Les Fausses Bonnes Solutions au Jardin Bio

Toutes les méthodes « naturelles » de jardinage diffusées sur le web ou dans les livres ne sont pas forcément de bonnes solutions.

Et, certaines d’entre-elles, si elles n’en demeurent pas moins naturelles, ne supporteront pas un examen plus approfondi.

Je vous propose donc un petit tour de quelques fausses bonnes solutions de jardinage naturel.

Le sel pour désherber

Le sel est très efficace pour désherber; c’est indéniable.

Seulement, le sel tuera également une grande partie des micro-organismes du sol.

Et de surcroît, rien ne poussera sur une terre traitée au sel pendant des mois, voire des années si le dosage est important.

Certains ne manqueront pas de me répondre que l’on peut alors employer le sel pour désherber les allées par exemple… mais c’est sans compter sur le ruissellement.

Bref, l’utilisation du sel aura des conséquences catastrophiques pour la vie du sol de votre jardin. Mieux vaut donc s’en abstenir.

Les pièges à bière pour les limaces

Je vous entend déjà réagir : « mais si c’est efficace : j’en ai mis dans mon jardin et le bocal était rempli de limaces ! »

Les pièges à limaces, ça fonctionne très bien…

Et vous avez raison… mais c’est justement cette remarquable efficacité de la bière pour attirer les limaces qui est problématique.

Des expérimentations ont ainsi démontré que ces chers mollusques, attirés pas l’odeur de la bière, venaient de très loin pour venir y plonger.

Et, en réalité, des limaces qui ne seraient jamais venues dans votre potager arrivent donc en nombre, dévorant au passage vos jeunes pousses de légumes.

Alors, comme je le préconise dans Mon Potager au Naturel, je vous recommande plutôt de placer vos pièges à bière chez vos voisins… si vous êtes en froid avec eux !

Mais si vous vous entendez bien avec vos voisins, abstenez-vous.

L’introduction de coccinelles comme auxiliaires naturels

Oui, les coccinelles sont de formidables prédatrices.

Mais là où cela pose problème, c’est que les coccinelles d’élevage utilisées dans cette optique viennent très souvent de souches asiatiques.

Seules les coccinelles indigènes sont bienvenues dans nos jardins !

Et il se trouve qu’elles se plaisent bien chez nous… se reproduisant très vite, au détriment des coccinelles indigènes dont elles colonisent les habitats, et envahissant les maisons en hiver comme beaucoup ont déjà pu le constater (voir ici).

Pour attirer des coccinelles ou autres auxiliaires naturels, il est à mon sens  largement préférable de favoriser la biodiversité végétale, notamment en laissant ici et là prospérer la végétation sauvage.

Mais si vous persistez dans cette idée d’introduire des coccinelles chez vous, veillez à ce qu’elles soient bien de souche européenne.

Le sable pour alléger un sol lourd

Le sable est fréquemment utilisé pour alléger un sol argileux.

Mais le sable et les argiles ne se mélangent pas bien. Combien de fois ai-je ainsi pu observer des sols déstructurés, avec d’un côté le sable et de l’autre des argiles…

Certes la terre de votre jardin paraîtra alors plus légère. Mais très souvent, aux moindres pluies un peu violentes, ce type de sol déstructuré formera une couche très dure en surface. Et surtout, un sol ainsi constitué ne favorisera pas le développement de la vie, bien au contraire.

Aussi, pour alléger un sol lourd, je préconise plutôt la culture d’engrais verts ou encore des apports réguliers de compost ainsi qu’une couverture permanente du sol.

 

La liste ci-dessus est bien entendu non exhaustive… Vous connaissez vous aussi des méthodes naturelles dont les résultats vont finalement à l’encontre du but recherché ou  ayant des conséquences écologiques importantes ? Partagez cela ci-dessous !

  • Bonjour Gilles,
    Tout à fait d’accord avec tes fausses-bonnes idées 🙂 Il y a tellement de « recettes » qui font plus de mal que de bien au potager que pour conclure, je dirai que le fait maison a ses limites 😉
    Merci pour ton partage
    Amicalement
    Yannick

  • Salut Gilles et tous,

    Ah mais il y a une foule de choses qui sont très dangereuses, très érosives… mais bio !

    Par exemple, l’eau bouillante pour désherber. On l’entend parfois. C’est sans doute pire que le glyphosate !

    Ou encore secouer les arbres, parfois à la machine, pour que les petites radicelles se cassent et qu’il produise plus par la suite quand elles seront refaites…

    Les composts de toilettes sèches… On n’a aucune idée ce que ça peut contenir de métaux lourds, médicaments et autres cochonneries tant qu’on ne l’a pas fait analyser. De plus, c’est un compostage très minutieux et très long, donc au mieux incertain.

    Et en plus… est-ce qu’on dit à nos enfants que notre caca va sur les salades ? Est-ce qu’un maraîcher « bio » va dire à ses clients qu’il urine dans son compost et étale ses crottes au jardin ?

    A pire, une fois qu’on sait qu’il est « sain », autant le réserver pour les rosiers.

    Sans lancer un débat insondable, je dirais que la même chose peut très bien s’appliquer aux fumiers issus de conventionnels.

    Il y a aussi les paillages de paille ou de foin traités aux biocides, notamment les fongis. Mais l’expérience montre que le fongicide, tout au moins, est inefficace, donc inerte, après quelques semaines à l’extérieur. il arrive même que du blé traité aux trois passages de fongi à pleine dose pourrisse sur pied…

    Egalement, la solarisation par bâches plastiques transparentes non perforées.

    Et puis avec un sourire amical en coin, je dirais volontiers que tout outil de travail du sol et l’effondrement écologique qui en découle est un véritable hiroshima.

    Mais c’est en lien avec des discussions récentes sur le forum du jardinier bio et je le répète, c’est avec un sourire chaleureux.

    En attendant, en ce moment ça bosse dur sur le forum.

    Amitiés,

    Benoît

    • Salut Benoît,

      Merci pour toutes ces fausses bonnes solution, avec lesquelles je suis tout à fait d’accord… sauf pour ce qui concerne le travail du sol.

      Je suis bien évidemment d’accord avec toi pour ce qui concerne les outils rotatifs ou de retournement. Mais je ne peux te suivre lorsque l’outil utilisé est un outil permettant juste d’aérer le sol (la Grelinette bien sûr) sans retournement.

      L’aération d’un sol n’est pas néfaste, contrairement à ce que tu affirmes parfois… l’oxygène y est même indispensable. Si ce n’est par la Grelinette, cette aération est assurée par les galeries creusées par les vers de terre et autres animaux vivant dans le sol… Et le travail à la Grelinette ne nuit justement pas à la vie du sol car le travail se fait en douceur et les couches sont respectées.

      De nombreux jardiniers utilisant cet outil depuis des décennies peuvent d’ailleurs témoigner d’un sol parfaitement vivant et fertile, à condition bien entendu d’y apporter également des matières organiques (que ce soit du compost ou par paillage par la suite). Bref, j’ignore d’où tu tires cette certitude, mais l’expérience sur le terrain la contredit complètement.

      Cela dit également en toute amitié, d’autant plus que sur le fond, je ne peux qu’approuver cet objectif de non-travail du sol. Après, dans la pratique, c’est une autre histoire… Et, en l’état actuel de nos connaissances techniques, le travail du sol à la Grelinette demeure une solution écologique pouvant tout à fait être envisagée dans bien des cas. Tes difficultés à trouver une solution efficace et cohérente quant au problème de réchauffement d’un sol couvert en témoignent d’ailleurs…

      Gilles

  • C’est très juste Gilles…

    Il y a un écueil, majeur mais unique, quant au réchauffement des sols au printemps pour qui souhaite se limiter au travail organo-biologique strict…

    Ceci dit: Je garde gros espoir, et je ne suis pas le seul. Il y a une foule de gens qui gazent sévèrement dans le domaine.

    Tout le monde a le même problème de sols froids et thermiquement « lourdauds ».

    C’est vrai que ça marche comme ça en écosystème climacique, notamment forestier chez nous, mais le problème c’est que nous faisons pousser des légumes et des fruits, pas du feuillu forestier. Les exigences en chaleur et en gestion de l’enherbement ne sont pas le mêmes.

    C’est le gros soucis, mais on n’est pas au bout de nos surprises, un jour ce sera réglé. Peut-être quand on aura fait l’immense boulot nécessaire de sélection variétale pour savoir ce qui démarre aux températures les plus basses…

    J’ai fait mon pari ce sur ce type de fonctionnement, et le temps sera sans doute long d’ici à ce que l’équilibre de l’ensemble soit suffisamment avancé pour permettre d’éviter des bricolages style bâche transparente trouée, qui en plus sont d’une part lourdes en manutention, et d’autre part en plastique, donc en pétrole.

    Merci pour tes remarques. Conformément à mon adage, la vérité ne fait mal qu’à ceux dont elle n’est pas le soucis.

    A plus !

    • C’est bien parce que je crois en ta capacité à venir finalement à bout d’un problème aujourd’hui non résolu que j’encourages tes partages d’expériences.

      Mais mon devoir est aussi de remettre les choses en place pour les jardiniers dont le but premier est de produire leurs légumes… et qui préfère laisser la recherche à des passionnés de ton acabit.
      D’ailleurs, très franchement, et même si je sais que tu es aussi passionné par la culture légumière, je me demande quelque part si tu ne te trompes pas un peu de voie professionnelle : l’agronomie aurait bien besoin de pédologues aussi passionnés que toi…

      Bonne continuation donc !

      Amitiés,

      Gilles

  • Bonjour Gilles,

    Un très grand bravo pour tous les contenus que vous mettez en ligne, pour le temps que vous prenez pour expliquer, montrer, filmer …

    J’ai cependant un petit reproche à vous faire après avoir vu vos articles et vidéo sur les fruitiers comme sur le jardin : je crois que vous pourriez vous fendre d’un hommage mérité à Alfred Gressent (dont vous mentionnez un livre offert dans l’une de vos vidéos), dans le travail duquel il me semble que vous puisez quelque inspiration.

    À titre d’info, « Le potager moderne », « l’arboriculture fruitière » et « Parcs et jardins » sont disponibles en PDF sur Gallica/BNF.

    Malgré cette absence de référence que je remarque fréquemment, je vous suis très reconnaissant d’avoir « mis en image », d’avoir expliqué et adapté des concepts qui grâce à vous me sont beaucoup plus clairs.

    • Bonjour,

      Je pense que vous devez faire erreur… à moins que votre but ne soit juste de mentionner Galiica/BNF ou Alfred Gressent ?
      Je n’ai fait par exemple aucune vidéo sur les fruitiers ! Et j’ignore qui est Alfred Gressent…dont je n’ai donc pu m’inspiré ni parlé dans une vidéo (que je n’ai manifestement pas tournée) !

      Vous me voyez donc bien désolé de ne rendre hommage à un homme dont j’ignorais aujourd’hui jusqu’à l’existence.

      Concernant le manque de référence, je partage avant tout une expérience concrète de jardinage… et je me vois mal rechercher systématiquement d’où vient telle ou telle connaissance que j’ai pu acquérir depuis plusieurs décennies…

      Cordialement
      Gilles

  • Vous avez raison et j’ai fait erreur sur la personne !

    Quant à Gressent, c’est un bonhomme (passionné comme vous) qui a pondu 3 livres il y a quelques 120 ans (1885 les dernière éditions) que l’État français (au travers de la BNF) a eu la gentillesse de numériser et rendre disponible gratuitement sur le site de Gallica. Étant donné vos inspirations, j’imagine que la lecture pourra vous fournir quelques « sources/origines » sur des techniques que vous utilisez…. Je pense par exemple aux couches chaudes …

    Désolé pour cette méprise !

  • Bonjour Gilles,
    quand on sème, on doit disposer de tableaux avec les températures minimales de germination pour chaque variété de légumes. C’est intéressant quand au printemps on utilise une serre. Le problème vient après quand les températures augmentent et qu’il est difficile de réguler les surchauffes à l’intérieur de la serre. A partir d’une certaine température maximale et spécifique à chaque espèce, les plantes sont bloquées dans leur croissance. Avez-vous la possibilité d’inclure dans votre manuel des renseignements à ce sujet ?
    Merci d’avance !

    • Bonjour Castoriginal,

      Je vais réfléchir à tout cela.
      En attendant, pour la germination,vous trouverez un tableau par exemple ici : http://www.jardinamel.fr/jardin/semisgermination.php
      Quant aux températures maximales pour la croissance des plantes, je n’ai pas connaissance de données précises à ce sujet… Néanmoins, on peut dire grossièrement qu’au-dessus de 30°C croissance des plantes communément cultivée sous nos latitudes est ralentie, voire bloquée. Personnellement, si ces températures sont atteintes dans la serre, j’ouvre en grand ou, si nécessaire, je sors les plants…
      Mais tant que ces températures restent raisonnables (il ne s’agit pas de laisser les plants se « cramer »), l’incidence n’est de toute façon que relative puisque le blocage n’est que temporaire (le temps du dépassement critique). Ce phénomène est par exemple très fréquent en plein été… c’est la nature. En d’autres termes, ne cherchons spas nécessairement à tout maîtriser ; ce qui me semble d’ailleurs bien compliqué si vous voulez tenir compte de la température optimale particulière pour chaque plante…

      Cordialement
      Gilles

  • Merci Gilles pour le lien où l’on trouve pas mal de renseignements dans la colonne « température possible »
    Bonne continuation et à bientôt !

  • Merci Gilles pour ce très bon article !

    J’ai beaucoup aimé le trait d’humour sur la bière et les voisins, je n’hésiterais pas à l’avenir 😉

    Sinon c’est un très bon article. Qu’elle catastrophe d’avoir introduit la coccinelle asiatique ! J’ai fait un article parlant de la coccinelle en tant qu’auxiliaire pour le jardinier. C’est bien d’en parler dans les fausses bonnes solutions au jardin bio je trouve !

    Heikel de JardinerFuté

  • Bonjour,
    Nous avons une cour de petits cailloux bien difficile à entretenir à la main…cette année nous testons l’eau de cuisson refroidie des pates riz et pommes de terre et ça semble fonctionner !!!

  • a propos de la bière pour se débarrasser des limaces.
    IL NE FAUT PAS OUBLIER les hérissons et autres prédateurs qui finissent bourrés
    Ps : je n’ai qu’une minuscule cour et fait déjà beaucoup pour la diversité en moins de 5 m2, et je rêve d’un vrai jardin , mais dans ma région, les propriétaires attendent que leur terrain soient déclarés constructibles. Du coup ils louent hors de prix pour quelqu’un comme moi, ou refuse de vendre !
    Je cherche un espace à proximité de ma maison, il me semble important d’y aller à pied (…). Je souhaite faire un espace libre. On parlait, il y a longtemps de jardin de curé ! je n’ai rien à voir avec la religion, mais je souhaite faire un vrai jardin avec des « simples » pour leur valeurs médicinales, avec des semences oubliées pour les conserver, … C’est une optique de vie, j’habite au 13630 Eyragues, je suis informaticienne de métier, (oups!, pas trop con !), et avec plein de vie ( et d’envie) pour préserver la vie de nos enfants – Si vous avez une idée, un bon plan, …, merci
    Je dispose de terres dans la Drome, mais trop loin de chez moi pour que je m’en occupe.
    Toute proposition, sera regardée, étudiée et soyez sûr d’une réponse de ma part, même s’il m’arrive de prendre du temps, … ce qui me permet de vivre aujourd’hui reste l’informatique, mais je souhaite en changer

  • Une bonne idée pour le jardin bio à mon avis : associer l’apport naturel d’azote par les pois et haricots au compost maison fait à partir de déchets de végétaux du jardin (déchet de légumes, tailles d’arbustes, etc.).