Chaux au jardin : à quoi sert-elle et faut-il vraiment l’utiliser ?

« La chaux enrichit le père mais ruine le fils. » Ce vieux dicton agricole résume une méfiance ancienne envers l’usage répété de la chaux. Mais est-il vraiment juste dans tous les cas ?

La chaux et, plus largement, les amendements calcaires peuvent relever le pH d’un sol trop acide et améliorer certaines conditions de culture. Le problème commence lorsqu’on les utilise par habitude, sans connaître le pH de sa terre ni distinguer chaux vive, carbonate de calcium et dolomie.

Avant tout apport, mieux vaut donc comprendre ce que la chaux fait réellement dans le sol, dans quelles situations elle peut être utile, quels risques entraînent les excès et quelles solutions plus progressives peuvent convenir à un jardin naturel.

Nous verrons également pourquoi le travail sur la fertilité du sol, notamment grâce aux amendements et apports organiques, reste une approche de fond préférable à une correction systématique du pH.

Pourquoi utilise-t-on de la chaux au jardin ?

Au jardin comme en agriculture, on parle de chaulage lorsqu’on apporte un amendement basique pour réduire l’acidité du sol et relever son pH.

L’objectif n’est donc pas simplement d’ajouter du calcium. Il s’agit avant tout de corriger une acidité devenue excessive, lorsque celle-ci limite le développement des cultures ou perturbe le fonctionnement du sol.

Toutes les terres légèrement acides n’ont pourtant pas besoin d’être chaulées. De nombreux légumes poussent très bien dans un sol modérément acide. C’est lorsque le pH descend davantage que certains éléments deviennent moins disponibles et que d’autres, comme l’aluminium, peuvent devenir problématiques pour les plantes.

Que fait la chaux dans un sol acide ?

Chaux utilisée pour corriger l'acidité du sol au jardinUn amendement calcaire neutralise une partie de l’acidité du sol. Le pH remonte progressivement ou rapidement selon le produit employé, sa finesse et la quantité apportée.

Cette modification agit aussi sur le fonctionnement biologique et chimique de la terre. Dans un sol très acide, une correction bien dosée peut favoriser l’activité de certains micro-organismes, améliorer les conditions de vie des vers de terre et rendre plusieurs éléments nutritifs plus accessibles aux plantes.

Sur certaines terres argileuses, le calcium contribue également à une meilleure organisation des particules du sol. La terre peut alors devenir plus grumeleuse et plus facile à travailler. Il serait cependant trompeur de dire que la chaux « allège » tous les sols : son effet dépend beaucoup de leur nature.

Le relèvement du pH stimule aussi la décomposition et la minéralisation des matières organiques. Les cultures peuvent alors disposer plus rapidement d’éléments nutritifs. C’est en partie ce qui explique le « coup de fouet » parfois observé après un chaulage.

Ce résultat rapide a largement contribué à la réputation de la chaux. Mais il ne signifie pas qu’un apport soit bénéfique dans toutes les terres, ni qu’il faille le renouveler régulièrement sans vérifier l’évolution du pH.

Chaux vive, chaux agricole et amendements calcaires : quelles différences ?

Le mot « chaux » entretient une certaine confusion, car il est employé pour désigner des produits qui n’ont ni la même composition ni la même rapidité d’action.

La chaux vive, ou oxyde de calcium, est obtenue par cuisson de roches calcaires à très haute température. Elle réagit fortement au contact de l’eau et agit rapidement sur l’acidité du sol. C’est un produit caustique, qui demande des précautions de manipulation. Son utilisation comme amendement du sol n’est pas autorisée en agriculture biologique.

En ajoutant de l’eau à la chaux vive, on obtient de la chaux éteinte, ou hydroxyde de calcium. Elle reste un produit fortement alcalin et à action rapide.

L’expression « chaux agricole » est moins précise. Dans le langage courant ou commercial, elle peut désigner différents produits destinés au chaulage. Il faut donc regarder leur composition plutôt que se fier uniquement à cette appellation.

Les amendements calcaires à base de carbonate de calcium, issus de roches calcaires broyées, agissent plus progressivement. Certains carbonates naturels de calcium ou de calcium et de magnésium sont autorisés en agriculture biologique.

La dolomie appartient à cette dernière famille. Elle contient des carbonates de calcium et de magnésium et corrige l’acidité plus progressivement que la chaux vive.

Ne mettez pas toutes les « chaux » dans le même sacLa composition du produit détermine sa rapidité d’action, ses précautions d’emploi et son statut en agriculture biologique.

  • La chaux vive agit très rapidement, est caustique et n’est pas autorisée comme amendement du sol en agriculture biologique.
  • Les carbonates calcaires naturels corrigent l’acidité plus progressivement et certains sont autorisés en agriculture biologique.
  • La dolomie apporte à la fois du calcium et du magnésium.

Cette distinction est importante : critiquer l’emploi de la chaux vive ne revient pas à considérer que toute correction d’un sol trop acide serait néfaste. La vraie question est de savoir si votre terre a besoin d’être corrigée, puis de choisir un amendement adapté et une quantité raisonnable.

Faut-il vraiment chauler un sol acide ?

Avant de chercher à relever le pH de votre terre, une première question s’impose : son acidité pose-t-elle réellement problème ?

Une terre acide n’est pas forcément une mauvaise terre. De nombreuses plantes potagères s’accommodent très bien d’un sol légèrement acide. Chercher systématiquement à atteindre un pH proche de 7 n’a donc guère de sens.

À l’inverse, une acidité marquée peut limiter certaines cultures. Lorsque le pH devient très bas, l’aluminium présent dans le sol devient plus soluble et peut perturber le développement des racines. Les légumes figurent parmi les cultures sensibles à ce phénomène.

Commencez par connaître le pH de votre terre

Ne chauleriez-vous pas un sol sans savoir s’il est réellement trop acide ? C’est pourtant ce qui se produit lorsque des amendements calcaires sont apportés par habitude ou simplement parce que la terre paraît difficile à cultiver.

Un test de pH vendu en jardinerie peut donner une première indication. Pour prendre une décision plus fiable, notamment si vous envisagez une correction importante, une analyse de terre reste préférable. Elle apporte également des renseignements sur la nature du sol et sa capacité à retenir les éléments minéraux.

Le pH n’est d’ailleurs pas une valeur parfaitement stable. Il peut varier au cours de l’année et la mesure dépend aussi de la méthode employée. Inutile donc de chercher à corriger quelques dixièmes de point comme si vous régliez un thermostat.

Comme repère, un pH inférieur à environ 5,5 mérite une attention particulière, car le risque de toxicité de l’aluminium augmente dans les sols très acides. Mais ce seuil ne signifie pas qu’il faille sortir immédiatement un sac de chaux : il faut aussi tenir compte du type de sol, des cultures prévues et de l’ampleur de la correction nécessaire.

Dans quels cas une correction de l’acidité peut-elle être utile ?

Si une analyse confirme un sol fortement acide et que vos cultures en pâtissent, relever progressivement le pH peut être justifié. Refuser toute correction par principe serait alors aussi peu pertinent que de chauler systématiquement.

Une intervention peut notamment se discuter lorsque des légumes sensibles se développent mal dans une terre dont le pH est très bas, ou lorsque l’acidité compromet durablement l’activité biologique et l’enracinement.

Dans ce cas, je privilégierais un amendement à action progressive, choisi en fonction de l’analyse du sol, plutôt qu’un apport brutal de chaux vive. L’objectif n’est pas de rendre la terre calcaire, mais de sortir d’une acidité réellement pénalisante.

Avant de corriger le pHTrois questions simples évitent bien des apports inutiles.

  • Quel est réellement le pH de votre sol ?
  • Les cultures que vous souhaitez installer souffrent-elles de cette acidité ?
  • Une correction est-elle nécessaire, ou pouvez-vous d’abord améliorer durablement la fertilité du sol ?

Quand vaut-il mieux ne rien apporter ?

Si votre sol est seulement légèrement acide et que les légumes s’y développent correctement, il n’y a aucune raison de chercher à relever son pH. Un apport calcaire « par précaution » peut au contraire vous conduire progressivement vers l’excès inverse.

Un pH trop élevé réduit la disponibilité de certains éléments, notamment le fer, le manganèse ou le zinc. Les plantes peuvent alors présenter des carences alors même que ces éléments sont présents dans le sol.

Je déconseille donc les chaulages réalisés selon un calendrier fixe, par exemple tous les deux ou trois ans, sans nouvelle mesure du pH. La bonne fréquence n’est pas celle indiquée par une habitude ou par l’étiquette d’un produit : c’est celle que justifie l’évolution réelle de votre terre.

Et si vos cultures poussent correctement dans un sol vivant, régulièrement nourri en matières organiques, ne cherchez pas à corriger un problème qui n’en est peut-être pas un.

Quels sont les risques de la chaux au jardin ?

La chaux n’est donc pas un poison pour le sol par nature. Les problèmes apparaissent surtout lorsque les apports sont trop importants, trop fréquents ou réalisés sans tenir compte du pH réel de la terre.

C’est là que le vieux dicton « La chaux enrichit le père mais ruine le fils » conserve une part de vérité. Un chaulage peut donner rapidement des résultats intéressants dans un sol trop acide. Mais chercher ensuite à maintenir artificiellement un pH élevé, par des apports répétés et systématiques, peut entraîner d’autres déséquilibres.

Un excès peut provoquer des blocages et des chloroses

En relevant le pH, le chaulage modifie la disponibilité des éléments minéraux présents dans le sol. Cet effet est recherché lorsque l’acidité est excessive, mais il peut devenir défavorable si l’on va trop loin.

Lorsque le pH devient élevé, certains oligo-éléments sont moins facilement assimilables par les plantes. C’est notamment le cas du manganèse, du zinc, du cuivre, du bore et, dans certaines situations, du fer.

Une plante peut donc présenter des symptômes de carence alors que l’élément concerné est bien présent dans la terre. Il est simplement devenu moins disponible. Une chlorose, caractérisée par un jaunissement des feuilles, peut par exemple être liée à une mauvaise assimilation du fer.

C’est une raison supplémentaire pour ne pas chercher à amener systématiquement votre terre vers un pH neutre ou légèrement alcalin. Plus n’est pas mieux.

Le surchaulage est difficile à corrigerUne terre trop acide peut être corrigée progressivement. À l’inverse, faire redescendre un pH devenu excessivement élevé est beaucoup moins simple.

  • N’apportez pas de chaux simplement parce que votre sol est naturellement acide.
  • Évitez les apports répétés sans nouvelle mesure du pH.
  • Ne cherchez pas à atteindre pH 7 à tout prix.

Quels effets sur l’humus et la vie du sol ?

C’est sur ce point que je souhaite nuancer fortement ce que j’affirmais autrefois dans cet article. Un chaulage correctement raisonné ne détruit pas les bactéries, les champignons ou les vers de terre. Dans un sol très acide, relever le pH peut au contraire stimuler l’activité microbienne et favoriser les vers de terre.

Cette stimulation biologique a cependant une conséquence : les matières organiques sont minéralisées plus rapidement. Une partie de l’azote, du phosphore et des autres éléments qu’elles contiennent devient alors disponible plus vite pour les plantes. C’est l’une des raisons pour lesquelles un chaulage peut produire un effet spectaculaire sur les cultures.

Mais accélérer la minéralisation n’est pas toujours souhaitable. Le COMIFER indique qu’en relevant le pH, le chaulage stimule la minéralisation de la matière organique. Dans un sol déjà suffisamment chaulé, multiplier les apports peut donc accélérer inutilement son renouvellement.

Nous sommes loin de l’idée selon laquelle la chaux « détruirait toute forme de vie dans le sol ». Le risque réel est plus subtil : modifier trop fortement les équilibres chimiques et biologiques d’une terre qui n’avait pas besoin de l’être.

Pour entretenir durablement l’humus du sol, les apports de matières organiques, les couverts végétaux et la protection de la terre restent donc prioritaires. Le chaulage, lorsqu’il est nécessaire, doit rester une correction raisonnée et non devenir une pratique automatique.

Chaux, fumier et compost : pourquoi éviter les apports simultanés ?

Cette question mérite une réponse particulière, car mélanger directement un produit fortement alcalin, comme la chaux vive ou la chaux éteinte, avec un fumier frais riche en azote n’est pas une bonne idée.

Une forte augmentation locale du pH favorise la transformation de l’azote ammoniacal en ammoniac gazeux. Une partie de l’azote peut alors être perdue dans l’atmosphère au lieu de profiter au sol et aux cultures.

Le risque dépend du produit utilisé et de la nature de la matière organique. Il est particulièrement pertinent avec les fumiers frais et autres produits riches en azote ammoniacal. Avec un compost mûr, beaucoup moins riche sous cette forme, le problème est moins marqué.

Dans la pratique, je préfère donc ne pas apporter chaux et fumier frais en même temps. Si un chaulage est réellement nécessaire, séparez les deux interventions plutôt que de chercher à tout faire lors de la même préparation du sol.

Il faut d’ailleurs rappeler qu’un fumier ou un autre amendement organique peut lui-même contribuer, à long terme, à limiter l’acidification du sol. Avant de cumuler les apports, observez donc d’abord leur effet sur votre terre.

Quand et comment apporter de la chaux au jardin ?

Si votre sol a réellement besoin d’une correction, reste à choisir le bon moment et surtout le bon produit. Là encore, mieux vaut oublier les recettes toutes faites du type « une poignée par mètre carré tous les trois ans ».

La quantité nécessaire dépend du pH de départ, de l’ampleur de la correction recherchée, mais aussi de la nature du sol. Une terre argileuse ne réagit pas comme une terre sableuse. La valeur neutralisante indiquée sur l’emballage entre également en jeu : deux amendements calcaires utilisés à la même dose ne corrigent pas forcément l’acidité avec la même intensité.

Si une analyse de sol révèle une acidité modérée, un carbonate calcaire à action progressive suffit généralement. Une correction rapide ne se justifie que dans les situations où le pH est vraiment très bas et où les cultures risquent d’en pâtir rapidement.

Quelle période choisir ?

Il n’existe pas une date obligatoire pour chauler. L’amendement peut être apporté à différentes périodes, à condition de travailler sur un sol suffisamment ressuyé et de pouvoir le répartir correctement.

Au potager, la fin de l’été ou l’automne après les récoltes constitue néanmoins une période pratique. Les planches se libèrent et un amendement calcaire à action progressive dispose de plusieurs mois avant les cultures de printemps. Un apport peut aussi être réalisé à une autre saison si le diagnostic le justifie.

Évitez de travailler une terre gorgée d’eau, gelée ou très sèche. Pour un amendement calcaire broyé, une incorporation superficielle au sol favorise le contact avec la terre. Il n’est pas nécessaire de l’enfouir profondément.

Si vous utilisez malgré tout de la chaux vive ou éteinte, prenez davantage de précautions. Ces produits sont caustiques : évitez le contact avec la peau et les yeux, protégez-vous des poussières et n’épandez pas par temps venteux.

Comme nous venons de le voir, ne mélangez pas directement un produit fortement alcalin avec du fumier frais ou un engrais riche en azote ammoniacal. Mieux vaut dissocier les deux interventions.

Pourquoi éviter les apports systématiques ?

On lit encore parfois qu’il faudrait chauler une terre acide tous les deux, trois ou cinq ans. Cette fréquence n’a pourtant de sens que si le pH baisse réellement au point de justifier un nouvel apport.

Dans les références agronomiques, le chaulage d’entretien vise à compenser progressivement l’acidification du sol. Mais même dans ce contexte, ARVALIS recommande de suivre le pH : si celui-ci reste satisfaisant, l’apport peut être différé ou réduit.

Cette logique me paraît encore plus pertinente dans un potager familial. Les apports de compost, de fumier, les résidus de cultures, les paillages et les pratiques culturales font évoluer le sol au fil des années. Une dose qui avait du sens à un moment donné peut devenir inutile quelques années plus tard.

À retenir avant tout chaulageUn amendement calcaire ne devrait jamais devenir un geste routinier.

  • Mesurez d’abord le pH et vérifiez qu’une correction est réellement nécessaire.
  • Privilégiez une action progressive lorsque la situation ne demande pas de correction rapide.
  • Adaptez la quantité au produit et à votre sol plutôt que d’appliquer une dose universelle.
  • Contrôlez l’évolution du pH avant d’envisager un nouvel apport.

Autrement dit, le bon moment pour remettre de la chaux n’est pas « trois ans après le dernier apport ». C’est lorsque l’état du sol montre qu’une nouvelle correction se justifie.

Quelles alternatives à la chaux vive au jardin ?

Si votre terre est trop acide, renoncer à la chaux vive ne signifie pas qu’il faille laisser le problème s’installer. Plusieurs solutions existent, mais elles n’agissent ni avec la même rapidité ni de la même manière.

Le choix dépend surtout de votre objectif. Cherchez-vous à corriger assez rapidement une acidité réellement excessive, ou plutôt à entretenir sur la durée un sol vivant dont le pH reste compatible avec vos cultures ?

Le compost : une action de fond sur la fertilité du sol

Un bon compost n’est pas un substitut direct à un amendement calcaire lorsque le pH est très bas. Son intérêt se situe ailleurs : il nourrit le sol, apporte de la matière organique et contribue à améliorer son fonctionnement sur le long terme.

Les composts n’ont d’ailleurs pas tous le même pH. Leur composition, leur maturité et les matériaux utilisés influencent fortement cette valeur. Il serait donc incorrect de considérer tout compost comme neutre ou légèrement alcalin.

Les apports réguliers de matières organiques peuvent néanmoins atténuer l’acidification du sol. Des essais conduits par ARVALIS ont montré que des fumiers et différents composts maintenaient, voire augmentaient, le pH par rapport à une fertilisation uniquement minérale.

Le compostage de surface s’inscrit dans la même logique : plutôt que de corriger ponctuellement une valeur, nous entretenons l’activité biologique et le stock de matière organique du sol.

C’est donc, à mes yeux, la première démarche à adopter lorsque l’acidité reste modérée. En revanche, si une analyse révèle un pH vraiment trop bas, le compost seul ne corrigera pas rapidement la situation.

Les cendres de bois : à utiliser avec modération

Les cendres de bois ont un pH très élevé et contiennent notamment du calcium, du potassium et du magnésium. Elles peuvent donc contribuer à relever le pH d’une terre acide tout en apportant certains éléments minéraux.

Mais leur caractère naturel ne les rend pas anodines. Une accumulation de cendres peut faire monter le pH trop fortement et provoquer les mêmes déséquilibres qu’un chaulage excessif.

À titre de repère, restez autour de 100 g par m² et par an au maximum, soit environ deux poignées, et uniquement si votre sol justifie cet apport. Inutile d’en répandre chaque année sur une terre dont le pH est déjà satisfaisant.

Utilisez seulement des cendres issues de bois non traité et non peint. Répartissez-les finement, puis griffez légèrement la surface du sol. Évitez les tas et les couches épaisses, ainsi que les apports au pied des plantes appréciant les terres acides.

Je déconseille aussi leur emploi répété comme barrière contre les limaces. La quantité nécessaire autour des cultures finit vite par dépasser ce qu’il est raisonnable d’apporter au sol.

La dolomie : un amendement calcaire plus progressif

Dolomie magnésienne utilisée comme amendement calcaire au jardin

La dolomie est une roche contenant principalement des carbonates de calcium et de magnésium. Broyée, elle constitue un amendement basique à action plus progressive que la chaux vive.

Elle peut donc être intéressante lorsqu’une correction du pH est justifiée et qu’il n’y a aucune urgence à agir. Elle apporte également du magnésium, ce qui peut constituer un avantage si le sol en manque.

Ce dernier point invite toutefois à la prudence : apporter du magnésium sans savoir si votre terre en a besoin n’est pas plus logique que d’apporter du calcium au hasard. Là encore, une analyse de sol aide à choisir le produit adapté.

Les amendements à base de carbonates naturels de calcium et de magnésium font partie des substances autorisées en agriculture biologique. Cela ne signifie pas qu’ils doivent être utilisés systématiquement, mais cela corrige une idée répandue : tous les produits de chaulage ne sont pas interdits en bio.

La dolomie reste par ailleurs une ressource minérale extraite du sous-sol. Même si son usage au jardin est sans commune mesure avec celui de nombreux matériaux industriels, cette origine constitue une raison supplémentaire de ne l’utiliser que lorsque son apport est réellement utile.

Le maërl et le lithothamne : une solution à écarter ?

Le maërl a longtemps été récolté sur les fonds marins bretons pour être utilisé notamment comme amendement calcaire. Il est constitué par l’accumulation d’algues rouges calcaires appartenant à plusieurs espèces, dont Lithothamnion corallioides. Maërl et lithothamne ne désignent donc pas exactement la même chose.

L’exploitation de ces bancs a posé de sérieux problèmes écologiques. Leur croissance est extrêmement lente et ils constituent des habitats particulièrement riches pour de nombreuses espèces marines. Une fois dégradés, ils se reconstituent très difficilement.

L’extraction industrielle du maërl en Bretagne a cessé en 2013. Sur ce sujet, mon avis a d’ailleurs évolué avec les connaissances dont nous disposons aujourd’hui. J’ai longtemps considéré le maërl comme une alternative intéressante à la chaux vive. Mais, compte tenu de la lenteur extrême de son renouvellement et de la richesse écologique des bancs de maërl, son utilisation pour amender nos jardins ne me paraît plus souhaitable lorsque d’autres solutions existent.

Le document ci-dessous présente les conséquences de cette exploitation sur les milieux concernés :

conséquences-exploitation-lithothamne-maerl

 

Le carbonate de calcium d’origine naturelle, dont le maërl figure parmi les exemples réglementaires, peut être utilisé en agriculture biologique. Mais « autorisé en bio » ne signifie pas nécessairement « souhaitable au jardin ». Lorsqu’une correction du pH est réellement nécessaire, des amendements calcaires d’origine terrestre me semblent plus cohérents.

Quelle solution privilégier ?Il n’existe pas une alternative universelle à la chaux vive. Le choix dépend de l’état réel de votre sol.

  • Si l’acidité est modérée, travaillez d’abord sur la fertilité et les apports de matières organiques.
  • Les cendres de bois peuvent accompagner ponctuellement cette démarche, en petites quantités.
  • Si le pH doit réellement être corrigé, un carbonate calcaire ou une dolomie agit plus progressivement que la chaux vive.
  • Évitez de multiplier les amendements : mesurez le pH avant d’agir et contrôlez son évolution.

Finalement, la meilleure alternative à un chaulage systématique n’est pas forcément un autre produit. C’est d’abord une autre façon de raisonner : observer votre sol, mesurer son acidité, entretenir sa matière organique et n’intervenir que lorsque la correction répond à un besoin réel.

La chaux au jardin : corriger seulement quand c’est nécessaire

La chaux vive n’est donc pas un amendement à utiliser par habitude. Dans un sol légèrement acide où les cultures se développent correctement, chercher à relever le pH n’apporte rien. En revanche, lorsqu’une analyse révèle une acidité réellement excessive, une correction peut se justifier.

Dans ce cas, mieux vaut privilégier un amendement calcaire à action progressive, adapté au sol et apporté en quantité raisonnable. Compost, matières organiques et pratiques favorisant une terre vivante restent, de leur côté, la base d’une fertilité durable. Ils ne remplacent pas toujours une correction nécessaire du pH, mais ils évitent de raisonner le jardin uniquement à coups de produits correcteurs.

Le vieux dicton « La chaux enrichit le père mais ruine le fils » garde ainsi une part de vérité lorsqu’il nous met en garde contre les chaulages répétés et systématiques. Mais je le formulerais aujourd’hui autrement : ce n’est pas la chaux en elle-même qui ruine le sol, c’est surtout son utilisation sans diagnostic, sans mesure et sans tenir compte de son évolution.

Si vous souhaitez aller plus loin dans cette approche globale de la fertilité, je développe dans Mon Potager au Naturel les pratiques qui nourrissent et entretiennent durablement la vie du sol. Vous trouverez également sur le blog de nombreux articles consacrés aux amendements et engrais naturels.

Et chez vous, avez-vous déjà utilisé de la chaux ou un autre amendement calcaire ? Avez-vous constaté une amélioration, ou au contraire des effets indésirables ? Vos retours d’expérience sont les bienvenus dans les commentaires.

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20 Commentaires
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Pépita
Pépita
3 octobre 2021 14 h 49 min

Bonjour Gilles,
Merci pour cet article sur la chaux; à priori cela concerne des régions de France précises, vers la Côte Ouest et la Bretagne non? Ici, dans les terres calcaires de Haute Provence, on cherche plutôt à enrichir notre terre, amender, amender etc. Cela a été mon objectif et cela a fini par payé (plein de vie dans le sol et récoltes plus abondantes).
Auriez-vous un conseil pour réguler la présence trop importante de punaises (vertes) qui se nourrissent des feuilles de choux et radis noirs?Merci
Bien à vous, Pépita

Jean -Marie
Jean -Marie
23 septembre 2021 18 h 28 min

Bonjour Gilles, merci pour vos articles et conseils, j’ai une terre calcaire, avez-vous ou ferez-vous un article sur le sujet. Merci d’avance pour votre réponse. Je suis débutant en permaculture. Cordialement. Jean-Marie

Sandra
Sandra
22 septembre 2021 12 h 44 min

Bonjour,
J’ai commis une maladresse au jardin : lisant les bienfaits de la cendre de bois au jardin, j’en ai épandu aux pieds d’une partie de ma haie de charmes. Malheureusement j’ai n’ai pas du tout respecté les doses et en ai mis beaucoup trop. Je remarque depuis lors (deux ans) un arrêt net de la croissance et du développement ainsi qu’un feuillage brunâtre et maintenant de l’oïdium. Que pourrais-je faire pour rectifier cela ? Merci d’avance

Richard
Richard
19 septembre 2021 12 h 10 min

Bonjour Gilles

Merci pour tout ce partage de connaissances.
Que peut-on dire sur l’utilisation des coquilles d’huîtres passées dans un feux de cheminée.
Elles sont ensuite très friables et peuvent se mettre en poudre facilement ?
Sont-elles transformés en chaux vive ?

Cordialement
Richard

laur
laur
19 septembre 2021 10 h 38 min

Bonjour,
Détenant quelques volailles (poules et canards), il nous a été conseiller de chauler 2x/ an le parcours pour éliminer les pathogènes qui pourraient les infecter. Qu’en penser ? Merci

Yvan
Yvan
18 septembre 2021 15 h 19 min

Merci Gilles pour ces conseils.
Et du coup, ne peut-on pas aussi utiliser les coquilles d’oeufs, elles aussi riches en calcaires ?

Anaïs
Anaïs
19 septembre 2021 23 h 26 min
En réponse à  Gilles le Jardinier Bio

Bonjour,
Dans mon compost je mets pas mal de coquilles d’œuf (deux douzaines par mois environ) en les écrasant juste à la main avant, et je n’ai jamais retrouvé le moindre bout de coquille dedans. Je n’ai plus que de la terre bien noire à la fin.
Je connais d’autres gens qui les retrouvent telles quelles, donc j’imagine que ça dépend de la façon dont on fait le compost.
J’avais lu que les vers les grignotaient pour alimenter leur système digestif (un peu comme les oiseaux mangent des petits cailloux). En tout cas chez moi j’imagine que l’un des nombreux habitants de mon compost en fait quelque chose pour que je n’en retrouve jamais ! 😁

Simon
Simon
18 septembre 2021 12 h 12 min

Bonjour,
Attention avec la dolomie, ce n’est pas qu’une roche calcaire (CaCO3), c’est une roche contenant à la fois du calcaire et du magnésium (Ca,Mg)CO3. La proportion entre les deux varie suivant la provenance de la dolomie. L’utiliser, notamment sur une terre déjà magnésique à la base, peut provoquer des déséquilibres importants du rapport Ca/Mg, et donc des problèmes de structure de sol, pour la faune du sol et pour le développement des racines et des plantes.
Simon

Royalspider26
Royalspider26
18 septembre 2021 10 h 11 min

Merci pour ces savoirs-faire qui nous permettent de faire en comprenant mieux.
Ici, il faut plutôt que je regarde quoi faire pour mon sol caillouteux et très léger, je veux bien un article identique à ce propos!
Mais j’ai commencé mon compost sur ce nouveau terrain, et je vais pailler, couvrir le sol histoire de nourri un peu les arbres fruitiers qui sont tous chétif.
Bon week-end !

joel
joel
18 septembre 2021 8 h 46 min

Bonjour
Merci pour tous ces conseils,je voudrai investir dans une serre de jardin que me conseillez vous (je vis seul).

Henri
Henri
18 septembre 2021 8 h 44 min

Bonjour,

Moi pour mon terrain j’utilise le fumier que je vais chercher dans les champs et du fumier de lapin, mais mon sol reste pauvre, je vois de moins en moins de vers de terre et de lombrics utiles pour le bon fonctionnement du jardin, cette année après l’arrachage de mes pomme de terre, j’ai semé de la moutarde que je faucherais et laisserais pourrir sur mon terrain, on m’a dit que c’était un super engrais et naturel.
Que pensez-vous de cette moutarde et que puis-je apporter à mon terrain pour le rendre plus riche, merci pour vos réponses.

Henri