La fixation de l’azote atmosphérique par des arbres et arbustes… Voilà un sujet sur lequel je m’arrête longuement depuis quelques temps.
Aussi bien, cette contribution volontairement modeste et perfectible au site de mon cher Gilles est à la fois une demande et un appel à contribution pour quiconque souhaiterait corriger, compléter et préciser le point auquel j’en suis de ma compréhension de cette ensemble, de cette chaîne de phénomènes réellement passionnants (vous pouvez demander à ma femme, qui voit les des livres étranges s’empiler à ma tête de lit) que constitue le couple sol-plante, la vie du sol, et la santé et la fertilité qui en découlent logiquement.
La fixation de l’azote atmosphérique par certains arbres et arbustes est en effet un phénomène fascinant… et essentiel à comprendre si l’on souhaite un sol vivant et fertile. Ces végétaux, souvent méconnus, contribuent naturellement à enrichir la terre sans engrais chimiques. Voyons ensemble comment cela fonctionne et quelles espèces privilégier au jardin ou dans un projet de permaculture.
Comment fonctionne la fixation de l’azote atmosphérique ?
Dans la nature, certaines plantes – appelées fixatrices d’azote – vivent en symbiose avec des bactéries présentes dans le sol. Ces micro-organismes transforment l’azote de l’air en nutriments assimilables par la plante, qui en retour leur fournit énergie et abri. Ce mécanisme permet de maintenir un cycle de fertilité durable dans les écosystèmes naturels.
Idées reçues à corriger
- Les plantes fixatrices d’azote n’enrichissent pas directement le sol. La fixation profite d’abord à la plante elle-même. Ce n’est qu’après sa décomposition que l’azote est restitué au sol.
- La fixation ne se limite pas aux légumineuses. Elle existe aussi chez de nombreux arbres et arbustes via d’autres bactéries, comme les actinomycètes Frankia.
- Les apports d’engrais azotés inhibent la fixation naturelle. Si le sol est déjà riche, la plante ne « cherche » plus à fixer l’azote atmosphérique.
Fixation symbiotique et bactéries libres

On distingue deux grands types de fixation :
- Symbiotique : via des bactéries associées aux racines des plantes (Rhizobium pour les légumineuses, Frankia pour de nombreux ligneux).
- Libre : grâce à des bactéries autonomes dans la litière organique, comme les Azotobacter, actives dans les sols bien couverts et riches en carbone.
Les arbres et arbustes fixateurs d’azote
Certains arbres et arbustes vivent en association avec des bactéries capables de capter l’azote de l’air. Une fois leurs feuilles tombées ou leurs racines mortes, cet azote est restitué au sol, contribuant à sa régénération. Voici les principales espèces adaptées à nos climats.
Grands arbres fixateurs d’azote
- L’Aulne blanc (Alnus incana) et l’Aulne rugueux (Alnus glutinosa).
- Le Robinier faux-acacia (Robinia pseudoacacia).
- La Glycine (Wisteria sinensis), souvent cultivée pour ses fleurs.
Arbustes et grands arbustes fixateurs

- Le Faux-Indigo (Amorpha fructicosa), et d’une manière générale la série des Amorpha.
- Le Caraganier de Sibérie (Caragana arborescens).
- Les Éléagnus (Chalef argenté, Olivier de Bohème, Goumi du Japon) : fixateurs d’azote et producteurs de baies comestibles.
- L’Argousier (Hippophae rhamnoides) : très utile en sol pauvre ou sableux, ses fruits sont riches en vitamine C.
- La Réglisse (Glycyrrhiza glabra) : une légumineuse vivace intéressante pour le sol et pour sa racine aromatique.
Vivaces herbacées à valoriser dans les couverts
- Les trèfles, presque tous vivaces.
- La Luzerne et la Luzerne arbustive.
- Les Faux-Indigo bleu et jaune.
- Les lupins (sauvages ou cultivés).
- L’Astragale du Canada (Astragalus canadensis).
Tableau récapitulatif des fixateurs d’azote
Voici un aperçu comparatif des principales espèces, de leur mode de symbiose et de leur utilité écologique.
| Espèce | Type | Symbiose | Intérêt au jardin | Remarques |
|---|---|---|---|---|
| Aulne blanc (Alnus incana) | Arbre | Frankia | Stabilise sols humides, pionnier, améliore la structure | Bon compagnon en zone fraîche et humide |
| Aulne rugueux (Alnus glutinosa) | Arbre | Frankia | Fixation efficace, litière abondante | À éviter en terrain trop sec |
| Robinier faux-acacia (Robinia pseudoacacia) | Arbre | Rhizobium | Fixe l’azote, bois durable, mellifère | Peut drageonner : gérer l’implantation |
| Glycine (Wisteria spp.) | Liane ligneuse | Rhizobium | Ornement, ombrage léger, apport à la litière | Tailler pour contenir la vigueur |
| Faux-indigo (Amorpha fructicosa) | Arbuste | Rhizobium | Mellifère, couvre-sol arbustif | S’acclimate bien en sols pauvres |
| Amorpha spp. | Arbustes | Rhizobium | Fixation d’azote, haies légères | Peu exigeants, rusticité variable selon espèce |
| Caraganier de Sibérie (Caragana arborescens) | Arbuste | Rhizobium | Brise-vent, haie rustique, sol pauvre | Supporte le froid et la sécheresse |
| Caragana spp. | Arbustes | Rhizobium | Fixation, abri faune, haies nourricières | Floraison mellifère |
| Éléagnus – Chalef argenté | Arbuste | Frankia | Fixation, baies comestibles selon espèce | Bon en sol pauvre, bord de mer |
| Éléagnus – Olivier de Bohème | Arbuste | Frankia | Améliore sols secs, ornement | Peut se ressemer : surveiller |
| Éléagnus – Goumi du Japon | Arbuste | Frankia | Baies intéressantes, auxiliaire des fruitiers | Bon plant compagne en verger |
| Argousier (Hippophae rhamnoides) | Arbuste | Frankia | Baies riches en vitamine C, stabilise sols sableux | Prévoir pied mâle et femelle |
| Réglisse (Glycyrrhiza glabra) | Vivace/Arbrisseau | Rhizobium | Racine aromatique, couvre-sol vivace | Sol drainé, chaleur |
| Trèfles (Trifolium spp.) | Vivaces | Rhizobium | Engrais vert, couvre-sol, nectar | Très utiles en allées et entre-rangs |
| Luzerne (Medicago sativa) | Vivace | Rhizobium | Améliore structure, forage profond | Évite l’excès d’azote minéral |
| Luzerne arbustive (Medicago arborea) | Semi-ligneuse | Rhizobium | Fixation pérenne, haies basses | Rusticité moyenne selon climat |
| Faux-indigo bleu (Baptisia) | Vivace | Rhizobium | Ornement, ressource pour pollinisateurs | Installe une litière légère |
| Faux-indigo jaune (Baptisia) | Vivace | Rhizobium | Floraison mellifère, sol pauvre | Peu exigeant après implantation |
| Lupins (Lupinus spp.) | Vivaces/annuels | Rhizobium | Décompacte, nourrit la litière | Évite les sols trop calcaires |
| Astragale du Canada (Astragalus canadensis) | Vivace | Rhizobium | Engrais vert vivace, nectar | Sol léger, drainage indispensable |
Mes expériences
Je pense, intuitivement, que comme dans bien des questions et dans bien des milieux, le trop est l’ennemi du bien. Donc, ces plantes sont, à mon sens, toujours à associer à d’autres espèces et variétés.
J’ai mené plusieurs tests au jardin pour observer les effets concrets des fixateurs d’azote. Par exemple :
- Une planche, légèrement, butée, où les cultures principales sont les fraises et les alliums vivaces (ail et oignon rocambole, ail des ours). Planche sur laquelle j’ai associé des fraises des bois, de la livèche, des lupins, des vivaces médicinales, et des fleurs sylvestres et champêtres. Plus quelques graminées comme le Ray-Grass Italien et le brachypode des bois, et les spontanées de mon jardin qui ont réussi à ressortir. Cette planche est en BRF, avec un très léger paillage supplémentaire. La prochaine étape, à l’automne prochain est d’essayer d’implanter des champignons et des arbustes, qui sont encore à l’heure actuelle au stade de semis après stratification hivernale. Le but est de rendre cette planche réellement permanente, ne nécessitant aucune intervention de ma part hormis l’observation, la récolte, et un minimum d’interaction au besoin.
- Deux planches de vivaces ou de plantes à re-semis spontané facile utilisées pour production de mulsch : Ortie, Consoude stérile de Russie, luzerne, trefle, brachypode, seigle pérenne, fétuque. Si cela réussit, je verrai à semer mes allées de cette manière, de telle sorte qu’un simple coup de houe ou de serpe me produira le mulsch directement à proximité des cultures qu’il va rejoindre.
Ces essais montrent combien les fixateurs d’azote favorisent un sol équilibré, vivant et fertile, tout en réduisant les besoins d’intervention du jardinier.
En guide de conclusion
Concernant le cœur de cet article, les arbres et arbustes fixateurs d’azote, j’en suis ici encore au stade de la micro-pépinière, en pots et en pleine terre. J’ai semé les espèces suivantes : Aulne Blanc, Robinier Faux-Acacia, Faux-Indigo, Réglisse, Glycine, Eleagnus (angustifolia et Commutata), Argousier (Hippophae Rhamnoïdes), Caraganier, Arbousier (Arbutus Unedo).
De plus, pour mon plaisir et pour éventuellement implanter ensuite chez moi ou dans d’autres jardins (en gros, pour faire des cadeaux), j’ai semé des porte-greffes de fruitiers (tous vigoureux voire sauvages) et des feuillus forestiers de ma région.
Bonne continuation à vous et encore merci à Gilles pour cette tribune qu’il m’offre et l’avancée sur mon propre chemin que j’en obtiens !
Amitiés,
Benoît
Sources :
Un pdf très éclairant disponible sur horizon documentation :
https://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/pleins_textes_6/b_fdi_43-44/010004022.pdf
Des vidéos :
Damien Dekarz, Les Eleagnus :
Stefan Sobkowiack, Au-delà du Bio : Le Verger Permaculturel, en DVD.
Whole Systems Designs, Permaculture Skills : A Cold-climate, Applied Permaculture Design Course (coffret de 4 DVD).
FAQ : fixateurs d’azote au jardin
Les fixateurs d’azote enrichissent-ils directement le sol ?
Non. L’azote profite d’abord à la plante ; il revient au sol via la litière et la décomposition.
Faut-il inoculer le sol en bactéries ?
Pas forcément. Un sol couvert, vivant et riche en matière organique favorise naturellement la symbiose. L’inoculation peut aider en sol neuf.
Puis-je associer ces espèces aux fruitiers ?
Oui. Éléagnus, caragana ou trèfles sont d’excellents compagnons en verger, ils entretiennent la litière et la biodiversité.
Les apports d’engrais azotés sont-ils compatibles ?
À éviter : l’azote minéral réduit la fixation biologique. Privilégiez engrais verts et humus stable.





