau : il est vrai que ce ravageur peut causer de sérieux dégâts dans une plantation de poireau… là encore, les nématodes Sf multi-cibles seront efficace.
  • larves de noctuelles terricoles (vers gris) : des pulvérisations répétées de tanaisie éloigneront les noctuelles adultes (un papillon) avant qu’ils ne pondent… mais si les chenilles sont présentes dans le sol, on pourra alors avoir recours à l’utilisation de nématodes Sc.
  • larves de tipules : communément appelés « cousins », les tipules sont très utiles dans un jardin, comme nourriture pour les oiseaux ou les batraciens, mais aussi parce que participant activement à la formation de l’humus (en dégradant par exemple les feuilles mortes) ou encore à l’aération de sols… Je déconseille donc l’emploi des nématodes Sc sur les tipules.

Notez également que les nématodes Sf multi-cibles sont efficaces pour les carpocapses des arbres fruitiers…

Comment utiliser les nématodes ?

Poudre de nématodes... périmée... je ne l'ai jamais utilisée
Sachet de nématodes périmés… on me l’a donné… je ne l’ai jamais utilisé…

Notez déjà que le temps de conservation des nématodes est limité (ce sont des organismes vivants). Une date de péremption figure sur l’emballage… N’en faites pas un stock !

En attendant de les utiliser, ils doivent être conservés au frais (réfrigérateur – entre 7 et 12° C).

Précisons aussi que les nématodes sont particulièrement sensibles aux rayons UV. Aussi, ne les exposer jamais au soleil !

Les nématodes présentés dans un sachet sont mélangés à une poudre d’argile, destinée à faciliter l’application.

On peut utiliser des nématodes tant en extérieur que sous abri.

Nous l’avons vu plus haut : les nématodes vont partir à la recherche de larves des ravageurs visés et les parasiter, provoquant leur mort en quelques jours.

Aussi, le traitement doit se faire uniquement lorsque les ravageurs sont présents (faute de ravageurs à parasiter, les nématodes mourraient… un traitement pour rien donc).

Le traitement sera effectué à une température comprise entre 12 et 25°C, de préférence le matin ou en soirée, ou encore par temps couvert (en d’autres termes : ne le faites pas en plein soleil).

Nous allons prendre ici l’exemple de 5 millions de nématodes correspondant à une surface de 10 m² à traiter (les quantités pourront différer selon le conditionnement et le produit… les indications d’utilisation figurent sur l’emballage du produit… lisez-les)

Voici comment préparer le traitement :

  • le sol doit être légèrement humide au moment du traitement. Aussi, s’il n’a pas plu avant, commencez par arroser le sol
  • diluez le sachet dans 5 litres d’eau
  • mélangez bien pendant 3 minutes
  • ajoutez à nouveau 5 litres d’eau (vous avez maintenant 10 litres de mélange prêt à être utilisé)

2 modes de traitements sont possibles :

  • à l’arrosoir : épandre la préparation, avec une pomme d’arrosoir, sur vos 10 m² de surface à traiter
  • au pulvérisateur : nettoyez l’équipement avant d’y mettre votre préparation. Enlevez les filtres. Installez une buse avec un diamètre supérieur à 0.5 mm. Pulvérisez au sol, sur la surface à traiter (en agitant le pulvérisateur pour éviter que les nématodes ne se déposent au fond)

Il est également recommandé d’arroser (à l’eau) ensuite la zone traitée afin de décoller les nématodes ayant éventuellement adhéré à des plantes et de favoriser leur dispersion sur le sol…

Mais ça ne s’arrête pas là : pour une plus grande efficacité, il faudrait ensuite maintenir le sol humide pendant 1 mois… une façon de procéder peu écologique (consommation importante d’eau…) et propice au développement de maladies cryptogamiques… bref pas génial tout ça !!!

Les larves mortes seront  reconnaissables à une couleur brun-rougeâtre.

En conclusion

Je ne le répéterai jamais assez : l’utilisation d’un produit visant à tuer, même s’il est « bio » (comment un produit destiné à tuer peut-il être « bio » – un mot qui signifie « vie » ?), n’est pas sans conséquence sur les équilibres naturels… ce qui découle inévitablement sur une lutte sans fin…

D’une manière générale, je ne recommande donc pas l’utilisation de nématodes… même si cette solution peut être acceptable dans certains cas.

La démarche « positive » que je vous propose de mettre en oeuvre (voyez ici) vise au contraire à mettre en place des pratiques culturales adaptées avec pour objectifs d’obtenir une terre vivante et fertile et de favoriser une biodiversité maximale au sein de votre jardin.

Car c’est ainsi que vous finirez par pouvoir vous passer complètement d’insecticide, pour un potager vraiment naturel !

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  • Bonjour Gilles,
    Je pense que nous avons le même point de vue sur les effets de ces insecticides (même s’ils sont considéré comme naturel et/ou toléré en agriculture biologique). Tu as abordé les taupins et j’ai justement eu le cas dernièrement d’une lectrice de mon blog, j’en ai donc fait un article et effectivement, il y a d’autres solutions pour les éloigner et s’en défaire. Si cela t’intéresse voici le lien > https://au-potager-bio.com/se-debarrasser-naturellement-des-taupins/
    A mon sens, l’une des premières choses à faire avant d’envisager un traitement c’est de prendre le temps de comprendre le cycle de vie, ce qui favorise le dits « nuisibles », qui sont les potentiels prédateurs à attirer etc …
    Merci pour ces articles riches et complets que tu partages
    Amicalement, je te souhaite à toi et tes lecteurs(trices) une bonne journée
    Yannick

  • Bonjour Gilles,

    Je te suis depuis quelques mois. Je suis d’accord avec toi, les nuisibles doivent etre combattus par la biodiversité. Merci pour cette phrase « comment un produit destiné à tuer peut-il être “bio” – un mot qui signifie “vie” ? » j’adore.
    Isabelle

  • Bonjour Gilles et merci pour cet article très intéressant. J’ai justement été confrontée il y a quelques semaines à l’utilisation des nématodes pour une invasion d’otiorhynques dans des plantes en pot, exponentielle depuis… 5 ans ! Jusqu’à maintenant j’essayais de réguler les adultes avec des pièges (également garnis de nématodes d’ailleurs) mais vu la dentelle des feuillages et l’état de dépérissement de certaines plantes, il fallait s’attarder plus sérieusement sur les larves. D’autant que ces plantes doivent être repiquées à présent dans un grand jardin, hors de question donc de « contaminer » toutes les autres. Ceci dit, je me demandais si les nématodes pouvaient agir également sur les pupes de la mouche du noyer, et si les poules ne pouvaient pas être tout aussi efficaces pour m’en débarrasser. Merci encore pour vos contenus formidables ! Aurélie

    • Bonjour Aurélie,
      J’ignore si il y a des nématodes efficaces pour les pupes de la mouche du noyer (je n’en ai pas vu en tout cas le spécifiant).
      Oui, les poules sont un bon moyen d’éliminer les vers du sol… avec un inconvénient majeur toutefois : lorsqu’il y a des cultures en place, mieux vaut éviter de laisser des poules divaguer dans un potager… elles retournent tout.
      Mais c’est une bonne solution pour un verger, et dans un potager si vous n’avez pas de cultures en hiver par exemple : elles feront le ménage dans le sol.
      Bonne journée
      Gilles

      • Merci infiniment pour votre réponse rapide, Gilles ! C’est une bonne nouvelle pour les poules ! L’idée étant de préparer ma terre pour le printemps prochain (je viens d’emménager) puis éventuellement d’avoir un poulailler / enclos mobiles pour faire une rotation.

  • Bonjour Gilles et merci pour cet article.
    En fait je suis surprise d’apprendre qu’on peut souhaiter introduire des nématodes au jardin. Je pensais qu’il fallait les éloigner, puisque c’est un des arguments pour les œillets d’Inde au potager (repousse les nématodes). Est-ce qu’on parle des mêmes nématodes ?

    • Bonjour Camille,
      Vous soulevez une question intéressante.
      En fait, il y a des nématodes qui vont s’attaquer aux plantes (ce sont ceux que vont éloigner les œillets d’Inde par exemple) et d’autre qui vont s’attaquer aux animaux invertébrés (ce sont les nématodes « auxiliaires » dont on parle dans cet article) et d’autres encore aux animaux vertébrés (certains à l’humain…).
      Quelques précisions ici: https://www.aujardin.info/fiches/nematodes.php

    • J’ajouterais alors que l’on peut se poser la question (qui vient de me traverser l’esprit) : les nématodes auxiliaires sont-ils compatibles avec un jardin naturel dans lequel, comme nombre de jardiniers, on aura planté des œillets d’Inde…
      En d’autres termes, les œillets d’Inde éloignent-ils seulement les nématodes s’attaquant aux plantes comme je le suggère dans ma réponse précédente ? ou bien vont-ils également éloigner les nématodes auxiliaires ?

  • Bonjour Gilles et bonjour à tous
    Une question qui est peut être hors sujet , mais …….Comment éliminer le liseron dans le jardin . S’il y a un moyen je veux bien …………… Merci

  • Bonjour Gilles, c’est mon premier commentaire, mais j’avais un truc à partager.
    je n’avais jamais entendu parler des nématodes, quézaco!!!
    Comme vous je ne suis pas convaincue du déséquilibre que çà peux créer…si on peut l’éviter. A propos n’est ce pas la pyrale du buis qui avait été introduite pour « combattre »je ne sais quelle autre bestiole…?
    J’ai quelques buis sauvageons, et ce printemps ils étaient infestés de chenilles, et la solution de l’insecticide »bio » au bacillus je saisplusàquoi c’était négatif car j’ai des mésanges qui se régale de chenilles et je ne veux pas les rendre malade au bacillus insecticide bio mais pas inofensif. C’est qu’elles me mangent aussi les chenilles processionnaires entre autre d’être à leur place. Donc au final j’ai pulvérisé les buis à la bonne huile de neem, j’ai recommencé aussi dans l’été sans insister. A surveiller mais à part quelques grignotages les buis sont peinard. A noter une bonne grosse grêle de fin de mai c’est radical pour la pyrale… moins pour le jardin.

    • Bonjour Sylvie,
      Juste pour dire que l’huile de neem est loin d’être sans danger (elle n’est d’ailleurs pas autorisée comme insecticide en agriculture biologique en France…).
      En effet, le principal composant de l’huile de neem est l’azadirachtine, un perturbateur endocrinien, responsable par exemple d’atrophies chez les jeunes abeilles ou encore de perte de fertilité…

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