Ne paillez pas trop tôt

Le paillage est une pratique écologique bénéfique pour les cultures et le sol, à condition de ne pas pailler trop tôt au printemps…

Sol pas suffisamment réchauffé

Si l’on paille trop précocement, le sol risque d’être insuffisamment réchauffé ; et, ne pourra pas se réchauffer correctement par la suite du fait de cette couverture.

Cela peut avoir des conséquences importantes sur la culture, et plus particulièrement pour ce qui concerne les légumes fruits, exigeants en chaleur.

Ainsi, il y a 2 ans, j’avais par exemple pailler une partie de mes plants de courgettes au mois d’avril, alors qu’il faisait encore frais.

Je vais attendre encore pour pailler ce jeune plant de tomates...
Je vais attendre encore pour pailler ce jeune plant de tomates…

La différence entre plants paillés précocement et les autres (paillés en mai) était flagrante. Les premiers se sont développés beaucoup plus lentement, tout en gardant longtemps une teinte plus claire, presque jaunâtre (je précise qu’il ne s’agissait pas du phénomène de faim d’azote, du compost ayant été épandu au préalable et la teinte claire étant apparue dès le lendemain du paillage).

Pour ces plants, la production fut également plus tardive et finalement largement inférieure sur la saison, même s’ils se sont finalement développés correctement.

Prolifération des limaces et rongeurs qui détruisent facilement les jeunes plants

De même, en paillant trop tôt, on court le risque de voir ses plants détruits par les limaces (surtout si le temps est pluvieux), mais également par les petits rongeurs qui aiment se nicher dans un paillage.

Les limaces adorent le paillage

Au printemps, fréquemment pluvieux, les limaces vont se réfugier en masse à l’intérieur même du paillage.

Les barrières naturelles telles que les fougères ou les cendres de bois ne seront alors d’aucune utilité puisque les limaces viendront de dessous pour dévorer vos jeunes plants… qui ne feront pas long feu.

Si l’on attend un peu plus, les plants seront déjà plus développés, et, de ce fait, même s’ils sont en partie attaqués, seront plus rarement entièrement dévorés.

De même, les petits rongeurs, tels que les campagnols nichent avec plaisir dans un bon paillage.

Ils vont rapidement saccager vos jeunes plantations…

Parlons également des courtilières, attirées par les matières organiques en phase de décomposition…

Alors, quand pailler ?

Afin de ne pas laisser la terre a nue, on pourra commencer, dès le début du printemps, par couvrir le sol par du compost. Sa couleur noire va favoriser le réchauffement de celui-ci. Cette couche de compost aura évidemment aussi un effet nourricier sur le sol, limitant ainsi les problèmes de faim d’azote pouvant résulter du paillage ultérieur, et aidant à la décomposition future des matières organiques.

Mais, pour une couverture plus épaisse, il va falloir attendre un peu plus…

Je ne peux donner ici de date, car cela dépend à la fois du sol (un sol argileux sera beaucoup plus lent à réchauffer qu’un sol sableux) mais aussi du temps en cours.

Il est de même délicat de donner une température moyenne, tant pour l’air que pour le sol, car cela peut fortement varier d’une journée à l’autre…

Je dirais simplement qu’en conditions les plus favorables (sol sableux et sud de la France), patientez jusqu’à la mi-mai avant de pailler.

En conditions moins favorables (sol argileux et nord de la France), il peut parfois être préférable d’attendre carrément le mois de juin…

Si vous avez su patienter, le paillage sera bénéfique.
Si vous avez su patienter, le paillage sera bénéfique.

Mais finalement, seule l’expérience vous permettra de prendre la décision appropriée.

Personnellement, je me fie au toucher : je plonge la main dans la terre et ressent sa température, non pas en surface (trop sujette aux variations de températures journalières – un peu de soleil et ça monte) mais un peu en profondeur. Et ceci plusieurs jours d’affilié pour une plus grande fiabilité.

Couverture permanente du sol

Evidemment, si vous pratiquez un paillage permanent, il en va différemment.

Dans ce cas, il est opportun de commencer à pailler en début d’automne lorsque la terre est encore relativement chaude mais a néanmoins déjà accumulé une certaine humidité (alors que si on le fait en plein été,  le sol risque d’être trop sec et donc moins favorable au développement de la vie).

A défaut d’avoir entamer ce processus de paillage permanent à l’automne, on le fera au printemps, mais il conviendra là aussi d’attendre que le sol soit suffisamment réchauffé.

 

Prendre les bonnes décisions au potager n’est pas toujours évident. Cela requiert de l’expérience. Une expérience que je mets à votre disposition à travers la prestation de coaching individuel que je vous propose.

    • Il en est question dans le dernier paragraphe…
      Cela dit, c’est là un principe théorique ; or mon objectif n’est pas de respecter des principes, aussi louables soient-ils (oui, pour la vie du sol il est bon de ne jamais le laisser à nu), mais aujourd’hui (après avoir été de fournir 30 familles en légumes de saison) de nourrir les miens avec les récoltes du potager, et ce en respectant au mieux mon environnement.
      Et concrètement, pour récolter au plus tôt des légumes fruits en quantités importantes, j’ai constaté qu’il était préférable de ne pas pailler trop vite.
      De même, je préfère m’abstenir de pailler les légumes racines (en particulier les carottes) si je veux récolter quelque chose (je veux bien partager avec les rongeurs, mais pas tout !).
      Dans d’autres conditions, il peut en aller tout autrement. A chacun de faire ses choix en fonction de ses objectifs et de son environnement…

  • Bonjour Gilles,

    Il y a une petite astuce dont je voudrais faire part à destination de ceux qui, pratiquant le paillage permanent, craignent de voir le réchauffement printanier tarder quelque peu.

    Sur mes pailles de fin d’été/automne (si je ne sème pas un couvert hivernant entre mi-août et mi-septembre), je veille à ce que la couche de paille soit suffisamment abondante et assez ligneuse (paille, feuilles mortes, BRF et choses approchantes), et je couvre d’une bâche noire trouée par endroits.

    Le noir de la bâche favorise le réchauffement précoce (donc, l’activité biologique, qui atteint son pic vers 25°C), et les trous permettent quand même une certaine irrigation du sol en cas de pluie.

    Une fois que le temps est suffisamment clément, et ce d’une manière régulière, la bâche peut être enlevée. Au niveau de la structure du sol, de sa vie, de la gestion des spontanées et de la facilité de mise en culture (lit de semence), ça me semble très intéressant.

    En complément du paillage, c’est à l’heure actuelle ce que j’ai trouvé de mieux, de plus valable chez moi en tous cas.

    Amitiés et bon week-end,

    Benoît

  • Bonsoir Gilles,
    et sous une serre qu’en est-il ?
    Est-ce que cela ne se réchauffe pas malgré le paillage ?
    Je vais faire ton test de la main en terre cette semaine !

    Amitiés

    Agathe

    • Bonsoir Agathe,

      Le paillage forme un écran qui empêche les rayonnement du soleil de parvenir jusqu’à la terre, que ce soit en extérieur ou sous serre.
      La différence est que le sol, tant qu’il n’est pas paillé, réchauffe bien plus vite sous serre. On peut donc y pailler beaucoup plus précocement.

      Amitiés,
      Gilles

  • bonjour a tous et toutes.
    je pratique la permaculture bio depuis de nombreuse années dans la région bourgogne et si je peux aider les jardiniers au sujet du paillis ce sera avec plaisir.pour notre part le sol n’est jamais a découvert,mais jusqu’à la fin juin, 1 centimètre suffise largement pour réchauffer le sol et en bourgogne le soleil est en option lol.
    Merci a gilles site super .

  • Bonjour à tous,
    J’ai lu avec attention l’article de Gilles sur le BRF et celui sur le paillage cependant j’aimerais des conseils:
    Je viens de tailler mais mes haies (rameaux en vert 40/80cm) et broyés ceux-ci avec ma tondeuse.Le broyat est très léger.
    Puis-je couvrir( pailler?) une partie non cultivée de mon potager avec ce broyat à cette période? Sous quelle épaisseur?
    Vais-je créer une faim d’azote?
    Merci pour vos réponses.

    • Oui Jacqueline, à condition qu’il ait plu (l’eau est indispensable au développement des différentes forme de vie dans le sol, mieux vaut pailler lorsque l’eau y est présente).
      Un autre ingrédient important étant la température ; il est donc mieux d’éviter de pailler lorsque la terre est froide (mais début novembre dans le sud, ça devrait aller)

      Bonne soirée,
      Gilles

  • Bien d’accord avec Gilles pour dire que le paillage est à discuter selon son climat et son type de sol.

    Chez moi en Artois : sol argileux, très humide en hiver, « reclaqué » par les pluies d’hiver.

    Ma solution est de détasser en fin d’automne (ou engrais vert) et couvrir de suite d’un gros paillis avec tout ce que j’ai (feuilles+gazon, fumier de surface, restes de paillage d’été…)
    -2 inconvénients : sol froid et hyper-humide en début de printemps,
    -mais gros avantage : la terre n’est pas retassée et reste souple.

    Je « dépaille » les quelques parcelles de cultures précoces, puis, comme Benoit, je bâche au noir mais ici sans trou, pour réchauffer et drainer l’excès d’humidité.
    Puis semis ou repiquage sans paillis avec voilage, tunnel ou modulos pour la chaleur et pour mieux contrôler les limaces.
    Je repaille tout le jardin léger en fin de printemps, surtout pour éviter le croûtage de surface par les pluies et favoriser la chaleur,
    …. sauf les choux-fleurs que je paille dru car 15/20° leur profitent mieux ainsi que la bonne humidité préservée. De même pour les buttes afin de garder l’humidité malgré le drainage lié à la surélévation.
    Derrière çà, si été sec je repaille dru partout (le BRF protège bien) , si été pluvieux je laisse tel que.

    Mais je pense qu’en sol drainant et chaud il en serait autrement. Ici j’ai surtout besoin du paillis pour nourrir le sol et éviter son compactage plutôt que pour préserver une humidité indispensable ailleurs.

    Pour répondre à Agathe au sujet du réchauffement du paillage en serre, j’avais débâché en début d’hiver avec grosse couverture de paillis (fumier++), puis rebâché début Avril avec de chaudes journées dans la serre, j’ai dû aussi « dépailler » pour réchauffer car l’isolation par le paillis était trop forte et le sol ne se réchauffait pas (alors que j’aurais cru le contraire) puis repailler après réchauffement et plantation. Mais une fois le sol dépaillé, le réchauffement est rapide. Gilles a raison.

  • Bonjour,
    je vais bientôt intégrer des nématodes dans mes jardinières pour limiter la prolifération des otiorhynques (je sais qu’ils ne sont pas si néfastes si ils ne se limitent qu’au grignotage des feuilles mais je crains que les larves détruisent les racines car toutes mes plantes sont en jardinière) et ça fait bien 2 ans qu’il y a ces insectes.
    Ma question concerne le paillage, j’ai lu que pour lutter efficacement contre les nouvelles colonies, le paillage était un bon moyen, est-ce que je peux en mettre dès maintenant? Ou dois-attendre le mois de mai ?
    Je suis en région parisienne.
    Merci pour votre aide!
    Léa