La fixation de l’azote atmosphérique par des arbres et arbustes… Voilà un sujet sur lequel je m’arrête longuement depuis quelques temps.
Aussi bien, cette contribution volontairement modeste et perfectible au site de mon cher Gilles est à la fois une demande et un appel à contribution pour quiconque souhaiterait corriger, compléter et préciser le point auquel j’en suis de ma compréhension de cette ensemble, de cette chaîne de phénomènes réellement passionnants (vous pouvez demander à ma femme, qui voit les des livres étranges s’empiler à ma tête de lit) que constitue le couple sol-plante, la vie du sol, et la santé et la fertilité qui en découlent logiquement.
La fixation de l’azote atmosphérique par certains arbres et arbustes est en effet un phénomène fascinant… et essentiel à comprendre si l’on souhaite un sol vivant et fertile. Ces végétaux, souvent méconnus, contribuent naturellement à enrichir la terre sans engrais chimiques. Voyons ensemble comment cela fonctionne et quelles espèces privilégier au jardin ou dans un projet de permaculture.
Comment fonctionne la fixation de l’azote atmosphérique ?
Dans la nature, certaines plantes – appelées fixatrices d’azote – vivent en symbiose avec des bactéries présentes dans le sol. Ces micro-organismes transforment l’azote de l’air en nutriments assimilables par la plante, qui en retour leur fournit énergie et abri. Ce mécanisme permet de maintenir un cycle de fertilité durable dans les écosystèmes naturels.
Idées reçues à corriger
- Les plantes fixatrices d’azote n’enrichissent pas directement le sol. La fixation profite d’abord à la plante elle-même. Ce n’est qu’après sa décomposition que l’azote est restitué au sol.
- La fixation ne se limite pas aux légumineuses. Elle existe aussi chez de nombreux arbres et arbustes via d’autres bactéries, comme les actinomycètes Frankia.
- Les apports d’engrais azotés inhibent la fixation naturelle. Si le sol est déjà riche, la plante ne “cherche” plus à fixer l’azote atmosphérique.
Fixation symbiotique et bactéries libres

On distingue deux grands types de fixation :
- Symbiotique : via des bactéries associées aux racines des plantes (Rhizobium pour les légumineuses, Frankia pour de nombreux ligneux).
- Libre : grâce à des bactéries autonomes dans la litière organique, comme les Azotobacter, actives dans les sols bien couverts et riches en carbone.
Les arbres et arbustes fixateurs d’azote
Certains arbres et arbustes vivent en association avec des bactéries capables de capter l’azote de l’air. Une fois leurs feuilles tombées ou leurs racines mortes, cet azote est restitué au sol, contribuant à sa régénération. Voici les principales espèces adaptées à nos climats.
Grands arbres fixateurs d’azote
- L’Aulne blanc (Alnus incana) et l’Aulne rugueux (Alnus glutinosa).
- Le Robinier faux-acacia (Robinia pseudoacacia).
- La Glycine (Wisteria sinensis), souvent cultivée pour ses fleurs.
Arbustes et grands arbustes fixateurs

- Le Faux-Indigo (Amorpha fructicosa), et d’une manière générale la série des Amorpha.
- Le Caraganier de Sibérie (Caragana arborescens).
- Les Éléagnus (Chalef argenté, Olivier de Bohème, Goumi du Japon) : fixateurs d’azote et producteurs de baies comestibles.
- L’Argousier (Hippophae rhamnoides) : très utile en sol pauvre ou sableux, ses fruits sont riches en vitamine C.
- La Réglisse (Glycyrrhiza glabra) : une légumineuse vivace intéressante pour le sol et pour sa racine aromatique.
Vivaces herbacées à valoriser dans les couverts
- Les trèfles, presque tous vivaces.
- La Luzerne et la Luzerne arbustive.
- Les Faux-Indigo bleu et jaune.
- Les lupins (sauvages ou cultivés).
- L’Astragale du Canada (Astragalus canadensis).
Tableau récapitulatif des fixateurs d’azote
Voici un aperçu comparatif des principales espèces, de leur mode de symbiose et de leur utilité écologique.
| Espèce | Type | Symbiose | Intérêt au jardin | Remarques |
|---|---|---|---|---|
| Aulne blanc (Alnus incana) | Arbre | Frankia | Stabilise sols humides, pionnier, améliore la structure | Bon compagnon en zone fraîche et humide |
| Aulne rugueux (Alnus glutinosa) | Arbre | Frankia | Fixation efficace, litière abondante | À éviter en terrain trop sec |
| Robinier faux-acacia (Robinia pseudoacacia) | Arbre | Rhizobium | Fixe l’azote, bois durable, mellifère | Peut drageonner : gérer l’implantation |
| Glycine (Wisteria spp.) | Liane ligneuse | Rhizobium | Ornement, ombrage léger, apport à la litière | Tailler pour contenir la vigueur |
| Faux-indigo (Amorpha fructicosa) | Arbuste | Rhizobium | Mellifère, couvre-sol arbustif | S’acclimate bien en sols pauvres |
| Amorpha spp. | Arbustes | Rhizobium | Fixation d’azote, haies légères | Peu exigeants, rusticité variable selon espèce |
| Caraganier de Sibérie (Caragana arborescens) | Arbuste | Rhizobium | Brise-vent, haie rustique, sol pauvre | Supporte le froid et la sécheresse |
| Caragana spp. | Arbustes | Rhizobium | Fixation, abri faune, haies nourricières | Floraison mellifère |
| Éléagnus – Chalef argenté | Arbuste | Frankia | Fixation, baies comestibles selon espèce | Bon en sol pauvre, bord de mer |
| Éléagnus – Olivier de Bohème | Arbuste | Frankia | Améliore sols secs, ornement | Peut se ressemer : surveiller |
| Éléagnus – Goumi du Japon | Arbuste | Frankia | Baies intéressantes, auxiliaire des fruitiers | Bon plant compagne en verger |
| Argousier (Hippophae rhamnoides) | Arbuste | Frankia | Baies riches en vitamine C, stabilise sols sableux | Prévoir pied mâle et femelle |
| Réglisse (Glycyrrhiza glabra) | Vivace/Arbrisseau | Rhizobium | Racine aromatique, couvre-sol vivace | Sol drainé, chaleur |
| Trèfles (Trifolium spp.) | Vivaces | Rhizobium | Engrais vert, couvre-sol, nectar | Très utiles en allées et entre-rangs |
| Luzerne (Medicago sativa) | Vivace | Rhizobium | Améliore structure, forage profond | Évite l’excès d’azote minéral |
| Luzerne arbustive (Medicago arborea) | Semi-ligneuse | Rhizobium | Fixation pérenne, haies basses | Rusticité moyenne selon climat |
| Faux-indigo bleu (Baptisia) | Vivace | Rhizobium | Ornement, ressource pour pollinisateurs | Installe une litière légère |
| Faux-indigo jaune (Baptisia) | Vivace | Rhizobium | Floraison mellifère, sol pauvre | Peu exigeant après implantation |
| Lupins (Lupinus spp.) | Vivaces/annuels | Rhizobium | Décompacte, nourrit la litière | Évite les sols trop calcaires |
| Astragale du Canada (Astragalus canadensis) | Vivace | Rhizobium | Engrais vert vivace, nectar | Sol léger, drainage indispensable |
Mes expériences
Je pense, intuitivement, que comme dans bien des questions et dans bien des milieux, le trop est l’ennemi du bien. Donc, ces plantes sont, à mon sens, toujours à associer à d’autres espèces et variétés.
J’ai mené plusieurs tests au jardin pour observer les effets concrets des fixateurs d’azote. Par exemple :
- Une planche, légèrement, butée, où les cultures principales sont les fraises et les alliums vivaces (ail et oignon rocambole, ail des ours). Planche sur laquelle j’ai associé des fraises des bois, de la livèche, des lupins, des vivaces médicinales, et des fleurs sylvestres et champêtres. Plus quelques graminées comme le Ray-Grass Italien et le brachypode des bois, et les spontanées de mon jardin qui ont réussi à ressortir. Cette planche est en BRF, avec un très léger paillage supplémentaire. La prochaine étape, à l’automne prochain est d’essayer d’implanter des champignons et des arbustes, qui sont encore à l’heure actuelle au stade de semis après stratification hivernale. Le but est de rendre cette planche réellement permanente, ne nécessitant aucune intervention de ma part hormis l’observation, la récolte, et un minimum d’interaction au besoin.
- Deux planches de vivaces ou de plantes à re-semis spontané facile utilisées pour production de mulsch : Ortie, Consoude stérile de Russie, luzerne, trefle, brachypode, seigle pérenne, fétuque. Si cela réussit, je verrai à semer mes allées de cette manière, de telle sorte qu’un simple coup de houe ou de serpe me produira le mulsch directement à proximité des cultures qu’il va rejoindre.
Ces essais montrent combien les fixateurs d’azote favorisent un sol équilibré, vivant et fertile, tout en réduisant les besoins d’intervention du jardinier.
En guide de conclusion
Concernant le cœur de cet article, les arbres et arbustes fixateurs d’azote, j’en suis ici encore au stade de la micro-pépinière, en pots et en pleine terre. J’ai semé les espèces suivantes : Aulne Blanc, Robinier Faux-Acacia, Faux-Indigo, Réglisse, Glycine, Eleagnus (angustifolia et Commutata), Argousier (Hippophae Rhamnoïdes), Caraganier, Arbousier (Arbutus Unedo).
De plus, pour mon plaisir et pour éventuellement implanter ensuite chez moi ou dans d’autres jardins (en gros, pour faire des cadeaux), j’ai semé des porte-greffes de fruitiers (tous vigoureux voire sauvages) et des feuillus forestiers de ma région.
Bonne continuation à vous et encore merci à Gilles pour cette tribune qu’il m’offre et l’avancée sur mon propre chemin que j’en obtiens !
Amitiés,
Benoît
Sources :
Un pdf très éclairant disponible sur horizon documentation :
https://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/pleins_textes_6/b_fdi_43-44/010004022.pdf
Des vidéos :
Damien Dekarz, Les Eleagnus :
Stefan Sobkowiack, Au-delà du Bio : Le Verger Permaculturel, en DVD.
Whole Systems Designs, Permaculture Skills : A Cold-climate, Applied Permaculture Design Course (coffret de 4 DVD).
FAQ : fixateurs d’azote au jardin
Les fixateurs d’azote enrichissent-ils directement le sol ?
Non. L’azote profite d’abord à la plante ; il revient au sol via la litière et la décomposition.
Faut-il inoculer le sol en bactéries ?
Pas forcément. Un sol couvert, vivant et riche en matière organique favorise naturellement la symbiose. L’inoculation peut aider en sol neuf.
Puis-je associer ces espèces aux fruitiers ?
Oui. Éléagnus, caragana ou trèfles sont d’excellents compagnons en verger, ils entretiennent la litière et la biodiversité.
Les apports d’engrais azotés sont-ils compatibles ?
À éviter : l’azote minéral réduit la fixation biologique. Privilégiez engrais verts et humus stable.






Salut Benoit,
merci pour ton article très intéressant sur les fixateurs d’azote. Excus moi pour les fautes d’orthographe.
Il y a quelques choses dans ton article qui me pose question :
Tu parle des “symbiotiques (les rhizobiums attachés par mycorhization aux légumineuses…)”
N”est pas que le terme “mycorhization” est réservée pour les activités des champions symbiotique ?
Aussi:
Les fixateurs N2 contribuent à un apport d’azote dans le système comme les autres facteurs (pluie, décharges électriques, auréoles polaires) – c’est exacte.
Mais ils ont les seuls capable de rendre disponible l’azote atmosphériques pour la végétation sous forme de ammoniac et ammonium.
Aussi une bonne partie des azotés sont, par mineralisation, relâché à l’atmosphère sous forme de N2. Sans les bactéries, cette “fuite” dans les cycles d’azote affamerais le tout.
À ce titre les bactéries ont joués des le début de l’histoire des vivants une rôle clé sans lequel sa n’aurait pas pu marcher et ne pouvait pas marcher aujourd’hui !??
(Aussi la photosynthèse était invanté par les bactéries).
J’apprends tous les jours et les questions ne cesse plus d’augmenté ! Quelle aventure !
Merci, au plaisir d’échanger des idées…
Franz, paysagiste et permaculteur (jardin forêt de 6000m2 depuis 2013
Bonjour,
merci pour ces infos, c’est plaisant les personnes qui partagent les connaissances !
J’ai des posters (en licences libres) ici qui pourraient intéresser des personnes sur le sujet : https://compost.graineahumus.org/Ressources-expo?lang=fr
L’un d’eux parle des formes azotées et de leurs cycles (niveau débutant).
Je trouve que la question de l’azote est primordiale. L’importation (95 % de l’utilisation dont 40 % hors Europe), le lessivage, l’eutrophisation et tout le toutim sont des sujets importants à traiter.
Les formes azotées étant dans un cycle qui est complexe, la captation n’est pas toujours évidente.
Le rôle des vers de terre est important pour le complexe argilo-humique et la rétention des éléments (dont l’azote). Cela ne se fait que s’il y a, entre autre, des champignons pour faire “la colle” (la glomaline) qui retiendra les éléments dans le bidou du ver quand il mélange la matière organique et l’argile.
D’où la présence des écosystèmes et leurs importantes. Mieux vaut bosser avec les vers de terre et le vivant que d’importer des éléments qui disparaissent (comme le phosphate) ou ont des implications géopolitiques et éthiques plus que gênantes.
Au passage, un article sur le sujets des déchets organiques 😉
https://www.graineahumus.org/reflexions-sur-les-dechets?lang=fr
Topette !
Ben
Bonsoir,
J’ai acheté un terrain de 600 m2 qui était occupé pour une partie par des aubergines (cultivées avec bâches plastiques) et je souhaiterai y implanter un verger ( avec tout un tas de fruitiers divers et variés), voici ma question:
Puis je mettre du BRF ( ça évitera l’enherbement) au pied des fruitiers (j’ai aussi du biochar) et dans les allées et autour des fruitiers des fixateurs d’azote comme la luzerne ou autre qui pourraient potentiellement aider les futures fruitiers?
Bonjour Dimitri,
A priori oui… mais ça dépend du sol…
Cordialement,
Gilles
Bonjour super article fort intéressant, que pensez vous du Saule, frêne et noisetier comme arbre fixateur d’azote mais a quelle proportion ? (faible,moyen,fort) Je vous en remercie.Tom
Continue du commentaire avant. ESt-ce qu’il faut semer les vivaces en serre avant? Dans un médium spéciale? Quand? Ou on peut les semer directement dans la terre? J’ai essayé avec quelques graines mais je n’avais pas de résultat. Maintenant j’ai semé le rhubarbe dans la serre, on va voir. Le bon roi Henri j’avais semé dans la terre mais rien n’est monté. Ni les épionards perpetuel.
Merci de m’éclaircir!
Bonjour Sat Atma,
Il y a des milliers de plantes vivaces…
On ne peut donc faire de généralités.
Quand ? ça dépend de l’espèce, de la variété, du climat, de la météo, du sol…
Mais, toute plante (à graines), qu’elle soit vivace ou pas, peut théoriquement se semer directement, si les conditions conviennent…
Après, il est en général plus sûr de semer en pépinière (on peut mieux maîtriser les conditions qu’en extérieur)
Bonjour, merci beaucoup pour cet article très clair!
J’ai une question autour le semis des vivaces. Je ne sais pas vraiment comment le faire. Vous avez des conseils?
Bonjour, ok, l’azote n’est restitué au sol que lorsque les plantes fixatrices d’azote tombent leur robe ou ce qui les constitue en bref mais vous oubliez les liens dû aux mycorisations, de se fait.. qui nous dit qu’il n’y a pas de transfert involontaire par le biais des champignons de nos plantes du jardin à nos autres plantes du jardin ? Ah ah !
Bonjour,
L’arbousier et l’eleagnus ebbengei sont-ils des fixateurs d’azote ?
Merci 😉
L’arbousier non, l’eleagnus oui 🙂
Bonjour, Je viens de planter une ligne de châtaigniers et noyers. Tous les arbres sont espacés de 10m et planté selon cette séquence : 1 châtaignier, 2 noyers, 1 châtaignier, 2 noyers, 1 châtaignier et 2 noyers…. cause j’avais pluss de noyers que de châtaigniers sous la main. Pour apport azote et pouuur le plaisiiir : J’ai le projet de planter 1 aulne blanc entre chaque paire de noyers. Est-ce que c’est une bonne idée ? Merci. Bon week-end et à bientôt. Eric
Il me semble que le Noyer est un arbre désherbeur par nature.. il produit une substance herbicide naturel pour éviter toute concurrence… certaines y sont très sensibles et en meurent donc.. d’autres au contraire arrivent à bien s’y acclimater.. mais du coup… aucune idée si les plantes et autres arbres fixateurs d’azote près-cités précédemment sont capable de supporter la substance que distille le noyer dans le sol… du coup.. votre bonne idée pourrait bien se transformer sur le long-court.. en très mauvaise idée. Arrêtez moi si je me trompe bien entendu.
Bonjour Christophe,
Je n’ai pas oublié que je t’ai promis un peu de graines de Sorgho, mais mon emploi du temps étant ce qu’il est, elles ne sont pas encore parties.
C’est loin d’être trop tard pour le semis. Je me suis fait un pense-bête pour te l’expédier mardi.
Merci de tes commentaires. Ce dont tu me parles est déjà très bien défini dans tes deux livres, c’est donc encore plus sympa de t’avoir en direct ! Je n’ai pas encore lu le troisième, mais je pense qu’il est paru…
Pour ce qui est du blé dans une luzerne pérenne porte-graines, voir les deux DVD de Stéphane Aïssaoui “Des cultures plus rentables et durables ou: Comment accéder au sol vivant”.
Je n’ai malheureusement pas retenu le nom du paysan qui pratique de cette manière, mais il explique clairement sa démarche, exemples concrets à l’appui, dans le champ. Il me semble qu’il parle de pérenniser sa luzerne sur cinq ans, qui en plus lui fournit une récolte de graines.
Par contre il est très clair que ce n’est pas un itinéraire où il est possible pour le moment d’arriver au bout en bio.
Idem pour les éleveurs qui sèment un maïs derrière une prairie pérenne, en semis direct. Faut quand même griller au glypho. Mais le chemin est ensuite tracé (tu verras ça dans les dvd, c’est passionnant, d’autant plus pour toi j’imagine, comme professionnel): Un maïs sur prairie, deux blés, une orge, et il repart sur une prairie. Avec des couverts d’interculture entre chaque, riches en légumineuses.
Je peux te les prêter si tu veux.
Bon week-end !
Benoît,
Pour compléter et clore notre échange, j’ai trouvé 2 exemples d’agriculteurs qui font cette association : l’un utilise la céréale comme engrais vert https://agriculture-de-conservation.com/Luzerne-et-cereales.html
Et l’autre y va de bon cœur avec les pesticides et notamment les défoliants pour contrôler les ardeurs de la luzerne… https://agriculture-de-conservation.com/Gaec-du-bois-dore-a-Briantes-36-un.html
Pour ma part, je préfère travailler avec des légumineuses annuelles et cette année, je me concentre sur le chanvre car je crois à ses vertus agronomiques pour nourrir la fertilité.
Je vais m’en servir pour remplacer le maïs dans le système de la Milpa et comme engrais vert derrière les pommes de terre.
Belle journée et à bientôt
Benoît,
Quand tu écris : ” il est à l’heure actuelle possible pour des agriculteurs de conduire un itinéraire de céréales dans une luzerne vivante, qui va rester en terre pour plusieurs cultures et être très clairement et durablement intégrée au plan de rotation.”
As tu des retours d’expériences précis à citer ou est-ce une supposition ? À mon avis, c’est contre productif vu le système racinaire de la luzerne.
Belle journée
Bonjour Yvon,
Je t’ai répondu en direct sur le forum, merci de ton intérêt !
Amitiés,
Benoît
Bonjour Guillaume, Bonjour Christophe,
Merci beaucoup de vos commentaires qui me permettent de continuer à avancer.
Effectivement, j’ai omis les racines dans la chaîne de recyclage, mais il est parfaitement exact que c’est autant de masse carbone, donc autant de fertilité du fait que c’est de vie qu’il s’agit. Et à côté de l’azote, je pense qu’il est utile de préciser que les sucres produits par la rhizodéposition d’un système tel qu’une prairie (qu’on me reprenne le cas échéant) représentent plus de la moitié du carbone qui retourne au sol, ce qui est énorme.
Pour ce qui est de la gestion des légumineuses vivaces et de la possibilité de les voir s’installer comme adventices, je pense avoir trouvé une ébauche de solution, dont il faudra que je suive bien les effets à moyen et long termes pour voir si le système ne “dégénère” pas:
Je sème de la légumineuse a développement relativement faible sur mes planches, et je procède de deux manières:
– Soit je fauche avant de repiquer mes cultures.
– Soit je sème le couvert vivant au moment où je repique, ce qui fait que la culture a un temps d’avance. En quelque sorte, elle a déjà gagné la course.
Au fur et à mesure de la conduite de la culture, je fauche régulièrement la légumineuse qui devient donc un mulsch produit directement sur place.
Le problème intervient vraiment lorsque je veux récupérer ma planche pour en faire autre chose. Le timing est très serré. Mais en général, je n’ai pas d’autre choix que de faucher, de couvrir d’une litière carbonée et de bâcher pour plusieurs semaines. Au pire, si je suis pressé, je repique directement dans la bâche en pratiquant de petits trous, et je remets du mulsch autour des pieds repiqués pour éviter – surtout au printemps/été – de brûler les jeunes plants.
Donc oui, en effet, il y a bien des écarts entre théorie et pratique, mais en somme, c’est rassurant. Notre objet de passion est un objet vivant, donc en mouvement perpétuel. Ce qui nous oblige à trouver des solutions au cas par cas. Il n’y a pas de choix, et c’est ce qui fait tout le sel de la chose.
Mais par exemple, il est à l’heure actuelle possible pour des agriculteurs de conduire un itinéraire de céréales dans une luzerne vivante, qui va rester en terre pour plusieurs cultures et être très clairement et durablement intégrée au plan de rotation.
Donc, pour nous au jardin, c’est d’autant plus stimulant. Ce n’est sans doute pas simple le temps d’établir la conduite du couvert vivant, mais une fois que “ça tourne”, on s’approche encore d’un optimal pratique.
Au passage, merci beaucoup Guillaume de m’avoir fait remarquer que l’azote contenu dans les nodosités n’a pas à passer par un processus de minéralisation, puisque issu d’un travail bactérien il est déjà minéralisé. Fait que je n’avais pas assez analysé pour l’insérer valablement dans ma chaîne de raisonnement.
Soyez sûrs que vos contributions sont très appréciées. Le chemin est long et tortueux, il est toujours très stimulant de trouver des balises sur le bord de la route, posées par ceux qui ont emprunté le chemin avant vous.
Peut-être avez-vous des essais pratiques ou des lectures à me suggérer ?
Amitiés,
Benoît
Bonjour,
Super article qui ouvre de nombreuses possibilités pour la fertilité naturelle du jardin avec les arbres et arbustes! Encore plein de choses à essayer.
Par contre, je voulais préciser la première idée reçue.
L’apport d’azote indirect par les légumineuses est possible de deux manières :
– par la décomposition de la partie aérienne de la plante dont l’azote est issue de la fixation qu’elle a réalisé (comme écrit dans l’article)
– mais aussi par la décomposition du système racinaire de la plante qui a lieu soit à la mort complète de la plante (fauche d’une vesce par exemple) ou à la mort d’une des racines alors que la plante est encore vivante dans le cas des légumineuses pluriannuelles (trèfle blanc – luzerne et à fortiori arbres et arbustes).
La fixation de l’azote atmosphérique a lieu dans le sol dans les nodosités. Ces nodosités sont le lieu de la symbiose entre la bactérie et la plante. On peut les observer facilement en arrachant un pied de haricot par exemple. Sur les racines on voit des petites boules. Quand elles sont actives, l’intérieur de ces nodosités est rosé. En fonction des espèces elles sont plus ou moins grosses.
Pendant sa vie la plante renouvelle ses parties aériennes mais aussi ses racines. Les racines qui meurent entrainent la mort des bactéries réalisant la symbiose et la libération de l’azote contenu dans les nodosités. Et, cet azote est minérale donc directement disponible pour les plantes alentours.
Par exemple, un agriculteur qui sème une culture de blé après avoir cultivé de la luzerne pendant 4-5 ans va avoir une libération d’environ 30kg d’azote par hectare disponible rapidement (mort des nodosités) et plusieurs dizaines de kg supplémentaires issues de la décomposition plus lente des racines de la luzerne.
Autre exemple un agriculteur semant une prairie composée d’une graminée et de trèfle blanc a toujours un rendement supérieur à une graminée pure grâce à la libération d’azote continue par le trèfle blanc durant sa vie.
Voilà pour la “petite” précision… désolé pour la longueur!
Bon jardinage
Guillaume,
J’abonde dans votre sens.
Benoît,
j’ajoute à votre article qu’il y a toujours un écart entre la théorie et la pratique ; parfois un fossé quand ce n’est pas un océan.
Il y a quelques années, j’ai décidé d’implanter quelques pieds de luzerne pour “azoter” naturellement une planche.
Sauf que j’avais omis que cette plante est très vivace et qu’elle prend ses aises et d’autant plus qu’avec ses racines profondes, elle a toujours une longueur d’avance sur les autres.
Bref, c’est une concurrente redoutable et aujourd’hui, j’en suis arrivé à la pioche pour la détruire…
Bonjour Benoit,
Je vais te faire une petite réponse (selon mes moyens) sur
le Forum du Jardinier bio.
amitiés
Yvon.